FINANCEMENT DU SECTEUR AGRICOLE : Voici le niveau d’engagement de la BOAD au Bénin

La Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD) a considérablement renforcé son action en faveur de l’agriculture béninoise ces dernières années. À travers des financements directs à l’État, des lignes de crédit et des programmes structurants, l’institution soutient la résilience alimentaire, l’élevage et les infrastructures hydro-agricoles, affichant ainsi un niveau d’engagement particulièrement soutenu dans le pays.
L’agriculture occupe une place stratégique dans l’économie béninoise. Elle contribue de manière significative au Produit intérieur brut (PIB), procure des revenus à des millions de personnes et constitue une importante source de recettes d’exportation. Toutefois, le secteur reste confronté à de nombreux défis, notamment la faible mécanisation, la dépendance aux aléas climatiques, l’insuffisance des infrastructures de production et la faible transformation des matières premières agricoles.
C’est dans ce contexte que la BOAD a multiplié, au cours des dernières années, les interventions en faveur du développement rural. L’un des indicateurs les plus révélateurs de cet engagement réside dans la place accordée au développement rural au sein du portefeuille global des investissements de la banque au Bénin.
Avec 291,3 milliards de FCFA engagés dans les secteurs du développement rural et des projets sociaux, soit 33,05 % de ses engagements cumulés dans le pays, la BOAD fait clairement de l’agriculture l’une de ses priorités d’intervention.
Au-delà des montants mobilisés, la nature des projets financés traduit une volonté d’agir sur les fondements mêmes de la production agricole. Le financement de 28 milliards de FCFA accordé au développement de la vallée de l’Ouémé en constitue une illustration. À travers ce projet, la banque soutient la réalisation d’aménagements hydro-agricoles ainsi que la gestion durable des ressources naturelles. L’objectif est de renforcer la maîtrise de l’eau, un facteur essentiel pour améliorer les rendements agricoles et réduire la vulnérabilité des producteurs face aux changements climatiques.
Cet investissement revêt un caractère particulièrement stratégique dans la mesure où la vallée de l’Ouémé est considérée comme l’une des principales zones à fort potentiel agricole du pays. En contribuant à sa mise en valeur, la BOAD participe à la sécurisation de la production agricole nationale tout en créant de nouvelles opportunités économiques pour les populations riveraines.
L’engagement de l’institution se manifeste également à travers sa réponse aux défis liés à la sécurité alimentaire. Dans un contexte marqué ces dernières années par la hausse du coût des intrants agricoles et les perturbations des marchés internationaux, la BOAD a mobilisé 25 milliards de FCFA dans le cadre du Projet d’Urgence pour le Renforcement de la Résilience des Acteurs du Secteur Agricole (PUR-ZEDAGA).
Cette intervention a permis de mettre à la disposition des producteurs de riz, de maïs et des cultures maraîchères des intrants subventionnés dans 42 communes du Bénin. Au-delà de l’appui immédiat apporté aux producteurs, ce financement traduit la volonté de préserver les capacités de production nationales et de limiter les risques de dégradation de la sécurité alimentaire.
L’élevage constitue un autre domaine dans lequel la banque régionale affiche une présence significative. Considéré comme un secteur à fort potentiel économique mais confronté à des difficultés structurelles, il bénéficie d’un important soutien à travers le Projet de Sédentarisation des Troupeaux de Ruminants (ProSeR).
La première phase du projet a bénéficié d’un financement de 10 milliards de FCFA destiné à améliorer les conditions de production animale et à réduire les conflits liés à la transhumance. Une seconde phase, financée à hauteur de 17,5 milliards de FCFA, est venue consolider les acquis du programme. Elle prévoit notamment la sécurisation de 57 000 hectares d’espaces pastoraux, l’installation d’un campement pilote ainsi que l’amélioration de 126 campements d’éleveurs.
Avec un investissement global estimé à 35 milliards de FCFA grâce au cofinancement de l’État béninois et de la BOAD, le ProSeR illustre la volonté de transformer durablement l’élevage national. Les objectifs affichés sont ambitieux : accroître la production de viande et de lait tout en favorisant une meilleure cohabitation entre les différents acteurs du monde rural.
Si les projets publics occupent une place importante dans les interventions de la BOAD, l’institution n’en néglige pas pour autant le secteur privé. Convaincue que la transformation agricole passe également par le développement de l’agro-industrie, elle accompagne les investissements réalisés dans les chaînes de valeur agricole.
L’exemple le plus marquant demeure le financement de 10 milliards de FCFA accordé en 2024 pour la construction de nouvelles unités de transformation de noix de cajou au sein de la Zone Industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ). Cet investissement s’inscrit dans la politique nationale de promotion de la transformation locale des matières premières agricoles.
À travers ce type d’appui, la BOAD contribue non seulement à la création d’emplois, mais aussi à l’amélioration de la valeur ajoutée générée par les filières agricoles béninoises. Cette démarche traduit une évolution des stratégies de financement qui ne se limitent plus à la production agricole, mais intègrent désormais l’ensemble de la chaîne de valeur.
Les lignes de refinancement accordées aux institutions financières locales participent également à cette dynamique. Elles facilitent l’accès aux ressources financières pour les acteurs économiques impliqués dans la commercialisation et la transformation des produits agricoles.
L’analyse globale des interventions de la BOAD met en évidence une approche multidimensionnelle du développement agricole. Les financements concernent à la fois la production végétale, l’élevage, les infrastructures hydro-agricoles, la résilience alimentaire ainsi que l’industrialisation des filières.
Cette stratégie semble d’ailleurs s’être intensifiée au cours des dernières années. Les données disponibles indiquent que près de 30 % de l’ensemble des financements accordés par la BOAD au Bénin au cours de ses cinquante-deux années d’existence ont été mobilisés durant les quatre dernières années. Une progression qui témoigne de la confiance de l’institution dans les perspectives économiques du pays et dans le potentiel du secteur agricole.
Au regard des montants engagés et de la diversité des domaines couverts, la BOAD apparaît aujourd’hui comme l’un des principaux acteurs du financement de l’agriculture béninoise. Son intervention dépasse le simple soutien financier pour accompagner une véritable transformation structurelle du secteur. En agissant simultanément sur la production, l’élevage, les infrastructures, la résilience des exploitations et la transformation industrielle, l’institution contribue à poser les bases d’une agriculture plus compétitive, créatrice de valeur et capable de soutenir durablement la croissance économique du Bénin.
Nadjahatou BAGUIRI




