PLUIES DILUVIENNES ET MONTÉE DES EAUX AU BÉNIN : Les cultures agricoles sous forte pression

La recrudescence des pluies observée ces dernières semaines dans plusieurs localités du Bénin entraîne une montée des cours d’eau et ravive les inquiétudes dans les zones agricoles. Du Couffo à l’Okpara, les eaux sortent de leur lit et les autorités locales appellent à la vigilance. Si le phénomène était annoncé par les prévisions météorologiques bien avant, ses effets sur les déplacements et surtout les activités agricoles restent une préoccupation.
Les pluies se succèdent avec une intensité parfois importante dans plusieurs régions du Bénin. Depuis le mois de septembre, cette situation se traduit par une saturation progressive des sols et une montée des eaux dans certains cours d’eau. Dans les localités situées à proximité des fleuves et plans d’eau, les populations observent avec attention l’évolution de la situation, tandis que les autorités renforcent les appels à la prudence.
À Tchi-Ahomadégbé, dans la commune de Lalo, les riverains du fleuve Couffo ont récemment constaté une importante montée des eaux. Selon les témoignages recueillis dans la localité par Le Matinal, le niveau du fleuve avait atteint une hauteur particulièrement préoccupante quelques jours auparavant. « Les eaux étaient montées énormément », rapporte un témoignage, illustrant l’ampleur de la situation observée sur place. Les populations restent ainsi attentives à toute nouvelle évolution du niveau du cours d’eau.
Cette montée des eaux suscite des préoccupations d’autant plus importantes que les espaces riverains sont également utilisés pour les activités agricoles. Une nouvelle hausse du Couffo pourrait exposer certaines parcelles situées dans les zones basses à la submersion et perturber les déplacements des producteurs. Au-delà des cultures, les voies d’accès aux exploitations et l’acheminement des productions vers les marchés peuvent également être affectés lorsque les eaux gagnent les pistes et les passages habituels.
La situation observée dans le Couffo trouve un autre écho dans le Nord du pays. À Kpassa, dans l’arrondissement de Kika, commune de Tchaourou, le fleuve Okpara est sorti de son lit. Cette montée des eaux a conduit le maire de la commune, Rafiou Owotché, à lancer un appel à la prudence à l’endroit des populations.
Dans un communiqué signé le 29 septembre 2026, l’autorité communale invite les usagers à observer « la plus grande vigilance » et à faire preuve d’un sens accru de responsabilité. Il recommande notamment d’éviter, dans la mesure du possible, « toute traversée du fleuve », de ne pas sous-estimer « la force du courant ni la profondeur des eaux » et de différer tout déplacement non indispensable, alors que les populations disposent de part et d’autre des exploitations agricoles.
Pour ces populations rurales, l’enjeu ne se limite pas aux déplacements. Dans les zones agricoles, l’excès d’eau peut fragiliser les cultures, notamment lorsque les parcelles restent longtemps sous eau. La saturation des sols peut affecter le développement des plantes, favoriser certaines maladies et, dans les situations les plus sévères, entraîner des pertes de récoltes. Les difficultés d’accès aux champs peuvent également compliquer les opérations d’entretien, de récolte ou d’évacuation des produits.
L’agriculture béninoise se retrouve ainsi face à un paradoxe : si les pluies constituent une ressource indispensable aux cultures, leur accumulation excessive devient un facteur de vulnérabilité. Les producteurs installés à proximité des cours d’eau sont particulièrement exposés lorsque ceux-ci sortent de leur lit.
Les infrastructures rurales, les pistes de desserte et certains ouvrages de franchissement subissent déjà les conséquences de la montée des eaux. A Savalou dans les Collines et à Banikoara dans l’Alibori, des ponts donnant l’accès aux zones de productions sont emportés par la furie des eaux. Il en est de même dans l’Atacora et à Djidja dans le Zou.
Pour autant, la situation météorologique actuelle n’est pas totalement inattendue. Didier Kakpa, directeur général de Météo-Bénin, rappelle que les services météorologiques avaient anticipé des conditions particulièrement humides dans le Nord du pays. Intervenant sur Radio Fraternité, il indique que les prévisions saisonnières et les caractéristiques agro-hydroclimatiques établies dès les mois de mars et avril annonçaient des quantités de pluie « supérieures à la moyenne » dans cette partie du pays.
« Ces événements avaient été prévus, il n’y a rien d’extraordinaire », a déclaré le responsable. Selon lui, les services météorologiques avaient également formulé en amont des conseils destinés à accompagner les populations dans l’adoption des comportements appropriés pendant les périodes pluvieuses.
Cette anticipation met en évidence l’importance des systèmes d’alerte et de la diffusion de l’information météorologique auprès des acteurs agricoles. Pour les producteurs, disposer suffisamment tôt d’informations sur les risques de fortes précipitations permet d’adapter certaines opérations, de surveiller les parcelles vulnérables et d’éviter, autant que possible, les zones susceptibles d’être touchées par les débordements.
Dans les localités riveraines du Couffo comme dans celles exposées à la montée du fleuve Okpara, la vigilance demeure donc de mise. Le suivi de l’évolution des niveaux d’eau, l’information rapide des populations et le respect des consignes des autorités peuvent contribuer à réduire les risques. À Tchaourou, le maire insiste d’ailleurs sur la nécessité de signaler sans délai toute situation susceptible de mettre en péril la vie humaine.
La persistance des pluies rappelle finalement que l’abondance de l’eau peut être aussi problématique que son insuffisance pour le secteur agricole. Entre nécessité d’alimenter les cultures et risque de submersion des terres, les producteurs doivent composer avec un équilibre bien fragile dans de nombreuses zones agricoles du fait des pluies diluviennes et de la montée des eaux dans les fleuves et leurs affluents .
Dans les prochaines semaines, l’évolution des précipitations et des niveaux des cours d’eau sera déterminante pour les populations rurales et pour les activités agricoles exposées aux conséquences des inondations.
Moudachirou ALIOU




