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AU DELÀ DES ACTIVITÉS CHAMPÊTRES AU BÉNIN : Voici comment les femmes redessinent le visage de l’agriculture

Longtemps reléguées au simple rôle d’aide dans les travaux champêtres, les femmes rurales béninoises ont progressivement changé de statut dans le secteur agricole. Aujourd’hui, elles ne se contentent plus d’aider les hommes aux champs. Elles possèdent, exploitent et emblavent leurs propres parcelles, prennent des décisions économiques et s’imposent comme de véritables actrices de la production et de la transformation agricoles.

Dans les champs du Bénin, la présence féminine est désormais incontournable. Selon diverses estimations issues de sources nationales et internationales, les femmes représentent entre 40 % et 47 % des actifs agricoles du pays. Mais au-delà des chiffres, leur contribution réelle au travail agricole est encore plus importante : elles assureraient entre 60 % et 80 % des tâches de production, notamment le semis, l’entretien des cultures, la récolte et le conditionnement. Pour chaque 100 hommes actifs en agriculture, on compterait ainsi entre 67 et 88 femmes.

Cette forte implication se constate aussi bien en milieu rural que périurbain. Les femmes interviennent aujourd’hui à toutes les étapes de la chaîne de valeur agricole : production vivrière, cultures de rente, transformation agroalimentaire et commercialisation. Dans plusieurs filières telle que anacarde, soja, karité, riz ou manioc, elles occupent une place centrale, en particulier dans les activités de transformation. À l’échelle villageoise, la majorité des unités de transformation appartiennent à des femmes. Même au niveau des usines, elles constituent souvent plus de la moitié de la main-d’œuvre.

Dans le département de l’Atacora, Takou Maria, productrice de soja, cultive près de deux hectares. Son parcours illustre cette évolution silencieuse mais profonde.
« Avant, je travaillais sur le champ de mon mari. Aujourd’hui, j’ai mon propre champ. Je décide de ce que je sème, quand je vends et comment j’utilise l’argent », confie-t-elle avec fierté.

Toujours dans le même département, mais cette fois à Péhunco, Adidja Tikandé, productrice de riz, explique :
« Je cultive sur une terre qui ne m’appartient pas, mais tout ce que je produis est pour moi. Je fais moi-même la production et la transformation du riz, notamment l’étuvage. »

Comme elles, de nombreuses femmes ont accédé à la terre grâce aux groupements agricoles, aux projets d’appui aux femmes rurales ou à la location de parcelles. Une avancée qui modifie profondément leur position sociale au sein des ménages et des communautés.

À N’Dali, Ourou Sika, productrice d’anacarde, raconte un cheminement similaire. « Avant, je cultivais avec mon mari. Aujourd’hui, grâce aux revenus des ventes, j’ai pu acquérir ma propre parcelle que je cultive pour mon propre compte », explique-t-elle.

La transformation agricole est devenue un levier stratégique d’autonomisation pour les femmes. Dans le nord du Bénin, à Ségbana, Safahatou Amadou s’est spécialisée dans la transformation du soja en lait. « Je me suis intéressée à l’agriculture parce qu’elle est à la base de l’alimentation et du développement de notre communauté. En transformant le soja en lait, j’ai voulu apporter une valeur ajoutée à nos produits locaux et proposer une solution nutritive, accessible et saine », explique-t-elle. Elle précise que sa principale motivation reste la lutte contre la malnutrition, notamment chez les enfants et les ménages à faibles revenus. « Le soja est riche en protéines végétales. Mais les difficultés sont nombreuses : manque de moyens financiers, accès limité aux équipements modernes et parfois manque de reconnaissance, surtout pour les femmes. Malgré tout, avec de la détermination, de la formation et du travail acharné, il est possible de réussir », affirme-t-elle.

À Parakou, Imourou Rabiath, transformatrice de lait de vache en fromage, partage son expérience:
« L’agriculture m’a donné une voix. Je ne dépends plus de mon mari. Mon activité me permet de subvenir aux besoins de ma famille et d’aider d’autres femmes à devenir, elles aussi, autonomes. »

Au-delà de la production et de la transformation, les femmes s’imposent progressivement dans la gouvernance agricole. Elles dirigent des coopératives, participent aux prises de décisions et défendent les intérêts des productrices, des transformatrices . Leur leadership, autrefois discret, devient de plus en plus affirmé. Sahadatou Atta, présidente de la FENAPAB, comme bien d’autres, incarne cette montée en puissance des femmes dans les instances de décision du monde agricole. Cette mutation du rôle des femmes dans l’agriculture béninoise traduit un changement profond de mentalité. La femme n’est plus seulement une aide familiale, mais une entrepreneure agricole à part entière, détentrice de terres, de savoir-faire et de projets.

Malgré les défis persistants liés à l’accès sécurisé au foncier, au financement et aux équipements agricoles, les femmes continuent de tracer leur sillon. À force de courage et de détermination, elles cultivent bien plus que des champs : elles cultivent leur indépendance et l’avenir de l’agriculture béninoise.

Nadjahatou BAGUIRI

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