FINANCEMENT DU DÉVELOPPEMENT AGRICOLE AU BÉNIN : Que font-ils de nos milliards ?

L’agriculture béninoise mobilise chaque année des centaines de milliards de francs CFA.
Entre budget national, fonds internationaux, projets, programmes et appuis des Partenaires Techniques et Financiers (PTF), les centaines de milliards s’alignent. Mais le contraste avec les réalités du terrain donne des maux de tête.
Les producteurs et bien de curieux se demandent parfois : « où passe l’argent de l’agriculture ? »
Le Bénin consacre en moyenne 6 à 8% de son budget national à l’agriculture, selon le Ministère de l’Agriculture, de l’Élevage et la Péche (MAEP), tendant à respecter l’objectif de Maputo qui invite les États à consacrer au moins 10% de leur budget national à l’agriculture.
En 2024, le Bénin a alloué 218,4 milliards F CFA au secteur agricole, comme l’indique la loi des finances de la même année, soit 7,1% du budget national.
Selon les orientations budgétaires du gouvernement et les déclarations du MAEP, le budget consacré à l’agriculture en 2025 dépasserait les 230 milliards de FCFA.
A tout ceci, s’ajoutent les financements des Partenaires Techniques et Financiers.
Entre 2021-2025; suivant nos recherches, le Fond International du Développement Agricole (FIDA) seul aurait engagé au Bénin plus de 120 milliards FCFA à travers divers projets et programmes : PROSA, PADAM, PASA pour ne citer que ceux-là.
La Banque mondiale aurait mobilisé quant à elle, plus de 102,9 milliards FCFA.
L’Union Européenne et La BOAD financent elles aussi des bassins de production, la mécanisation et d’autres projets et programmes.
La Coopération Suisse, la Coopération Belge, la Coopération Allemande, l’AFD, la SNV et bien d’autres encore font de même.
Et pourtant, la vallée de l’Ouémé peine à être bien valorisée.
La mécanisation malgré les lourds investissements de l’État et des privés a du plomb dans l’aile.
La transformation agricole au plan local prend à pas de caméléon.
Les agripreneurs se plaignent encore des difficultés d’accès au financement et dénoncent la politique du deux poids deux mesures et du favoritisme dans les procédures de sélection de bénéficiaires. Beaucoup d’entre eux sont laissés sur les carreaux malgré leur volonté manifeste.
Les points d’eau multifonctions paraissent encore comme des oasis dans le désert.
La sédentarisation des ruminants demeure carrément une incantation. En témoignent les nombreux conflits agro-pastoraux avec leur corolaire.
Les plantations fourragères apparaissent timidement comme des gazons de golf.
Les éleveurs de poissons peinent à s’en sortir avec les coûts de production énormes.
Les aviculteurs sont déçus des promesses non tenues. Les jeunes vétérans (35-50ans) malgré leurs expériences et leur envie d’entreprendre dans le secteur agricole sont exclus de beaucoup de programmes, les femmes transformatrices de noix de karité sont encore aux bois de feu et à la main pour beaucoup d’entre elles…
On a l’impression que les centaines de milliards de FCFA mobilisés au profit du développement de l’agriculture au Bénin n’existent que sur papier, ou dans le pire des cas seraient détournés à d’autres fins.
Toutefois, quelques résultats visibles font dissiper les inquiétudes et font croire que l’espoir est encore permis.
On peut noter avec fierté que le Bénin reste premier producteur de coton en Afrique. La production du riz est passée de 200mille tonnes en 2016 à plus de 400mille tonnes en 2024. Les périmètres rizicoles de Malanville, Ouinhi et Natitingou ont été réhabilités. La production du soja connaît elle aussi, une ascension fulgurante avec une augmentation de 16,33% pour la campagne 2024-2025. Des centres de prestations de services agricoles équipés de tracteurs et de moissonneuses s’installent dans les départements.
Mais malgré tout ceci, l’opinion générale demeure, et mérite réponse : » il y a un fort contraste entre les résultats observés sur le terrain et les centaines de milliards de FCFA orientés vers le secteur agricole ». Où sont donc les milliards agricoles?
A suivre…
Nick DIMBO




