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FILIÈRE KARITÉ EN AFRIQUE DE L’OUEST : Une campagne 2026 sous pression

L’ouverture de la nouvelle campagne du karité en Afrique de l’Ouest intervient dans un contexte marqué par des politiques d’exportation différentes selon les pays producteurs. Alors que certains États privilégient la transformation locale, le Bénin maintient les échanges tout en appliquant une taxe élevée à l’exportation. Ces choix devraient continuer d’influencer les prix, les approvisionnements et les perspectives des acteurs de la filière.

L’Afrique de l’Ouest conserve une place centrale dans l’approvisionnement mondial en karité. Mais pour la campagne 2026, les acteurs du secteur devront composer avec un marché régional de plus en plus fragmenté. Au Bénin, au Mali et en Côte d’Ivoire, la campagne est déjà ouverte, dans un contexte où les restrictions à l’exportation et les politiques nationales de transformation modifient les conditions d’accès à la matière première.

Les stratégies divergent fortement d’un pays à l’autre. Le Burkina Faso, après avoir suspendu les exportations de noix de karité en septembre 2024, a levé cette mesure en mai dernier. Les exportateurs autorisés doivent toutefois réserver 25 % des volumes prévus aux unités locales de transformation. Les amandes exportées sont également soumises à un prélèvement de 200 FCFA par kilogramme. Au Mali, au Nigeria et en Côte d’Ivoire, les exportations restent interdites afin de privilégier l’approvisionnement des transformateurs nationaux.

Le Bénin a opté pour une approche différente en maintenant les échanges, mais avec une taxation élevée des exportations. Cette orientation place les opérateurs béninois dans un environnement régional où les règles varient considérablement d’un marché à l’autre. Au Togo, les exportations sont à nouveau possibles sous autorisation préalable, avec une taxe de 100 FCFA/kg.

Ces politiques ont déjà des répercussions sur les prix. D’après le bulletin du service d’information sur les marchés N’kalô, les amandes se négociaient entre 260 et 310 FCFA/kg au Bénin, contre 275 à 290 FCFA/kg au Burkina Faso et environ 325 à 330 FCFA/kg au Togo. Au Ghana, les prix atteignaient 575 à 675 FCFA/kg, tandis qu’ils se situaient entre 280 et 320 FCFA/kg au Nigeria.

La situation nigériane illustre les effets possibles des restrictions. L’interdiction d’exporter s’accompagne d’une baisse de la demande, d’importants stocks hérités de la campagne précédente et du retrait de grands exportateurs. À l’inverse, le Ghana demeure davantage ouvert aux acheteurs internationaux, même si une partie des volumes disponibles est déjà engagée auprès de clients existants.

Pour Anaïs Chotard, analyste chez N’kalô, cette configuration rend les perspectives difficiles à anticiper. « Les opérateurs restent suspendus aux autorisations et aux interdictions », explique-t-elle à l’Agence Ecofin, soulignant également l’existence de flux transfrontaliers informels qui compliquent davantage la lecture du marché.

Parallèlement, la transformation locale tente de gagner du terrain. Au Bénin, les unités industrielles et semi-industrielles continuent d’acheter des amandes pour sécuriser leur approvisionnement. Mais à l’échelle régionale, les capacités installées restent encore insuffisamment exploitées. Les exportations de beurre de karité auraient atteint environ 85 000 tonnes en 2025, selon les données douanières évoquées par N’kalô.

La demande internationale demeure toutefois dynamique. Les exportations de beurre progressent et remplacent partiellement celles d’amandes, notamment vers l’Europe et l’Inde. La campagne 2026 s’annonce ainsi comme une nouvelle période d’ajustement pour les producteurs, collecteurs, transformateurs et exportateurs ouest-africains, dans un marché où les décisions nationales pèseront directement sur les prix et les disponibilités.

Moudachirou ALIOU

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