CHANGEMENT CLIMATIQUE AU BÉNIN : Entre vulnérabilité et adaptation

Au Bénin, le changement climatique n’est plus une hypothèse scientifique. Il s’impose dans les champs et transforme progressivement le quotidien des producteurs. Selon la FAO (2025), plus de 70 % des zones rurales subissent désormais des perturbations climatiques majeures affectant directement la production vivrière. Les saisons pluvieuses sont de plus en plus imprévisibles, alternant sécheresses prolongées et pluies diluviennes. Les périodes de sécheresse peuvent durer jusqu’à 60 jours consécutifs dans certaines communes du nord, tandis que des pluies intenses provoquent régulièrement des inondations.
Dans les communes agricoles du centre et du nord, les producteurs constatent un bouleversement du calendrier agricole traditionnel. « Avant, nous savions presque exactement quand semer. Aujourd’hui, on sème et la pluie peut disparaître pendant deux semaines », explique Issa Bio, producteur de maïs à Sinendé. Les pertes de semences et les coûts accrus deviennent un problème récurrent. Selon le Ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche (MAEP) en 2025, les pertes de récoltes dues aux aléas climatiques ont augmenté de 15 à 20 % pour le maïs et le riz au cours des cinq dernières années.
Des ennemis invisibles des récoltes
Les épisodes de fortes pluies provoquent l’érosion des sols et la destruction de vastes superficies cultivées. « L’an passé, l’eau a envahi mon champ de riz en quelques heures. Toute la récolte a été perdue », témoigne Nabil Soulé, riziculteur à Nikki.
La hausse des températures accélère également l’assèchement des sols, réduisant la disponibilité de l’eau et rendant certaines cultures plus vulnérables aux maladies et aux ravageurs. Tossou Jérôme, technicien agricole à Dassa-Zoumè, confirme : « Nous constatons une pression accrue des insectes et une baisse de fertilité des terres. » Selon l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) en 2025, la température moyenne annuelle du Bénin a augmenté de 1,2 °C accentuant le stress hydrique et les risques de perte de rendement.
S’adapter ou disparaître…
Face à ces bouleversements, les producteurs développent des stratégies d’adaptation. Certains modifient les périodes de semis ou diversifient leurs cultures pour limiter les risques. « Nous avons commencé à associer plusieurs cultures sur la même parcelle pour éviter de tout perdre en cas de sécheresse », explique Marcellin Tognon, membre d’une coopérative agricole dans les Collines.
Les coopératives locales et les ONG, telles que AgriBénin et Programme de Développement Rural (PDR), forment les producteurs à des techniques agroécologiques : paillage, compostage, utilisation de semences améliorées et pratiques de conservation de l’eau. Malgré ces efforts, l’adoption de ces pratiques reste encore limitée à moins de 35 % des exploitants dans le nord et le centre du pays.
L’accès à l’information et à la planification est devenu aussi un élément central de l’adaptation au changement climatique. L’Agence Nationale de la Météorologie (ANAM) joue un rôle stratégique en produisant des bulletins agro-météorologiques réguliers et en fournissant des prévisions saisonnières précises. Grâce à ses équipements d’observation climatique installés dans les zones rurales, les producteurs peuvent anticiper les périodes de sécheresse ou de fortes pluies et ajuster leurs semis et irrigations. Les coopératives et projets gouvernementaux collaborent avec l’ANAM pour former les agriculteurs à l’utilisation pratique de ces données, transformant ainsi l’information en un outil décisionnel essentiel pour sécuriser les récoltes. « Grâce aux bulletins de l’ANAM, nous savons exactement quand semer et irriguer nos champs, ce qui réduit fortement les pertes liées aux pluies irrégulières », explique Marcellin Tognon, responsable d’une coopérative dans les Collines.
Le gouvernement à l’avant-garde de la résilience agricole
Face à la vulnérabilité croissante du secteur agricole, le gouvernement béninois a pris des mesures ambitieuses pour renforcer la résilience des exploitations. Les réformes et programmes structurants mettent désormais l’agriculture au cœur des priorités nationales, avec l’objectif de sécuriser les productions et d’adapter durablement les systèmes agricoles aux aléas climatiques. Le Plan national d’adaptation aux changements climatiques (2022-2027) intègre des stratégies ciblées pour la gestion durable des terres, la maîtrise de l’eau et la diffusion de pratiques climato-intelligentes, offrant ainsi un cadre clair pour orienter les investissements publics et privés. Ces actions visent à transformer l’agriculture béninoise en un secteur capartes de résister aux perturbations climatiques tout en garantissant la sécurité alimentaire.
Pour concrétiser cette ambition, des investissements importants sont mobilisés. La Banque africaine de développement a approuvé un financement de plus de 30 millions de dollars afin de protéger environ 150 000 petits exploitants agricoles, notamment dans les départements de l’Alibori et de l’Atacora, qui subissent régulièrement sécheresses et inondations. Ces ressources servent à mettre en place des assurances agricoles, des systèmes d’alerte précoce et des mécanismes de gestion des risques climatiques. Parallèlement, le Fonds vert pour le climat soutient un projet de 35 millions de dollars dans le bassin de l’Ouémé, visant à renforcer la gestion durable des ressources naturelles et à améliorer l’accès des producteurs au financement. Ces initiatives illustrent la volonté de l’État de fournir aux agriculteurs des outils concrets pour protéger leurs récoltes et sécuriser leurs moyens de subsistance.
Correction des impacts climatiques
L’accent est mis sur la modernisation et la diversification des filières agricoles pour corriger les impacts. Le Projet de compétitivité agricole et de diversification des exportations (PACOFIDE), soutenu par la Banque mondiale, appuie l’aménagement de périmètres hydro-agricoles, la distribution d’intrants améliorés et l’introduction de technologies adaptées au changement climatique. Depuis son lancement, près de 300 000 producteurs ont bénéficié d’un accompagnement technique et plus de 83 000 hectares d’anciennes plantations d’anacardiers ont été réhabilités pour améliorer la productivité malgré les stress climatiques. Ces mesures permettent non seulement de protéger les cultures existantes, mais aussi de préparer le secteur à affronter durablement les aléas climatiques et à renforcer la compétitivité des filières agricoles sur les marchés nationaux et internationaux.
Défis persistants…
Malgré les efforts, des défis restent à relever. Il s’agit de l’accès limité au financement pour les petits exploitants, la diffusion inégale des pratiques climato-intelligentes, le besoin accru de données fiables et locales pour mieux planifier la production. L’avenir de l’agriculture béninoise dépendra de la capacité à intégrer pleinement l’innovation, la formation et la planification climatique. Les jeunes et les femmes jouent un rôle clé dans cette transformation, représentant près de 45 % des acteurs agricoles selon la FAO.
Vers une agriculture résiliente et innovante
Face à l’urgence climatique, l’agriculture béninoise se trouve à un tournant décisif. Entre vulnérabilité et innovation, elle incarne les risques mais aussi les espoirs du pays. La résilience dépendra de la capacité collective à transformer les initiatives gouvernementales et locales en solutions durables, capables de sécuriser les récoltes et de nourrir les générations futures.
L’avenir du Bénin passera par une agriculture climato-intelligente, innovante et inclusive, où pouvoirs publics, producteurs et partenaires techniques travailleront de concert pour construire un modèle durable face aux aléas climatiques.
Moudachirou ALIOU




