RARETÉ DU SOJA SUR LE MARCHÉ LOCAL BÉNINOIS : La douane et l’interprofession tirent la sonnette d’alarme

Le soja se fait de plus en plus rare sur le marché local, au détriment des unités de transformation. Une situation préoccupante qui a conduit l’Interprofession du soja et la douane béninoise à tirer la sonnette d’alarme face aux producteurs et aux transporteurs.
Selon Djibril Afatiti, président de l’Interprofession du soja, l’exportation incontrôlée du produit va à l’encontre des efforts consentis par l’État pour développer la filière.
« Nous avons constaté que le gouvernement a accompagné la production du soja à hauteur de milliards de francs CFA. Mais ce que nous voyons aujourd’hui ne prône pas le développement », a-t-il déclaré.
Pour les responsables du secteur industriel et commercial, il est inconcevable que la matière première quitte le pays alors que les unités locales en manquent. Hantarou Kpara, directeur départemental de l’Industrie et du Commerce de l’Atacora-Donga, s’indigne :
« On ne peut pas avoir des usines au Bénin qui ont besoin de matière première et prendre ces matières premières-là pour les envoyer ailleurs pendant que les usines nationales ne sont pas servies. »
Sur le terrain, les services de contrôle ont relevé de nombreux dysfonctionnements. Des sorties de produits locaux vers les pays voisins, souvent en violation des textes, ont été signalées. Noël Étienne Whannou, directeur régional des douanes Atacora-Donga, explique la démarche entreprise par son institution :
« Nous avons constaté déjà sur le terrain qu’il y a des choses qui ne marchent pas, des dérapages et des sorties frauduleuses. Nous avons décidé de prendre le taureau par les cornes en rencontrant les différents acteurs pour leur rappeler la réglementation en vigueur et situer les responsabilités des uns et des autres. »
Ces pratiques, selon les acteurs de la transformation, fragilisent toute la chaîne de valeur du soja au Bénin. Hippolyte Lokonon, président de l’Association béninoise des transformateurs du soja, met en garde contre les conséquences économiques :
« Le fait que le soja sorte du Bénin nous arrache notre rang de leadership au niveau de l’Afrique. Le pays voisin où va le soja, c’est son nom qu’on voit sur la liste comme grand producteur. Or, si le soja reste, cela alimente les usines de transformation, crée des emplois pour les jeunes béninois et force le développement du pays. Il faut que le soja reste. »
Face à cette situation, la douane béninoise et l’Interprofession du soja appellent l’ensemble des acteurs au respect strict de la réglementation, sous peine des sanctions prévues par la loi.
Pour rappel, la campagne 2025-2026 est régie par le décret n°2022-568 du 12 octobre 2022, qui interdit l’exportation du soja grain par voie terrestre et encadre strictement sa commercialisation afin de favoriser la transformation locale. Le gouvernement maintient également l’obligation d’exporter le soja exclusivement par le port de Cotonou.
Olivia LIMA




