DES UNIVERSITÉS AUX CHAMPS : L’agriculture comme alternative au chômage

De nombreux jeunes diplômés en quête d’emploi s’orientent de plus en plus vers le secteur agricole.
Bien qu’il n’existe pas encore de chiffre global qui recense le nombre de jeunes diplômés sans emploi qui se reconvertissent dans l’agriculture, on note de façon générale que les mentalités changent et que les regards se tournent de plus en plus vers l’entrepreneuriat agricole comme solution au chômage.
Dans les campagnes comme dans les périphéries urbaines, il n’est plus rare de rencontrer de jeunes diplômés dans des champs de maïs, des exploitations maraîchères, des fermes avicoles par exemples, ou des plantations agricoles.
Ce constat qui tend à se généraliser soulève toutefois, des interrogations non moins importantes : comment se passe la reconversion de ces jeunes diplômés? quels sont les défis actuels de cette nouvelle génération d’agripreneurs? comment les politiques publiques les accompagnent-ils?…
À travers ce dossier, il sera question d’analyser les causes profondes de cette forme de résilience chez les jeunes diplômés sans emploi, leurs réalités quotidiennes dans un secteur qu’ils n’ont jamais rêvé d’embrasser, les difficultés qu’ils rencontrent ainsi que les perspectives qu’offre aujourd’hui le secteur agricole dans un contexte marqué par la crise de l’emploi.
Pendant plusieurs décennies, l’école et l’université ont été perçues comme les principales voies d’accès à une vie professionnelle stable et valorisante. Pour de nombreuses familles africaines, envoyer un enfant à l’école représentait un sacrifice certes, mais un investissement porteur d’espoir.
L’objectif de ces progénitures bénéficiaires des investissements familiaux était d’obtenir un diplôme, le sésame susceptible de leur permettre de décrocher un emploi décent dans l’administration publique, une entreprise privée ou une institution internationale. Cependant, cette vision semble aujourd’hui être confrontée à une réalité implacable: le chômage croissant des jeunes diplômés.
Au Bénin comme dans plusieurs autres pays africains, des milliers de jeunes sortent chaque année des universités et centres de formation avec des diplômes en droit, sociologie, communication, économie, agronomie ou encore gestion des entreprises par exemples. Pourtant, malgré leurs qualifications, beaucoup peinent à accéder à un emploi stable. Certains passent plusieurs années à déposer des dossiers de candidature pour divers postes sans succès. D’autres enchaînent des stages peu rémunérés ou des emplois précaires sans véritable perspective.
Face à cette situation, une nouvelle tendance se développe progressivement : le retour à la terre.
Des licenciés, des ingénieurs, des titulaires de master et même parfois des doctorants choisissent désormais de se tourner vers l’agriculture, l’élevage ou la transformation agroalimentaire pour subvenir à leurs besoins.
Ce phénomène, autrefois considéré comme exceptionnel, tend à se généraliser. Pour certains jeunes, travailler la terre constitue un choix par défaut après plusieurs années de chômage. Pour d’autres, il s’agit d’une véritable opportunité économique et entrepreneuriale.
En effet, l’agriculture apparaît de plus en plus comme un secteur capable de générer des revenus, de créer des emplois et de répondre aux besoins alimentaires sans cesse croissants des populations.
Cette évolution contribue également à changer progressivement l’image de l’agriculture dans les sociétés africaines.
Longtemps considérée comme une activité pénible, réservée aux personnes non instruites ou aux habitants des zones rurales, l’agriculture attire désormais une nouvelle génération de jeunes formés, ambitieux et souvent porteurs d’initiatives innovantes.
Grâce aux nouvelles technologies, aux réseaux sociaux, à l’accessibilité des matériels agricoles modernes et aux formations techniques, plusieurs jeunes diplômés modernisent les méthodes de production et développent des projets agricoles plus rentables et mieux organisés.
Le chômage des jeunes diplômés : un fléau qui interpelle
Le chômage des jeunes diplômés constitue aujourd’hui un véritable défi social et économique à la fois. Chaque année, des milliers de jeunes sortent des universités et centres de formation pour un marché de l’emploi qui peinent à les absorber.Les opportunités restent insuffisantes face au nombre croissant de demandeurs.
Autrefois, l’obtention d’un diplôme représentait une garantie d’insertion professionnelle. Beaucoup de jeunes espéraient intégrer l’administration publique, les entreprises privées ou les organisations internationales après leurs études. Mais cette réalité a progressivement changé. Les recrutements dans la fonction publique deviennent rares, tandis que le secteur privé peine à absorber le grand nombre de diplômés disponibles sur le marché.
Plusieurs jeunes passent ainsi des années à rechercher un emploi stable sans succès. Les exigences d’expérience professionnelle imposées par certains employeurs compliquent également l’insertion des nouveaux diplômés. Face aux refus répétés, beaucoup se retrouvent dans des situations de précarité. Ce qui entraîne diverses conséquences. Certains diplômés restent dépendants financièrement de leur famille malgré leurs qualifications. D’autres acceptent de petits emplois sans rapport avec leur domaine de formation. Le chômage prolongé provoque aussi frustration, découragement et perte de confiance en soi.
Face à ces difficultés, plusieurs diplômés choisissent désormais de créer leurs propres opportunités. L’agriculture apparaît alors comme une alternative capable de générer des revenus et de favoriser l’autonomie financière. Pour beaucoup, le retour à la terre n’est plus seulement une solution de survie, mais également une nouvelle manière de construire leur avenir professionnel.
Se réinventer l’avenir grâce à l’agriculture
À Gomparou dans la commune de Banikoara, à Badékparou ou encore à la Ferme Expérimentale IROROUN, et ailleurs d’autre, plusieurs jeunes diplômés béninois reprennent espoir, grâce à l’agriculture, l’élevage et la transformation. Abdoulaye Bio Alassane, étudiant en philosophie et producteur de soja grain, Koumassou Gratien, ingénieur agronome devenu apiculteur, ainsi que Soulaïmen DAMALA, ingénieur en télécommunications mais spécialisé dans l’élevage des escargots géants d’Afrique, incarnent entre autres, cette nouvelle génération de jeunes qui renoncent à la fatalité du chômage.
Leur parcours, confirme une réalité qui s’impose pas à pas.
Face aux difficultés d’insertion professionnelle, de nombreux diplômés se tournent vers l’agriculture, non seulement pour survivre, mais aussi pour entreprendre et bâtir un avenir durable.
À Gomparou, Abdoulaye Bio Alassane malgré son jeune âge relatif, illustre parfaitement cette nouvelle dynamique.
Âgé de 27 ans et étudiant en philosophie à l’Université d’Abomey-Calavi, il a décidé depuis quelques années de se consacrer à la production de soja grain. Pourtant, rien ne le prédestinait à devenir agriculteur. Comme beaucoup de jeunes, il a suivi un parcours scolaire classique, obtenant son Certificat d’études primaires, son Brevet d’études du premier cycle puis son Baccalauréat avant d’accéder à l’université.
Mais après son entrée dans la vie universitaire et face aux réalités économiques, il choisit progressivement de se tourner vers la terre. En 2020, il lance sa première exploitation de soja sur une superficie de seulement un demi-hectare. Les débuts sont modestes mais prometteurs. Grâce à sa détermination, il parvient à obtenir une production satisfaisante qui lui donne envie de poursuivre l’aventure.
Au fil des années, Abdoulaye améliore ses méthodes de production et agrandit progressivement son exploitation. Aujourd’hui, il cultive plus de deux hectares et demi de soja et produit plusieurs tonnes à chaque campagne agricole. Pour lui, l’agriculture ne doit pas être perçue comme une activité secondaire ou une solution de dernier recours. Bien au contraire, il considère ce secteur comme un véritable moteur de développement. « Aujourd’hui, le soja nourrit son homme », affirme-t-il avec conviction. Derrière cette phrase se cache une réalité que plusieurs jeunes commencent à découvrir : la terre peut offrir des revenus stables lorsqu’elle est exploitée avec sérieux, discipline et vision.
Comme Abdoulaye, Koumassou Gratien a également choisi une voie peu commune. Ingénieur agronome de formation, ce jeune de 28 ans s’est spécialisé dans l’apiculture à Badékparou. Depuis cinq ans, il consacre son quotidien à l’élevage des abeilles et à la production de miel. Sa passion est née à l’occasion d’une visite dans une ferme apicole durant ses vacances. Fasciné par l’organisation des abeilles et leur importance dans la pollinisation, il décide alors de faire de cette activité son métier.
Au départ, son entourage comprenait difficilement ce choix. L’apiculture reste encore peu connue dans plusieurs régions du Bénin. Pourtant, Koumassou Gratien persévère malgré le manque de matériel et l’absence de formations spécialisées. À force de recherches personnelles et d’expérimentations, il réussit progressivement à développer son activité.
Aujourd’hui, il dispose d’une vingtaine de ruches et fournit du miel produit localement. Mais au-delà de l’aspect économique, il voit son métier comme une contribution à la préservation de l’environnement. « Protéger les abeilles, c’est protéger la vie », explique-t-il. À travers son activité, il participe également à la sensibilisation des populations sur l’importance de la biodiversité.
Le retour des diplômés vers la terre ne concerne pas uniquement les cultures traditionnelles ou les activités agricoles classiques.
Certains jeunes innovent en investissant dans des filières encore peu exploitées. C’est le cas de Soulaïmen DAMALA, ingénieur spécialisé dans les technologies de l’information et de la communication. Contrairement à ce que son parcours académique pouvait laisser penser, il choisit de s’adonner à l’élevage des escargots géants d’Afrique.
Pour lui, l’agriculture représente un immense champ d’innovations et d’opportunités économiques. À travers sa Ferme Expérimentale IROROUN, il développe un système moderne d’élevage basé sur les nouvelles technologies. L’humidité, la température et l’alimentation sont minutieusement contrôlées afin d’optimiser la croissance des escargots.
Son ambition dépasse largement le simple élevage. Il travaille également à la transformation des produits dérivés de l’escargot, notamment la bave utilisée dans l’industrie cosmétique ou encore les coquilles riches en calcium. En intégrant les outils numériques et l’intelligence artificielle dans ses activités, il démontre que l’agriculture moderne peut être associée à l’innovation technologique.
Ces différents parcours montrent que le retour à la terre ne signifie pas un abandon des études ou des compétences acquises à l’université. Au contraire, plusieurs jeunes diplômés utilisent aujourd’hui leur formation pour mieux organiser leurs exploitations, gérer leurs ressources et développer des activités plus rentables.
Cette nouvelle génération d’agriculteurs apporte également une autre vision du secteur agricole. Plus connectés, plus ouverts à l’innovation et plus sensibles aux enjeux environnementaux, ces jeunes contribuent progressivement à moderniser l’agriculture béninoise.
Une route semée d’embûches
Malgré leur motivation et leur engagement, les jeunes diplômés qui choisissent de travailler de travailler dans le secteur agricole restent confrontés à de nombreuses difficultés. Derrière les réussites visibles se cachent souvent des années de sacrifices, d’incertitudes et de lutte permanente pour maintenir leurs activités.
L’un des principaux obstacles demeure le manque de financement. Pour développer une activité agricole rentable, il faut disposer de moyens importants : achat de matériel, acquisition d’intrants, location ou achat de terres, entretien des exploitations ou encore transformation des produits. Malheureusement, plusieurs jeunes peinent à accéder aux crédits agricoles.
Abdoulaye Bio Alassane en sait quelque chose. Malgré l’évolution de son exploitation de soja, il reconnaît que l’accès difficile au financement constitue un véritable frein à son développement. Selon lui, l’absence de crédits disponibles à temps ne permet pas toujours d’acheter les intrants nécessaires avant les périodes de semis. Cette situation peut affecter considérablement les rendements agricoles.
À cela s’ajoute l’inaccessibilité aux équipements de pointe. Dans plusieurs localités rurales, les jeunes producteurs continuent d’utiliser des moyens traditionnels faute de ressources suffisantes pour se doter de matériels mécaniques modernes. Les travaux agricoles deviennent alors physiquement éprouvants et limitent les capacités de production.
Les contraintes techniques constituent également un défi majeur. Dans certaines filières comme l’apiculture ou l’héliciculture, les formations spécialisées restent rares. Koumassou Gratien explique avoir commencé son activité avec très peu de connaissances pratiques. Il a dû apprendre seul, multiplier les recherches et expérimenter pendant plusieurs années avant de stabiliser sa production.
La méconnaissance de certaines activités agricoles constitue aussi un obstacle majeur. Dans le cas de l’élevage des escargots développé par Soulaïmen DAMALA, plusieurs personnes considéraient cette activité comme marginale ou peu rentable. Il a donc fallu convaincre, sensibiliser et démontrer que cette filière pouvait réellement générer des revenus.
Au-delà des contraintes financières et techniques, les jeunes agriculteurs doivent également faire face au regard de la société. Dans certaines familles, voir un diplômé universitaire travailler dans les champs est encore perçu comme un échec social. Beaucoup de jeunes subissent des critiques ou des moqueries parce qu’ils ont choisi l’agriculture après leurs études.
Cette pression sociale décourage parfois certains jeunes et freine leur engagement dans le secteur agricole. Pourtant, ceux qui réussissent démontrent progressivement que la terre peut offrir des perspectives réelles lorsqu’elle est exploitée avec professionnalisme. L’endurance, la patience et la persévérance deviennent des qualités essentielles pour réussir. Abdoulaye Bio Alassane insiste d’ailleurs sur cette réalité lorsqu’il affirme qu’« un entrepreneur doit être endurant et persévérant pour surmonter les difficultés ».
Cette résilience constitue aujourd’hui l’une des principales forces de cette nouvelle génération d’agriculteurs. Beaucoup considèrent les obstacles non comme des raisons d’abandonner, mais comme des défis à relever.
Au-delà de leurs activités personnelles, plusieurs jeunes diplômés cherchent désormais à transmettre leurs connaissances et à accompagner d’autres jeunes.
Abdoulaye forme aujourd’hui d’autres producteurs de soja à travers le projet EJASA. Koumassou Gratien rêve de créer un centre de formation apicole. Quant à Soulaïmen DAMALA, il ambitionne de développer un réseau d’éleveurs utilisant les nouvelles technologies.
Ces initiatives montrent que le retour des diplômés à la terre ne se limite plus à une simple recherche de revenus. Il s’agit désormais d’un véritable mouvement de transformation agricole porté par des jeunes qui veulent créer, innover et contribuer au développement de leurs communautés. À travers leurs parcours, ces jeunes démontrent que l’agriculture peut devenir un secteur moderne, rentable et attractif pour la jeunesse béninoise. Leur expérience rappelle surtout qu’avec de la volonté, de la formation et un meilleur accompagnement, la terre peut offrir bien plus qu’un simple moyen de subsistance, mais également une véritable perspective d’avenir.
Le regard d’une spécialiste du développement rural
Pour plusieurs spécialistes du développement rural, le retour des jeunes diplômés à la terre traduit une transformation profonde des réalités économiques et sociales en Afrique. Selon l’agronome et économiste spécialiste de la sociologie rurale, Odonhitan Oluwayèmissi Cécile, ce phénomène ne doit plus être perçu comme un signe d’échec scolaire ou professionnel, mais plutôt comme une adaptation des jeunes face aux mutations du marché de l’emploi.
« Aujourd’hui, le secteur agricole offre de nombreuses opportunités économiques encore sous-exploitées. Les jeunes diplômés apportent une nouvelle vision de l’agriculture grâce à leurs compétences en gestion, en communication et en innovation », explique-t-elle.
Pour Odonhitan Oluwayèmissi Cécile, cette nouvelle génération contribue progressivement à moderniser le secteur agricole béninois. Contrairement aux pratiques traditionnelles, plusieurs jeunes utilisent désormais les technologies numériques, les réseaux sociaux et des méthodes modernes de production pour améliorer leurs rendements et accéder aux marchés.
Cependant, elle souligne que ces initiatives restent confrontées à de nombreuses contraintes, notamment le manque de financement, les difficultés d’accès à la terre et l’insuffisance d’accompagnement technique.
Pour elle, l’État et les partenaires au développement doivent davantage investir dans la formation, le financement et la valorisation des métiers agricoles afin de faire de l’agriculture un véritable levier de création d’emplois pour la jeunesse.
Comment mieux accompagner ces jeunes agriculteurs ?
Face au nombre croissant de jeunes diplômés qui se tournent vers l’agriculture, plusieurs solutions apparaissent nécessaires afin de mieux accompagner cette dynamique et garantir la réussite de ces initiatives. L’un des principaux défis reste l’accès au financement. Beaucoup de jeunes disposent de projets agricoles innovants, mais peinent à obtenir des crédits adaptés à leurs activités. Il devient donc indispensable de faciliter l’accès aux crédits agricoles et de mettre en place des mécanismes de financement plus accessibles aux jeunes entrepreneurs ruraux.
La formation constitue également un levier essentiel. Au-delà des connaissances théoriques acquises à l’université, les jeunes ont besoin de formations pratiques en gestion d’exploitation, transformation des produits agricoles et utilisation des nouvelles technologies. Le renforcement de l’accompagnement technique permettrait aussi d’améliorer les performances des exploitations.
Par ailleurs, la modernisation des infrastructures agricoles demeure importante. L’accès aux équipements modernes, aux systèmes d’irrigation et aux outils numériques peut considérablement améliorer les rendements.
Il est nécessaire de valoriser davantage les métiers agricoles afin de changer les perceptions sociales. L’agriculture doit être présentée comme un secteur moderne, rentable et capable d’offrir de véritables opportunités d’emploi et d’entrepreneuriat pour la jeunesse béninoise.
Au bout du sillon, l’espoir
Le retour progressif des jeunes diplômés à la terre traduit aujourd’hui une profonde mutation des réalités sociales et économiques au Bénin. Face au chômage grandissant et à la rareté des emplois dans les secteurs public et privé, plusieurs jeunes choisissent désormais de créer leurs propres opportunités dans l’agriculture, l’élevage ou les activités agroalimentaires.
À travers les parcours d’Abdoulaye Bio Alassane, de Koumassou Gratien et de Soulaïmen DAMALA, l’agriculture ne constitue plus uniquement une activité de subsistance, mais un véritable secteur d’avenir capable de générer des revenus, de créer des emplois et de contribuer au développement local. Ces jeunes diplômés démontrent également que les connaissances universitaires peuvent servir à moderniser les pratiques agricoles, à innover et à développer des initiatives durables.
Malgré les difficultés auxquelles ils sont confrontés, ces jeunes incarnent une nouvelle vision de l’entrepreneuriat rural. Leur expérience démontre que la terre peut offrir bien plus qu’un simple moyen de subsistance : une véritable opportunité de réussite, d’autonomie et de transformation économique pour la jeunesse béninoise.
Moudachirou ALIOU




