RIZ EN AFRIQUE DE L’OUEST : Des stocks invendus qui fragilisent la filière locale

Le riz, aux côtés du maïs, demeure l’une des céréales les plus cultivées et consommées en Afrique de l’Ouest. Cependant, malgré son rôle central dans l’alimentation des populations, la production locale peine à s’imposer sur les marchés locaux. En cause, la forte concurrence du riz importé, souvent moins cher et perçu comme de meilleure qualité, ce qui limite l’écoulement des productions locales et fragilise toute la chaîne de valeur.
Au Mali, cette situation a récemment conduit les autorités à prendre une mesure exceptionnelle. Réuni en Conseil des ministres le 23 avril 2026, le gouvernement a annoncé le rachat de 26 030 tonnes de riz invendu détenu par les acteurs de l’interprofession. Cette initiative vise à soulager les producteurs et transformateurs confrontés à d’importants stocks, tout en permettant de remettre ce riz sur le marché à un prix accessible pour les populations.
L’opération sera conduite avec l’appui de l’Office des Produits Agricoles du Mali, qui bénéficiera d’une subvention de l’État afin de couvrir les coûts liés à l’achat, au stockage et à la distribution. À travers cette action, les autorités entendent soutenir la filière rizicole nationale, préserver le pouvoir d’achat des ménages et assurer une certaine stabilité du marché, notamment en période de soudure.
Cette difficulté d’écoulement s’explique en grande partie par la faible compétitivité du riz local. Les coûts de production élevés, liés notamment aux intrants, à la transformation et au transport, rendent le produit final moins attractif face aux importations. Résultat : les producteurs et les unités de transformation se retrouvent avec des volumes importants de riz invendu, ce qui affecte leurs revenus et freine les investissements dans le secteur.
Le phénomène dépasse largement les frontières maliennes et s’inscrit dans une tendance régionale. Au Sénégal, par exemple, les autorités ont multiplié les initiatives pour soutenir la commercialisation du riz local. Parmi les mesures adoptées figurent des subventions à hauteur de 50 francs CFA par kilogramme de riz acheté, des restrictions ponctuelles sur les importations ainsi que des incitations à la consommation à travers les institutions publiques. Malgré ces efforts, les stocks restent élevés, avec plus de 50 000 tonnes de riz paddy et usiné encore invendues dans la vallée du fleuve Sénégal à la fin du mois de mars 2026.
Au Ghana, la situation apparaît encore plus préoccupante. En novembre 2025, environ un million de tonnes de riz paddy étaient toujours en attente d’acheteurs dans un marché saturé par des importations à bas prix, parfois introduites de manière informelle. Cette crise a contraint certains transformateurs à suspendre leurs activités, tout en mettant sous pression les revenus de nombreux producteurs. Pour y faire face, les autorités ghanéennes ont mobilisé des ressources importantes afin de racheter les excédents agricoles et les redistribuer aux institutions publiques comme les écoles, les hôpitaux ou les prisons.
Si ces différentes mesures permettent d’atténuer les tensions à court terme, elles mettent surtout en lumière les défis structurels auxquels fait face la filière rizicole ouest-africaine. Entre coûts de production élevés, qualité parfois jugée inférieure et circuits de distribution encore peu performants, le riz local peine à rivaliser avec les importations. Selon les données de la FAO, les importations de riz en Afrique de l’Ouest ont augmenté de près de 32 % en cinq ans, passant de 7,49 millions de tonnes en 2020 à 9,86 millions de tonnes en 2024, illustrant l’ampleur du défi à relever pour atteindre l’autosuffisance alimentaire.
Moudachirou ALIOU




