LEADERSHIP AGRICOLE

MARIETTA GONROUDOBOU : Une femme engagée pour l’innovation agricole

De ses premières études universitaires au Bénin à son parcours scientifique au Japon, Marietta Gonroudobou a construit une expertise qu’elle met aujourd’hui au service de l’agriculture. Fondatrice et directrice générale d’Agro Hikari, elle développe des solutions technologiques pour accompagner les producteurs. En 2026, son engagement est reconnu à l’international avec sa sélection parmi les 40 pionniers mondiaux de l’agroalimentaire et sa victoire à la finale panafricaine du Prix Pierre Castel.

Marietta Gonroudobou fait partie de ces profils béninois qui misent sur la science et l’innovation pour apporter des réponses aux défis agricoles. Agronome, chercheuse et entrepreneure, elle s’est progressivement orientée vers les technologies appliquées à la production végétale.
À travers Agro Hikari, l’entreprise qu’elle dirige, elle entend contribuer à l’amélioration des pratiques agricoles en mettant les données et les outils numériques au service des producteurs. Une ambition qui lui vaut déjà deux distinctions importantes au cours de cette année 2026.

Son parcours commence pourtant loin de l’agriculture de précision. Après l’obtention de son baccalauréat à Natitingou, elle s’inscrit à la faculté de médecine de l’Université de Parakou. Elle y passe deux années avant de décider de changer de voie. Elle s’oriente alors vers la chimie et le contrôle de qualité au groupe HECM, toujours à Parakou, où elle obtient un brevet de technicien supérieur. Elle poursuit ensuite ses études à Porto-Novo et décroche une licence en contrôle de qualité et génie agroalimentaire.

Cette formation lui ouvre progressivement les portes des sciences agronomiques. En avril 2016, elle quitte le Bénin pour le Japon dans le cadre d’un partenariat entre l’Université d’Abomey-Calavi et l’Université de Yamagata. Ce départ marque une nouvelle étape dans son parcours. Après une période consacrée notamment à l’apprentissage de la langue japonaise et à la découverte de son environnement d’accueil, elle poursuit sa formation universitaire dans ce pays.

À l’Université de Yamagata, elle obtient un master en sciences agronomiques, dans le domaine de la bio-production, avec une spécialisation en culture maraîchère. Elle approfondit ainsi ses connaissances sur les plantes et les facteurs qui influencent leur développement. Mais la jeune chercheuse ne s’arrête pas à ce diplôme. Elle poursuit ses travaux à l’Université d’Iwate, au sein de l’Union des écoles doctorales en sciences agronomiques.

Avec l’appui d’une bourse du gouvernement japonais et des contrats d’assistante de recherche, elle mène des travaux doctoraux sur la production végétale. Le 26 juillet 2022, elle soutient sa thèse intitulée « L’effet du bore, des hormones végétales et des conditions climatiques sur le micro-fendillement des fruits de tomate ».

Ses recherches portent sur les facteurs susceptibles de provoquer de petites fissures à la surface des tomates. Ces anomalies peuvent affecter la qualité des fruits et leur commercialisation. En étudiant l’influence des éléments nutritifs, des hormones végétales et des conditions climatiques, elle contribue à une meilleure compréhension des phénomènes qui touchent les cultures maraîchères.

Cette spécialisation constitue l’un des fondements de son engagement actuel. Les connaissances acquises au cours de ses études lui permettent d’aborder les questions agricoles sous un angle scientifique et de rechercher des solutions aux difficultés rencontrées dans les exploitations.

Après ses études au Japon, Marietta Gonroudobou choisit de revenir au Bénin pour mettre son expertise au service du développement agricole. Elle crée Agro Hikari, une entreprise spécialisée dans l’agriculture de précision. À travers cette initiative, elle veut contribuer à une meilleure gestion des cultures en s’appuyant sur les possibilités offertes par les nouvelles technologies.

L’agriculture de précision repose sur l’utilisation des données pour mieux connaître les parcelles, suivre les cultures et adapter les interventions aux besoins des producteurs. Contrairement à une approche uniforme, elle tient compte des différences entre les sols, les parcelles et l’état des cultures afin d’aider à prendre des décisions plus appropriées.

Pour y parvenir, Agro Hikari mobilise plusieurs outils, notamment les drones agricoles, la cartographie des parcelles, l’analyse des sols, la télédétection et l’intelligence artificielle. Ces technologies permettent de recueillir des informations sur les exploitations, de suivre l’évolution des cultures et de mieux cibler certaines interventions, comme les pulvérisations.

L’objectif est de donner aux producteurs des moyens supplémentaires pour mieux gérer leurs parcelles. Une connaissance plus précise des besoins des cultures peut contribuer à une utilisation plus rationnelle des intrants, à la réduction de certaines dépenses et à une amélioration du suivi des exploitations.

Pour la fondatrice d’Agro Hikari, l’enjeu ne se limite donc pas à introduire des équipements modernes dans les champs. Il s’agit surtout de mettre la technologie au service de décisions agricoles plus adaptées. Cette démarche prend en compte des préoccupations concrètes : mieux gérer les ressources disponibles, suivre les cultures et améliorer les conditions de production.

Toutefois, l’adoption de ces solutions reste liée à leur accessibilité et à leur adaptation aux réalités des producteurs. Les équipements, les compétences techniques et les moyens financiers nécessaires peuvent constituer des contraintes. Le défi consiste alors à rendre ces innovations utiles aux exploitations et à faciliter leur appropriation par les acteurs agricoles.

Les efforts de Marietta Gonroudobou bénéficient d’une reconnaissance internationale en 2026. Le 18 juin, elle est retenue parmi les 40 personnalités distinguées dans le cadre des Top Agri-food Pioneers (TAP), une initiative de la World Food Prize Foundation. Cette sélection réunit des pionniers issus de 30 pays répartis sur six continents.

Les personnalités retenues se distinguent par leurs contributions à l’évolution des systèmes alimentaires. Leurs initiatives couvrent notamment l’amélioration des cultures, la réduction des pertes après récolte et la promotion de la participation des jeunes et des femmes à la recherche agricole. La sélection de la fondatrice d’Agro Hikari met ainsi en lumière son engagement dans le développement de solutions technologiques appliquées à l’agriculture.

Cette reconnaissance est suivie d’une autre consécration le 30 septembre 2026. À Cotonou, Marietta Gonroudobou remporte la finale panafricaine du Prix Pierre Castel grâce à son projet axé sur l’agriculture de précision. Elle se distingue face aux autres lauréats nationaux de sept pays africains.

Cette distinction constitue une reconnaissance de la démarche portée par Marietta Gonroudobou et de sa volonté de rapprocher l’innovation technologique des besoins agricoles. Elle contribue également à donner de la visibilité aux initiatives entrepreneuriales béninoises dans un domaine où la recherche, la maîtrise des données et l’adaptation aux réalités locales occupent une place croissante.

Derrière cette réussite se dessine un parcours marqué par la formation, la recherche et la ferme volonté d’entreprendre.
De ses premières études au Bénin à son doctorat au Japon, Marietta Gonroudobou a progressivement acquis des connaissances qu’elle mobilise aujourd’hui pour développer des solutions technologiques destinées au secteur agricole.

Avec Agro Hikari, elle s’inscrit dans une démarche qui cherche à faire de la science un outil d’aide à la décision pour les producteurs. L’enjeu est de contribuer à une gestion plus précise des cultures et à une utilisation plus efficace des ressources. Pour que ces solutions produisent des effets durables, leur accessibilité et leur adaptation aux conditions des exploitations restent cependant essentielles.

Sa trajectoire illustre ainsi le choix d’une chercheuse béninoise de prolonger ses travaux scientifiques par une initiative entrepreneuriale. En 2026, sa sélection parmi les 40 pionniers mondiaux de l’agroalimentaire et sa victoire au Prix Pierre Castel viennent consacrer cette orientation. Deux distinctions qui renforcent la visibilité de son engagement en faveur d’une agriculture où les technologies peuvent contribuer à répondre aux besoins des producteurs.

Nadjahatou BAGUIRI

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