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RÉSILIENCE FACE AUX CHANGEMENTS CLIMATIQUES DANS LE SECTEUR AGRICOLE : Le Bénin se fixe le pari de la maîtrise de l’eau et de l’innovation

Le changement climatique impose aujourd’hui une nouvelle réalité au monde agricole béninois.
Les travaux agricoles se reposent encore sur le rythme naturel des saisons pluvieuses. L’irrégularité des pluies, les longues poches de sécheresse, la dégradation des sols et la baisse progressive des rendements viennent fragiliser un modèle qui montre désormais ses limites.
Face à ces bouleversements, le nouveau ministre béninois de l’agriculture appelle à une transformation profonde des pratiques agricoles, avec un accent particulier sur la maîtrise de l’eau et l’innovation.

Au Bénin, les changements observés ces dernières années perturbent considérablement le calendrier agricole traditionnel et impactent les revenus des agriculteurs.
Bien de producteurs sont confrontés à des démarrages tardifs des pluies, à leurs arrêts précoces ou encore à des épisodes de fortes précipitations mal réparties. Ces phénomènes affectent directement les cultures, réduisent les rendements et augmentent la vulnérabilité économique des exploitants agricoles.

Dans ce contexte, produire autrement devient une nécessité. La question de l’adaptation climatique s’impose comme un enjeu majeur pour garantir la disponibilité de la production.
Lors de la Journée nationale des cotonculteurs qui s’est tenue à Parakou le 12 juin 2026, le ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche, Adin Yéton Bloukounon Goubalan, a insisté sur la nécessité pour le Bénin de changer de modèle agricole en renforçant la maîtrise de l’eau. Pour le ministre, aucun pays ne peut bâtir une agriculture moderne en restant entièrement dépendant des pluies.
« Je le dis partout et je ne cesserai pas de le dire, aucune nation moderne agricole, aucune, n’a jamais fait l’agriculture avec la pluie. On ne peut pas faire l’agriculture avec la pluie seule », a-t-il martelé.
Cette déclaration traduit une volonté de rompre avec un système agricole soumis aux aléas climatiques pour aller vers une agriculture davantage maîtrisée, capable de garantir une production régulière en toutes saisons.
Selon le ministre, la gestion de l’eau doit devenir un pilier central de la transformation agricole du Bénin.

Parmi les solutions annoncées figure d’abord l’installation de citernes de collecte des eaux de pluie dans les exploitations agricoles, notamment dans la filière coton. Ces dispositifs permettront de récupérer l’eau pendant la saison pluvieuse afin de constituer des réserves mobilisables en période de déficit hydrique. Ces infrastructures seront associées à des systèmes d’irrigation économes permettant d’acheminer l’eau vers les parcelles. Selon les prévisions du ministre, une citerne pourrait ainsi couvrir environ trois hectares.
« Il s’agit de système de citernes que chaque exploitation cotonnière peut se doter. Ce sont des systèmes économes avec des canaux d’irrigation pouvant envoyer l’eau sur 25 à 30 mètres», a-t-il expliqué.

Au-delà du stockage de proximité, le gouvernement envisage également une stratégie plus ambitieuse à travers la dérivation fluviale. Le principe consiste à aménager des bras de certains cours d’eau afin d’acheminer une partie des ressources hydriques vers les zones de production agricole.
Présentée comme un pilier du « Bénin Vert 2033 », cette initiative viserait à valoriser le potentiel hydraulique du pays pour soutenir durablement les cultures stratégiques. « Nous avons beaucoup de fleuves. Plus de 15 à 20 milliards de mètres cubes sont déversés dans la mer. Quel gâchis ! Nous allons créer des bras de nos fleuves qui ont le potentiel, sans les dessécher, pour envoyer les bras dans les bassins de production », a-t-il indiqué.
Suivant ces déclarations, le gouvernement ambitionne donc d’irriguer les grands bassins agricoles consacrés notamment au coton, au maïs ou au manioc, grâce à des ouvrages capables de sécuriser l’accès à l’eau sur de longues distances.

Toutefois, l’adaptation au changement climatique ne saurait reposer uniquement sur les infrastructures hydrauliques. Elle nécessite également des investissements dans les semences adaptées, la mécanisation, l’amélioration des pratiques culturales et l’accompagnement technique des producteurs. Les dernières sorties du ministre sur le terrain en disent long.

Face aux effets croissants du dérèglement climatique, l’enjeu pour l’agriculture béninoise est donc de passer d’une logique de dépendance à une logique de résilience. La maîtrise de l’eau, l’innovation et les réformes structurelles apparaissent désormais comme les conditions essentielles pour garantir la sécurité alimentaire et assurer l’avenir du secteur agricole.
À travers ces orientations, le gouvernement affiche l’ambition de faire évoluer l’agriculture béninoise vers un modèle plus moderne, moins vulnérable aux caprices du climat et davantage capable de répondre aux défis de production de demain.

Nadjahatou BAGUIRI

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