PRODUCTION RIZICOLE À BANIKOARA : Bio Saka Abdoul-Wahabou parle de ses défis et ambitions

Dans plusieurs localités du nord du Bénin, la riziculture occupe une place de plus en plus importante dans les activités agricoles. À Banikoara, commune reconnue principalement pour la production cotonnière, certains producteurs se tournent également vers la culture rizicole dans la droite ligne de la diversification agricole. Ils augmentent ainsi leurs parts de revenus et participent aussi à la promotion du « consommons local ». Malgré les difficultés liées à la mécanisation, au coût des intrants agricoles et à la commercialisation, ces producteurs continuent de nourrir de grandes ambitions pour le développement de la filière.
À Gomparou, Bio Saka Abdoul-Wahabou fait partie de ces agriculteurs qui consacrent leur énergie à la culture du riz depuis plusieurs années. Dans cet entretien, il revient sur son parcours, ses motivations, les réalités du terrain ainsi que les défis auxquels font face les producteurs rizicoles de sa localité.
Journaliste : Bonjour Monsieur, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Je m’appelle Bio Saka Abdoul-Wahabou et je réside à Gomparou dans la commune de Banikoara. Je suis producteur agricole et je m’investis principalement dans la culture du riz depuis plusieurs années. C’est une activité qui occupe aujourd’hui une place importante dans ma vie parce qu’elle me permet non seulement de subvenir aux besoins de ma famille, mais aussi de contribuer au développement agricole de ma localité.
Quelle variété de riz cultivez-vous principalement et pourquoi avez-vous choisi celle-là ?
Je cultive principalement la variété IR 841. J’ai porté mon choix sur cette variété parce qu’elle donne un bon rendement et qu’elle s’adapte relativement bien aux conditions climatiques de notre zone de production.
Cette variété permet d’obtenir une bonne récolte lorsque les conditions sont favorables et lorsque les producteurs disposent des intrants nécessaires.
Beaucoup de producteurs dans notre région apprécient également cette variété pour sa productivité et la qualité du riz obtenu après transformation.
Cependant, même avec une bonne variété, il faut rappeler que les résultats dépendent énormément des moyens mis à la disposition des producteurs.
Quelle superficie exploitez-vous actuellement et quel rendement obtenez-vous chaque saison ?
Chaque saison, je cultive environ un hectare et demi de riz. Avec cette superficie, j’obtiens généralement un rendement d’environ six tonnes lorsque la campagne se déroule normalement.
C’est un rendement encourageant, mais nous pensons qu’il est possible de faire beaucoup mieux si les producteurs avaient accès à davantage d’équipements modernes et à des intrants agricoles de qualité.
Aujourd’hui, plusieurs producteurs sont limités par le manque de moyens financiers. Certains souhaitent augmenter leurs superficies, mais ils n’en ont pas la capacité. D’autres n’arrivent pas à mécaniser leurs activités, ce qui ralentit considérablement les travaux agricoles.
Quelles sont les principales difficultés auxquelles vous faites face dans la production du riz ?
Les difficultés sont nombreuses et touchent presque toutes les étapes de la production. La première grande difficulté concerne le manque d’équipements adaptés à la mécanisation agricole.
Nous avons besoin de matériels comme les motoculteurs, les semoirs, les batteuses vanneuses et les moissonneuses. Sans ces équipements, les travaux sont très pénibles et prennent beaucoup de temps. Cela influence directement la qualité du travail et parfois même les rendements obtenus.
Nous rencontrons également des difficultés liées à l’accès aux intrants agricoles. Les engrais, les pesticides et les semences de qualité coûtent cher et ne sont pas toujours disponibles au moment opportun. Or, sans ces intrants, il devient difficile d’obtenir une bonne production.
À cela s’ajoute le problème du financement. Beaucoup de producteurs n’ont pas accès aux crédits agricoles ou aux subventions. Pourtant, le financement est indispensable pour acheter les intrants, louer certains équipements et entretenir les champs.
Les producteurs ont besoin d’un accompagnement plus important afin de moderniser leurs exploitations et améliorer leur productivité.
Les changements climatiques ont-ils également un impact sur votre activité ?
Oui, les changements climatiques ont un impact important sur notre activité. Aujourd’hui, les saisons ne sont plus vraiment stables comme auparavant. Parfois, les pluies tardent à venir ou s’arrêtent brusquement pendant les périodes de culture.
Cette situation perturbe énormément les producteurs parce que le riz a besoin d’eau pour bien se développer. Quand les pluies sont insuffisantes ou mal réparties, cela peut réduire les rendements et occasionner des pertes importantes.
C’est pourquoi nous avons aussi besoin de systèmes d’irrigation plus développés afin de mieux sécuriser la production.
Comment se déroule la commercialisation du riz que vous produisez ?
Nous commercialisons notre production principalement à travers une coopérative. Cela nous permet de mieux s’organiser et de vendre ensemble.
Mais malgré cela, nous rencontrons encore plusieurs difficultés. Il y a d’abord la volatilité des prix. Les prix changent souvent et cela ne permet pas toujours aux producteurs de réaliser des bénéfices satisfaisants après tous les efforts fournis pendant la campagne agricole.
Nous avons aussi des difficultés d’accès aux marchés. Certains producteurs peinent à trouver des acheteurs ou à transporter leurs produits vers les zones de commercialisation.
Le manque d’unités modernes de transformation constitue également un problème. Si nous disposions de davantage de rizeries modernes, cela améliorerait la qualité du riz transformé et renforcerait sa compétitivité sur les marchés.
Pensez-vous aujourd’hui que vos ambitions dans la riziculture sont atteintes ?
Je peux dire qu’au premier regard, certaines de nos ambitions sont déjà atteintes parce que nous avons réussi à maintenir nos activités malgré les difficultés.
Mais nous voulons aller encore plus loin. Notre ambition est de développer davantage la production rizicole, d’augmenter les superficies cultivées et d’améliorer les revenus des producteurs.
Nous voulons également voir le riz local béninois être davantage consommé dans les ménages et valorisé sur les marchés. Cela encouragerait les producteurs à investir encore plus dans cette filière.
Quelles sont vos besoins pour améliorer durablement la production du riz dans votre localité ?
Nous demandons d’abord que l’accès aux intrants agricoles soit facilité pour les producteurs. Les semences de qualité, les engrais, les pesticides et les produits contre les ravageurs doivent être disponibles et accessibles à des coûts raisonnables.
Nous souhaitons aussi bénéficier d’un meilleur accompagnement technique et financier à travers des subventions et des formations adaptées.
Il est également important de mettre à la disposition des producteurs des équipements modernes et performants afin de faciliter la mécanisation agricole.
Nous plaidons par ailleurs pour la construction de magasins de stockage afin de mieux conserver les récoltes et éviter les pertes après production.
Enfin, nous souhaitons la construction d’une rizerie moderne dans notre zone afin de transformer localement le paddy produit par les agriculteurs. Cela permettra d’améliorer la qualité du riz local, de créer des emplois et d’augmenter les revenus des producteurs.
Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes qui hésitent encore à se lancer dans l’agriculture, notamment dans la riziculture ?
Je voudrais dire aux jeunes que l’agriculture est un secteur d’avenir. La riziculture peut offrir de nombreuses opportunités lorsqu’on travaille avec courage et détermination.
Aujourd’hui, le pays a besoin de jeunes producteurs capables de contribuer à la sécurité alimentaire et au développement économique. Avec un bon accompagnement, les jeunes peuvent réussir dans ce domaine et créer leurs propres emplois.
Il faut surtout croire au potentiel du riz local béninois et continuer à travailler pour son développement.
Moudachirou ALIOU




