Joseph Tokoré sur la production d’Anacarde au Bénin : « Nous conseillons les producteurs à ce qu’ils installent les plantules qui sortent des pépinières »

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Au Bénin, selon le Ministère de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche, la noix d’anacarde représente la deuxième culture d’exportation après le coton. En 2018, le Bénin a atteint une production d’environ 150 mille tonnes et l’objectif pour la campagne 2019 est de réaliser une production de 171 mille tonnes. Mais selon les spécialistes du domaine, le Bénin pourrait réaliser une production meilleure si tous les producteurs mettaient en pratique les techniques de plantation de la noix d’anacarde. Justement quelles sont les techniques qui permettent de booster le rendement des anacardiers ? On en parle dans cet entretien avec le chargé de production et de commercialisation de la Fédération Nationale des Producteurs d’Anacarde du Bénin (Fénapab).

Propos recueillis par Jacques D. BOSSE

Joseph Tokoré dites-nous d’entrée quelles sont les techniques de plantations de la noix d’anacarde pour obtenir un bon rendement ?

Il faut signaler qu’aujourd’hui, le souci premier c’est comment faire pour avoir les rendements meilleurs. Il faut permettre aux producteurs non seulement de couvrir leurs charges de production mais aussi de tirer profit de la filière. Et pour installer une plantation d’anacardier aujourd’hui, c’est recommander certaines normes. Aux nombres de celles-ci, il faut déjà signaler l’acquisition d’une bonne semence. Aujourd’hui, il n’y a pas encore de variétés. En termes réels, on ne peut pas encore parler de variétés d’anacarde au Bénin. Mais il y a déjà des semences que nous améliorons à travers les espèces sauvages que nous avons, et nous passons par le greffage avant de pouvoir obtenir ces plants. Une fois que nous avons ces plants, il y a d’autres techniques qu’il faut respecter telles que la densité. L’anacardier, si le nombre de plants à l’hectare est trop, ça ne permet pas aux plants de bien se divertir et de bien produire. C’est pourquoi nous recommandons certaines densités, un certain nombre de plants à l’hectare et après ça il y a les entretiens qui doivent suivre.

On observe que les producteurs utilisent deux techniques de plantation : pendant que certains mettent les noix directement en terre, d’autres par contre passent par les pépinières. Parmi ces deux techniques, laquelle est recommandée et permet d’avoir un bon rendement ?               

 De jour en jour, la technique de mise en terre des noix est en train d’être réduite. On a constaté qu’étant donné que l’anacardier au Bénin n’a pas encore de variétés, si vous mettez directement la noix en terre, vous n’êtes pas sûrs d’avoir un bon rendement. Même si vous avez pris la noix au niveau d’un arbre qui produit bien, qui a de grosses noix, on n’est pas sûr d’avoir cette même noix à la fin de la production. Donc cela voudra dire qu’il y a des dégénérations génétiques qui s’observent au cours de la production de cette noix. Ce qui fait que lorsque vous l’installez, vous n’avez forcément plus les caractéristiques génétiques de l’arbre mère. En clair, il faut comprendre par-là que vous pouvez prendre la noix au niveau d’un arbre qui produit de grosses noix pour obtenir de petites noix à la fin, ou bien un arbre qui produit beaucoup et obtenir peu de noix de l’autre côté. Cette approche qui était utilisée pendant longtemps parce qu’il n’y avait pas de travaux dans ce sens pour pouvoir améliorer, aujourd’hui est en train d’être réglée. Il faut signaler qu’avant les plantations étaient installées pour sécuriser les terres, ce qui fait que les gens utilisent tout un tas de pratiques parce qu’ils n’attendaient pas un rendement. Mais aujourd’hui, l’anacarde est devenu un bien de rente, un bien qui est donc économique et tout le monde cherche à améliorer son rendement. Et pour améliorer le rendement, nous conseillons les producteurs à ce qu’ils installant les plantations à travers les plantules qui sortent des pépinières. C’est pourquoi vous observez la deuxième façon de faire qui est l’utilisation des plantules provenant des pépinières. Et au niveau de ces pépinières, nous procédons au greffage. Nous prélevons le greffer d’un arbre qui produit très bien qu’on appelle arbre élite que nous apportons au niveau du porte-greffe et nous collons. Une fois qu’on a fini le collage c’est qu’on est sûr d’obtenir l’arbre qui produit très bien et donc un grand rendement, une bonne production. L’autre chose est que la technique de mise en terre directe des noix ne permet pas d’avoir une plantation homogène. Alors que si c’est une plantation à base de plants greffés, vous êtes sûrs d’obtenir une plantation homogène c’est-à-dire des arbres qui produisent de la même façon. Vous pouvez même estimer votre rendement à l’hectare. 

Concrètement comment se fait le greffage dans le cas de l’anacardier ?

Le greffage dans le cas de l’anacardier est un processus qui n’est pas si facile comme pour tout autre plant. Pour l’anacardier, il y a un peu de spécificité à observer parce que les greffons que vous collez peuvent mourir facilement. C’est pourquoi d’aucuns vous diront que le prix d’un plant greffé est un peu élevé, du fait des travaux difficiles qui y sont derrière. Vous allez installer la pépinière déjà en janvier, février voire mars et vous entretenez. Donc un mois, un mois et demi, vous passez au greffage. Et pour faire le greffage, ce n’est pas n’importe quel greffé il faut prélever. Vous allez soit au niveau des parcs à bois, soit au niveau des arbres élites. Ce que nous appelons les parcs à bois, ce sont ces plantations qui sont faites à base des plants greffés et dont les greffés sont issus des bois élites. C’est lorsqu’on met tous ces plants avec certaines technicités que nous parlons de parcs à bois. Si vous avez déjà élevé les porte-greffes, ce qui suit c’est d’aller préparer les greffés. On prépare les greffés une à deux semaines avant d’aller les récolter. Une fois les greffés récoltés, vous revenez à la pépinière et vous faites le greffage. Vous avez deux possibilités en tout cas ici au Bénin : soit ce que nous appelons le greffage en fente c’est-à-dire vous coupez tout ce qui est de la partie haute de la plante, vous faites une fente et vous insérez le greffon qui est taillé en buseau au niveau de la fente ; ou bien vous faites le greffage en placage. Là vous prenez le greffon, vous le taillez de sorte que vous puissiez le coller contre le pied de l’autre porte-greffe, et vous attachez correctement. Après l’attache c’est surtout le chapeau qui est indispensable. Il permet de protéger le greffon contre les intempéries ; vous attachez correctement le chapeau, vous chassez l’air du chapeau. Donc c’est une opération qui est vraiment un peu délicate. N’importe qui ne peut pas faire un greffage. Si vous n’êtes pas une personne avertie, vous ne pouvez pas faire et que ça réussisse. Il faut faire avec soin. Et le taux de réussite d’un pépiniériste dépend de son habilité.  Il peut avoir cherché un bon greffer, il peut avoir un bon porte-greffe, avoir tout ce qui est outillage nécessaire mais s’il n’est pas habile pour tailler le greffon, coller correctement et bien ligaturer, il peut avoir un taux de réussite zéro.

Certains observateurs disent que les anacardiers sont aujourd’hui vieillissants au Bénin. Vous qui êtes dans le domaine, quel état des lieux faites-vous ?

Oui ! il faut signaler qu’aujourd’hui notamment dans les régions du zou et des collines, la majorité des plantations sont vieillissantes. Ce sont des plantations qui ont plus de 30 ans et au-delà de certains âges (30-35 ans), la productivité de l’arbre baisse. Il faut donc rajeunir la plantation. Et pour le faire, soit vous couper tout et vous installez une nouvelle plantation, soit vous sélectionnez au fur et à mesure, vous commencez d’une partie et vous attendez que ça prenne à ce niveau avant de poursuivre progressivement.  Vous avez aussi la possibilité de procéder à ce que nous appelons, le sur greffage c’est-à-dire vous coupez l’arbre qui ne produit pas bien, vous le laisser régénérer et après, vous le sur greffer avec les greffes d’un arbre élite et là vous êtes sûrs d’obtenir après un arbre qui produit bien. De la même façon, dans une nouvelle plantation, si vous constatez qu’il y a un arbre qui ne produit pas bien, vous le recepez à hauteur d’un mètre, le laisser régénérer et un pépiniériste viendra vous faire le sur greffage pour améliorer le rendement de cet arbre.

Alors le label Bénin continue-t-il de forcer l’admiration comme par le passé ?

Il faut reconnaître qu’on a cédé de places. On était parmi les trois premiers mais aujourd’hui nous nous situons autour de la 5e position en termes de qualité. C’est vrai que jusqu’ici la qualité de notre noix est reconnue surtout les noix de certaines localités. Les localités qui n’avaient pas cette qualité ont pris le pas en appliquant les bonnes pratiques culturales qui permettent d’améliorer aussi bien la qualité que la quantité. Ce qui fait que jusqu’à l’heure où nous parlons, nous avons encore des qualités de 47 et 48 au Bénin, ce qui n’est pas mauvais. Mais depuis l’année dernière avec les invasions de certains ravageurs qui ont piqué la majorité des noix, nous avons perdu le privilège d’être parmi les trois premiers. Je profite pour conseiller encore les braves producteurs à respecter surtout les bonnes pratiques poste-récoltes. Après la récolte, les gens ne conservent pas bien. On peut avoir récolté une bonne noix mais la conservation va détériorer la qualité de cette noix et du coup les gens ne vont pas apprécier nos noix. Après la récolte, il y a des opérations qui sont capitales telles que le séchage. Il faut mettre les noix dans des sacs recommandés. Et si on n’a pas les sacs recommandés, on peut les mettre dans les sacs dont on dispose. Mais cependant, il ne faut pas fermer le sac, ceci afin de permettre à ce que l’air circule. La chaleur dégrade. Vous savez la noix dispose d’assez d’huile. Tout ce qui a d’huile lorsque ça chauffe, l’huile sort et si l’huile sort, ne pouvant pas sortir vers l’extérieur, s’infiltre à l’intérieur vers l’amende alors que ce sont ces amendes que les gens consomment lorsqu’ils achètent les noix. Du coup on suppose que cette noix est gâtée à 100%.

Joseph Tokore, nous sommes à la fin de cet entretien, un message aux producteurs.

Je dirai aux producteurs que pour avoir une bonne productivité ou un bon rendement, d’utiliser les plants greffés parce qu’aujourd’hui il faut plus que nous recherchions les meilleurs prix de mille francs, de huit cent francs, non ! Nous devons compenser ce gap de prix par l’augmentation de nos rendements. Au lieu d’avoir quatre kilogrammes à l’arbre pour attendre mille francs ou huit cent franc CFA, on peut avoir huit voir dix kilogrammes à l’arbre et même si le prix est à trois cent franc on est bien. Donc il faut que les producteurs utilisent ces plants qui ont un haut potentiel de production et que les producteurs respectent les techniques de production. Après ça je conseille aux producteurs de faire au moins deux entretiens courant l’année c’est-à-dire le sarclage ou le désherbage pour permettre à la plante de mieux bénéficier de la pluie, parce que si vous avez les herbes qui se développent bien avant de les couper à la fin de la saison, vous avez d’opportunité et de concurrence entre les herbes et les arbres. Du coup, l’arbre ne pourra pas profiter au maximum d’éléments nutritionnels et d’eau. Les herbes auraient déjà partagé une bonne quantité avec l’arbre. Je conseille également aux producteurs de respecter les opérations poste-récolte. Il s’agit de bien récolter avec la ficelle, bien enlever les noix de la pomme pour éviter de laisser des reliquats de pommes. C’est tout ça-là qui détériore la qualité de la noix après la récolte. Il faut même si c’est un léger séchage. Il faut bien conserver dans de bons entrepôts ou magasins. Eviter de coller des sacs de noix ou de les déposer dans les chambres qui ne sont pas aussi grandes et qui chauffent. Je demande enfin aux producteurs d’appartenir aux coopératives pour bénéficier des sacs de jute. Ceci leur permettra d’avoir une facilité d’obtenir non seulement de bons emballages, mais également de bénéficier des formations.

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