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TRANSHUMANCE DANS L’ATACORA : Agriculteurs et éleveurs réclament des couloirs de passage sécurisés

Les témoignages se succèdent, les inquiétudes se précisent et les attentes convergent vers une même urgence : sécuriser les couloirs de passage du bétail. À Toucountouna, Natitingou, Matéri et Tanguiéta, dans le département de l’Atacora, les échanges engagés avec la Chambre nationale d’agriculture du Bénin (CNA-BÉNIN) autour du Code pastoral ont rapidement dépassé le cadre de la sensibilisation. Derrière les dispositions légales présentées aux participants se dessinent des réalités quotidiennes marquées par les dégâts champêtres, le pâturage nocturne et les difficultés de cohabitation entre agriculteurs et éleveurs.

Le vendredi 13 octobre, à Toucountouna et à Natitingou, les participants n’ont pas caché leur désarroi. Après la présentation du Code pastoral et des textes d’application, les prises de parole ont révélé l’ampleur des difficultés rencontrées sur le terrain. L’absence de couloirs de passage dans certaines zones, le manque de surveillance des troupeaux et les comportements de certains bergers figurent parmi les préoccupations soulevées.

« Les éleveurs n’aiment plus aller au pâturage. Ils recrutent des gens qui créent des dégâts dans les champs. Quand les éleveurs vont en pâturage, il n’y a pas de dégâts », lance un participant. Un autre insiste sur les limites de la surveillance des animaux : « Si le cheptel dépasse l’éleveur, il y a des dégâts. Autre chose, le pâturage nocturne est le nid des problèmes. » Ces témoignages traduisent la frustration des producteurs qui voient leurs récoltes menacées et peinent parfois à obtenir réparation.

Au fil des interventions, les difficultés de règlement des conflits occupent également une place importante. Certains participants dénoncent des comportements intimidants et regrettent que les démarches entreprises auprès des autorités ne permettent pas toujours de résoudre les différends comme ils le souhaitent.

Face à ces préoccupations, le premier adjoint au maire de Toucountouna invite les communautés à regarder au-delà des sanctions. « Au-delà de la loi, nous devons chercher à savoir comment faire pour vivre ensemble. Car, même si on emprisonne quelqu’un pour cinq ans, la victime charcutée reste invalide à vie », souligne-t-il. Pour lui, la paix dépend aussi du respect mutuel des règles. « Si on trace les couloirs de passage, il faut que les agriculteurs les respectent. Il faut aussi que les éleveurs les respectent. C’est à ce seul prix que nous allons éviter les conflits et vivre dans la paix sans laquelle rien n’est possible », insiste-t-il.

Le jeudi 22 octobre, les émissaires de la CNA-BÉNIN poursuivent leur tournée à Matéri et à Tanguiéta. Les préoccupations restent les mêmes, mais les participants apportent des précisions sur l’état des infrastructures pastorales. À Matéri, sur six aires de sédentarisation recensées, seules deux sont fonctionnelles. Les balises de certains couloirs de passage ont également été détruites par des individus non identifiés. Pour les acteurs locaux, l’identification des espaces ne suffit plus : il faut désormais les matérialiser et les protéger.

À Tanguiéta, le pâturage nocturne continue d’alimenter les tensions. Un participant évoque les difficultés rencontrées par les producteurs lorsqu’ils réclament une indemnisation après le passage des animaux dans leurs champs. « Même si on attrape les éleveurs en flagrant délit, on n’a pas gain de cause au commissariat », déplore-t-il. Il estime que les montants proposés pour réparer les dommages sont parfois jugés dérisoires par les victimes. D’autres témoignages font état de récoltes qui auraient été brûlées après que des troupeaux ont causé des dégâts dans les exploitations.

Dans cette commune, le président de l’Union communale des éleveurs pointe directement le manque d’infrastructures. « Sans les couloirs de passage et les aires de pâturage, le problème ne finira jamais. Il n’y a pas de couloir de passage dans un seul arrondissement de Tanguiéta », affirme-t-il. Les éleveurs évoquent aussi leurs difficultés d’accès à la terre, qui limitent les possibilités de cultiver du fourrage pour nourrir les animaux. L’un d’eux déplore d’avoir exploité une parcelle pendant des années avant d’en être dégagé au détour de revendications foncières.

Le coordonnateur de zone de la Direction départementale de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche (DDAEP) à Tanguiéta apporte une précision : <<les couloirs de passage sont identifiés, mais restent à matérialiser >>. Il sollicite l’accompagnement de la CNA-BÉNIN pour aider les autorités communales à concrétiser et à sécuriser ces espaces.

La question des indemnisations reste, elle aussi, délicate. Lorsque l’agriculteur et l’éleveur ne parviennent pas à s’entendre, les techniciens de la DDAEP peuvent être sollicités sur réquisition du commissaire de police pour évaluer les dégâts. Leur travail consiste à déterminer la part des cultures détruites et les pertes irrécupérables, plutôt qu’à retenir automatiquement la totalité de la superficie du champ. Mais lorsque le montant proposé est contesté, le différend peut persister.

Au cours de ces rencontres, un rappel est également fait aux participants : nul n’a le droit de se faire justice. Mutiler les animaux, violenter un berger ou exercer des représailles expose son auteur à des sanctions. Le recours aux voies légales demeure indispensable pour éviter que les conflits liés aux récoltes et au bétail ne se transforment en affrontements plus graves.

De Toucountouna à Tanguiéta, le message des acteurs est sans équivoque. Ils attendent de la CNA-BÉNIN et des autorités communales des actions concrètes pour matérialiser les couloirs de passage, rendre fonctionnelles les aires de sédentarisation et faciliter l’accès des éleveurs aux espaces fourragers. La sensibilisation au Code pastoral pose les bases du dialogue, mais les communautés attendent désormais des réponses sur le terrain. Derrière chaque champ endommagé et chaque troupeau mal encadré, c’est la coexistence entre deux activités essentielles à l’économie rurale qui se trouve mise à l’épreuve.

Moudachirou ALIOU

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