ÉLEVAGE DE POULET: Jordy Wanpko dévoile les atouts de la souche locale

Au Bénin, le poulet bicyclette, encore appelé poulet local, peine à s’imposer dans les élevages face aux races améliorées, notamment en raison de sa croissance lente et des contraintes liées à sa commercialisation. Pourtant, cette volaille présente plusieurs atouts, notamment sa capacité d’adaptation aux conditions locales, ses exigences alimentaires relativement faibles et les qualités gustatives de sa viande. Jordy Wanpko, technicien en production et santé animales, apiculteur, consultant agricole et conseiller en appui-conseil, revient sur les particularités de cet élevage, les possibilités de rentabilité qu’il offre et les difficultés auxquelles les producteurs sont confrontés. Il plaide pour une meilleure valorisation de cette ressource locale.
Journaliste : Pourquoi avez-vous choisi de vous consacrer à l’élevage du poulet local alors que les poulets de races améliorées sont aujourd’hui très répandus ?
Jordy Wanpko : D’abord, le poulet local, c’est pour nous. C’est notre chose, c’est l’Afrique. C’est un poulet naturel, sans modification génétique. Il n’est pas soumis à une alimentation destinée à accélérer sa croissance. Il conserve ainsi les qualités organoleptiques d’une bonne viande, notamment le goût, la tendreté et la succulence.
Le poulet bicyclette occupe également une place importante dans nos traditions. Il est notamment utilisé lors de certaines cérémonies familiales et de rituels en Afrique noire, comme les fêtes de Vodoun. Au-delà de son intérêt alimentaire, il représente donc aussi une ressource liée à nos pratiques culturelles. C’est pour toutes ces raisons que je pense que nous devons continuer à nous intéresser à cette volaille et à travailler pour mieux la valoriser, malgré le développement des autres races.
Selon votre expérience dans l’élevage, quelles sont les particularités que vous notez chez le poulet local par rapport aux autres ?
La principale particularité que je constate est sa résistance aux maladies et sa capacité à s’adapter à nos conditions locales. Le poulet local est beaucoup moins exigeant sur le plan alimentaire. Il peut manger un peu de tout, notamment les restes de repas de la maison, les végétaux et les insectes qu’il trouve dans la basse-cour. Cette capacité d’adaptation facilite beaucoup son élevage et permet également de réduire certaines dépenses liées à son alimentation.
Parlant d’alimentation donc, comment se présente-t-elle pour le poulet local par rapport aux autres races ?
Avec le poulet local, l’alimentation est plus facile à gérer. Il ne demande pas autant d’exigences que certains poulets de races améliorées ou importées. Comme je l’ai dit, il peut consommer différents aliments disponibles dans son environnement. Cela permet à l’éleveur de faire des économies sur les dépenses d’alimentation. C’est l’un des avantages qui rendent cet élevage accessible à ceux qui souhaitent se lancer dans l’aviculture avec des moyens limités.
Quelles différences observez-vous au niveau de la résistance aux maladies et de l’adaptation aux conditions locales ?
La différence est assez nette. Le poulet bicyclette résiste mieux aux maladies et s’adapte davantage aux conditions locales. Dans mon expérience, je peux dire qu’il présente une meilleure résistance que plusieurs poulets de races importées ou améliorées. Cette capacité d’adaptation constitue un véritable avantage pour les éleveurs, surtout dans nos conditions d’élevage où les moyens techniques et sanitaires ne sont pas toujours suffisants.
En termes de durée d’élevage et de croissance, comment le poulet local se comporte-t-il par rapport aux autres ?
Le principal inconvénient du poulet local reste sa croissance qui est beaucoup plus lente. Pour qu’un poulet local soit consommable, il faut généralement attendre au moins six mois, soit environ 180 jours. La différence est importante avec les poulets de chair qui peuvent être consommés autour de 45 jours.
Les poulets Goliath, quant à eux, peuvent être prêts en environ dix semaines, soit deux mois et demi. Le poulet local demande donc beaucoup plus de temps. L’éleveur doit être patient et accepter d’attendre avant de pouvoir commercialiser ses animaux.
Sur le plan des dépenses, que représente l’élevage du poulet local ?
L’élevage du poulet local demande généralement moins de dépenses. Sa production n’exige pas autant de moyens ni autant d’exigences techniques que celle de certaines races améliorées. Le fait qu’il puisse se nourrir avec plusieurs aliments disponibles localement permet également de réduire les charges. Pour quelqu’un qui veut commencer avec peu de moyens, c’est donc une activité qui peut être intéressante.
Quelle place occupe-t-il sur le marché ?
Pour la consommation quotidienne, le poulet local est très demandé. Il est apprécié, recommandé et recherché par beaucoup de consommateurs. Cette demande s’explique notamment par son caractère naturel et par la qualité de sa viande. Les consommateurs apprécient particulièrement son goût et sa succulence. C’est donc un produit qui trouve facilement sa place sur le marché local.
Qu’est-ce qui, selon votre expérience, pousse certains consommateurs à rechercher le poulet local ?
Certaines personnes préfèrent surtout le poulet local aux autres types de poulets parce qu’elles recherchent des produits qu’elles considèrent comme naturels. Cette préférence représente un atout pour la commercialisation du poulet bicyclette. Il existe donc un intérêt pour ce produit sur le marché local, même si sa production demande davantage de temps.
À mon avis, cet intérêt doit encourager les éleveurs à poursuivre leurs activités et à mieux organiser la production. Il faut aussi que les conditions de commercialisation permettent aux producteurs de tirer un meilleur revenu de leurs efforts. La demande des consommateurs est un avantage, mais elle doit pouvoir se traduire par des bénéfices réels pour ceux qui investissent du temps dans cet élevage.
En termes de rentabilité, qu’est-ce que l’élevage du poulet local vous permet-t-il de gagner ou d’économiser ?
La rentabilité existe, mais elle demande du temps, de la patience et de la persévérance. Avec le poulet local, on ne peut pas avoir des ventes rapides comme avec les poulets de chair. Il faut pratiquement attendre six mois avant de faire une vente groupée, soit environ deux cycles dans l’année. En revanche, les dépenses peuvent être limitées, notamment parce que cette volaille peut consommer plusieurs aliments disponibles localement. Son élevage ne demande pas nécessairement autant de moyens que celui de certaines races améliorées. Pour quelqu’un qui souhaite commencer l’aviculture avec des ressources limitées, cette activité peut donc être intéressante.
Cependant, il faut tenir compte du temps consacré à l’élevage et des conditions de vente. La rentabilité ne dépend pas seulement des dépenses engagées, mais également du prix auquel les animaux sont commercialisés. Lorsqu’on y croit et qu’on travaille correctement, on peut en tirer des revenus. C’est une activité qui peut nourrir son homme, à condition de bien gérer son élevage et de pouvoir vendre les animaux dans des conditions satisfaisantes.
Malgré ses avantages, quelles sont les difficultés auxquelles vous êtes confrontés dans l’élevage du poulet local ?
Les difficultés sont nombreuses. Il y a notamment les conflits entre éleveurs et agriculteurs pendant la période des semis. Comme le poulet local est souvent élevé en divagation ou dans un système semi-moderne, il peut entrer dans les champs et occasionner des dégâts.
Pendant la saison des pluies, nous enregistrons également plusieurs mortalités de poussins. Il y a aussi les pertes liées aux maladies. Beaucoup d’éleveurs sont parfois négligents en ce qui concerne la vaccination, alors que la prévention sanitaire est importante. Il faut donc accorder davantage d’attention au suivi des animaux et aux mesures permettant de limiter les mortalités.
Un autre problème concerne le prix de vente. Pour un poulet qui pèse entre 1,5 et 1,9 kilogramme, le prix d’achat peut ne pas dépasser 2 000 francs CFA, alors que l’éleveur a gardé l’animal pendant six à huit mois. C’est une difficulté réelle pour la rentabilité de l’activité. Lorsqu’on considère le temps consacré à l’élevage et les risques de pertes, un prix de vente aussi faible peut décourager certains producteurs. Il devient alors difficile de tirer pleinement profit des avantages du poulet bicyclette.
Au regard de votre expérience, pensez-vous que le poulet local mérite encore une place dans l’aviculture moderne ?
Oui, le poulet local mérite une place très importante dans l’aviculture. Nous pouvons même aller plus loin en développant davantage cette filière et en lui donnant une véritable valeur ajoutée. Il faut travailler à mieux valoriser le poulet local, améliorer sa production et sa commercialisation. À terme, nous pouvons même penser à son exportation au-delà de nos frontières. Le poulet local fait partie de nos ressources et nous devons continuer à travailler pour mieux le valoriser.
Roger OMONDOUN (Stg)




