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ACCROISSEMENT DE LA PRODUCTION AGRICOLE : Le mal des pesticides

Nourrir une population en constante croissance tout en faisant face aux effets du changement climatique, à la pression des ravageurs et à la baisse de la fertilité des sols constitue aujourd’hui l’un des plus grands défis de l’agriculture. Au Bénin comme dans de nombreux pays, les pesticides, qui regroupent notamment les herbicides, les insecticides et les fongicides, se sont progressivement imposés comme des outils indispensables pour protéger les cultures, limiter les pertes et améliorer les rendements. Des exploitations familiales aux grandes plantations de coton, de maïs, de riz, de soja ou encore aux cultures maraîchères, ces produits phytosanitaires sont désormais utilisés par les producteurs.

Si leur contribution à l’augmentation de la production agricole est largement reconnue, leur utilisation suscite cependant de nombreuses interrogations. L’application répétée ou inappropriée de certains produits expose les agriculteurs à des risques sanitaires, favorise la contamination des sols et des ressources en eau, affecte la biodiversité et peut même avoir des répercussions sur les animaux d’élevage ainsi sur les consommateurs à travers les résidus présents dans les denrées alimentaires. À ces préoccupations s’ajoutent celles liées à l’importation, à la commercialisation et au contrôle des produits phytosanitaires, dans un contexte où la circulation de produits non homologués demeure encore une réalité malgré les sensibilisations et les répressions dans nos marchés.

Au Bénin, où l’agriculture demeure l’un des pilier essentiel de l’économie nationale et une source de revenus pour une grande partie de la population, la question des pesticides revêt une importance particulière.
Entre impératif de productivité agricole et nécessité de préserver la santé publique et l’environnement, le débat est plus que jamais d’actualité.

Dans le langage courant, les termes pesticides et herbicides sont souvent employés de manière interchangeable. Pourtant, les pesticides désignent l’ensemble des substances destinées à prévenir, détruire ou contrôler les organismes nuisibles aux cultures. Ils regroupent plusieurs catégories de produits, notamment les herbicides, qui éliminent les mauvaises herbes, les insecticides, qui combattent les insectes ravageurs, les fongicides, qui luttent contre les maladies causées par les champignons, ainsi que d’autres produits phytosanitaires utilisés pour protéger les cultures tout au long de leur cycle de production.

Au Bénin, ces produits occupent une place importante dans les systèmes de production agricole. Leur utilisation s’est intensifiée au fil des années sous l’effet de la modernisation des pratiques culturales, de l’extension des superficies emblavées et de la nécessité d’améliorer les rendements. Les producteurs de coton, de maïs, de riz, de soja, de cultures maraîchères et d’anacarde y ont recours à différentes étapes de la campagne agricole. Dans la filière coton par exemple, les insecticides homologués sont indispensables pour lutter contre les principaux ravageurs. Dans la production céréalière et du soja, un large usage des herbicides se fait afin de réduire les coûts du désherbage manuel, tandis que les producteurs maraîchers utilisent fréquemment des insecticides et des fongicides pour protéger leurs cultures contre les insectes et les maladies des plants.

Parmi les matières actives les plus répandues dans ces produits utilisés figurent le glyphosate, largement adopté comme herbicide total avant les semis, ainsi que le 2,4-D, employé pour lutter contre certaines mauvaises herbes à feuilles larges.
Dans les cultures de maïs et de soja, des herbicides à base d’atrazine, de S-métolachlore ou de nicosulfuron sont également rencontrés. En maraîchage, les producteurs utilisent des insecticides contenant de la lambda-cyhalothrine, de la cyperméthrine, de l’acétamipride ou encore de l’imidaclopride, tandis que des fongicides à base de mancozèbe, de métalaxyl ou d’oxychlorure de cuivre sont couramment employés pour prévenir ou traiter les maladies cryptogamiques.
Dans les points de vente d’intrants agricoles, des marques commerciales telles que Kalach 360 SL, Roundup, Gramoxone, Callifor G, Atraz 500 SC ou encore Pacha sont connues des producteurs, même si leur disponibilité varie selon les campagnes agricoles et les homologations en vigueur.

Plusieurs facteurs expliquent cette dépendance croissante. Le premier est la recherche de rendements plus élevés dans un contexte de forte demande alimentaire. À cela s’ajoutent la raréfaction de la main-d’œuvre agricole, l’augmentation du coût du travail manuel, la prolifération de mauvaises herbes de plus en plus résistantes et la pression accrue des ravageurs.
Pour de nombreux exploitants agricoles exacerbés par les changements climatiques aussi, l’usage des produits phytosanitaires conduit à des gains de temps considérables et offre une solution pour sécuriser les investissements.

« Sans herbicide, je serais obligé d’embaucher plusieurs personnes pour nettoyer mon champ de maïs. Aujourd’hui, je peux traiter une grande superficie en peu de temps et consacrer davantage d’efforts aux autres travaux agricoles », confie Issa Bio, un producteur de maïs rencontré à Sinendé.

Pour Mariam Arouna, maraîchère, les pesticides sont souvent perçus comme une assurance contre les pertes. « Lorsque les insectes attaquent les tomates ou les piments, les dégâts peuvent être énormes. Les traitements nous permettent de sauver une bonne partie de la production, mais nous savons aussi qu’il faut respecter les doses et les délais avant la récolte. »

« En culture cotonnière, il est pratiquement impossible de produire sans pesticides. Par exemple, nous utilisons Jacobia Super 350 EC pour lutter contre les jassides, qui peuvent causer d’importants dégâts dans les champs de coton. Si les traitements ne sont pas effectués au moment recommandé, les pertes de récolte peuvent être considérables. C’est pourquoi nous suivons les conseils des agents d’encadrement afin d’utiliser ces produits de façon efficace et responsable », témoigne Souleymane Saka, producteur de coton à Founougo, un arrondissement de la commune de Banikoara.

Ces témoignages illustrent bien une réalité largement partagée dans le monde rural béninois : les pesticides, notamment les herbicides, les insecticides et les fongicides, sont devenus des outils essentiels de production. Leur usage répond à des contraintes économiques et techniques réelles, même si leur utilisation soulève, en parallèle, des interrogations croissantes sur leurs effets à long terme sur la santé humaine, animale et l’environnement.

Comment les pesticides soutiennent la production agricole

En protégeant les cultures contre les mauvaises herbes, les insectes ravageurs et les maladies, les perticides permettent aux producteurs de limiter les pertes et d’optimiser leurs récoltes. Les herbicides facilitent notamment le désherbage des parcelles, réduisant la concurrence entre les adventices et les cultures pour l’eau, les éléments nutritifs et la lumière. Quant aux insecticides et aux fongicides, ils contribuent à préserver les cultures contre les attaques susceptibles d’affecter leur croissance et leur rendement.

Pour de nombreux agriculteurs, l’utilisation des pesticides représente également un gain de temps et une réduction des coûts liés à la main-d’œuvre. Dans un contexte marqué par la rareté de la main-d’œuvre agricole et l’augmentation des superficies cultivées, ces produits permettent d’intervenir rapidement sur de vastes exploitations et de sécuriser les investissements consentis en début de campagne.

Les spécialistes soulignent que, lorsqu’ils sont utilisés conformément aux recommandations techniques, les pesticides contribuent à améliorer les rendements agricoles et à réduire les pertes post-récolte. Ils participent ainsi à l’accroissement de la production vivrière et au renforcement de la sécurité alimentaire, en garantissant une meilleure disponibilité des denrées sur les marchés.

Wakilou kora technicien agricole à Founougo arrondissement de Banikoara affirme: « Dans la filière coton, les pesticides homologués demeurent indispensables pour protéger les cultures contre les principaux ravageurs. Par exemple, des insecticides comme Jacobia Super 350 EC sont utilisés pour lutter contre les jassides, tandis que des herbicides tels que Deal Plus 110 OD permettent de maîtriser efficacement les mauvaises herbes en début de cycle. Lorsqu’ils sont appliqués conformément aux recommandations techniques, ces produits contribuent à réduire les pertes de récolte, à améliorer les rendements et à garantir une meilleure qualité du coton graine. L’essentiel est de respecter les doses prescrites et les périodes de traitement ».

« Les pesticides ne doivent pas être perçus uniquement comme des produits chimiques, mais comme des outils de protection des cultures. Bien utilisés, ils permettent de limiter les dégâts causés par les ravageurs et de préserver le potentiel de production. Le véritable défi réside dans leur utilisation raisonnée, le respect des doses prescrites et l’application des bonnes pratiques agricoles », ajoute Jean K. Adomou, un ancien encadreur agricole.

Si leurs avantages sont largement reconnus, leur utilisation n’est toutefois pas sans conséquences. Les bénéfices agricoles qu’ils procurent doivent être mis en balance avec les risques potentiels qu’ils peuvent représenter pour la santé humaine, animale et l’environnement.

Effets des pesticides sur la santé humaine : un danger souvent sous-estimé

Les pesticides sont devenus des alliés incontournables de nombreux producteurs béninois. Toutefois, leur mauvaise utilisation ou une exposition répétée peut entraîner des conséquences importantes sur la santé humaine. Les agriculteurs, les applicateurs de produits phytosanitaires, les commerçants d’intrants et parfois même les populations vivant à proximité des zones de traitement figurent parmi les personnes les plus exposées.

« Pendant les campagnes maraîchères, certains producteurs viennent acheter des pesticides sans vraiment connaître les précautions d’emploi. Beaucoup ne portent ni gants, ni masque, et réutilisent parfois les emballages vides à d’autres usages. Ce sont des pratiques qui augmentent considérablement les risques d’intoxication », observe Clément Houssou, vendeur d’intrants agricoles à Tchatchou.

Parmi les herbicides les plus utilisés au Bénin figure le glyphosate, largement appliqué avant les semis pour éliminer les mauvaises herbes. Son efficacité et son coût relativement accessible expliquent sa popularité auprès des producteurs. Toutefois, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC/IARC), une exposition directe lors de la préparation ou de la pulvérisation peut provoquer des irritations de la peau et des yeux, des nausées ainsi que des difficultés respiratoires.
En 2015, le CIRC a classé le glyphosate comme « probablement cancérogène pour l’homme » (groupe 2A), une évaluation qui continue d’alimenter les débats scientifiques et réglementaires au niveau international. D’autres autorités sanitaires, notamment l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA), estiment quant à elles que les données disponibles ne permettent pas de conclure à un risque cancérogène dans les conditions normales d’utilisation. Cette divergence souligne l’importance d’une utilisation prudente et conforme aux recommandations.

Autre substance souvent rencontrée sur le terrain est le paraquat reconnue pour sa très forte toxicité.
D’après l’OMS, une exposition accidentelle peut entraîner de graves intoxications caractérisées par des brûlures de la bouche et de la gorge, des douleurs abdominales, des difficultés respiratoires et des atteintes sévères des poumons, des reins et d’autres organes vitaux. En raison de ces risques, le paraquat est aujourd’hui interdit ou strictement encadré dans de nombreux pays. Dans l’espace de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et de la CEDEAO, plusieurs formulations commerciales contenant cette substance ont été retirées des listes de pesticides homologués. Malgré ces restrictions, des spécialistes de la protection des végétaux alertent régulièrement sur la circulation de produits non homologués ou introduits frauduleusement sur certains marchés, un phénomène qui complique les efforts de contrôle et de protection de la santé publique.

Au-delà des producteurs, les consommateurs sont aussi exposés lorsque les délais entre le traitement et la récolte ne sont pas respectés ou lorsque les doses recommandées sont dépassées. Des résidus de pesticides peuvent alors subsister sur les fruits, les légumes et d’autres denrées agricoles. Le respect des bonnes pratiques agricoles, le contrôle des résidus et la sensibilisation des producteurs demeurent essentiels pour limiter ces risques.

Les conséquences des pesticides sur les animaux et la biodiversité

Au-delà des risques qu’ils présentent pour la santé humaine, les pesticides peuvent également avoir des répercussions importantes sur les animaux domestiques, la faune sauvage et la biodiversité. Si ces produits contribuent à protéger les cultures, leur utilisation inappropriée ou excessive peut perturber les équilibres écologiques et affecter des espèces qui jouent un rôle essentiel dans les écosystèmes.
Les animaux d’élevage figurent parmi les premières victimes d’une mauvaise utilisation des pesticides. Les bovins, ovins et caprins qui pâturent dans des champs récemment traités peuvent être exposés à des résidus de produits phytosanitaires présents sur les herbes ou dans les points d’eau. Cette exposition peut entraîner des troubles digestifs, une baisse de l’état général, voire des intoxications plus graves selon la nature du produit et la dose absorbée.

« Lorsque les producteurs utilisent, par exemple, un herbicide et que les petits ruminants consomment l’herbe peu de temps après le traitement, cela peut provoquer une diarrhée chronique chez l’animal. Si la concentration de l’herbicide est élevée, cette intoxication peut même entraîner sa mort », explique DADIDJE François, Chef de la Division Réglementation et Contrôle des Produits d’Origine Animale à la Direction départementale de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche du Borgou.

Les pesticides affectent également les insectes pollinisateurs, en particulier les abeilles, dont le rôle est indispensable à la reproduction de nombreuses plantes cultivées et sauvages. Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), près de 75 % des principales cultures vivrières dépendent, au moins en partie, de la pollinisation animale. L’exposition à certains insecticides peut désorienter les abeilles, réduire leur capacité à retrouver leur ruche, affaiblir les colonies et contribuer à leur déclin. D’autres insectes utiles, comme les papillons, les coccinelles ou les chrysopes, peuvent également être affectés, réduisant ainsi les mécanismes naturels de lutte contre les ravageurs.

La faune sauvage n’est pas épargnée. Les oiseaux, les petits mammifères, les reptiles et certains organismes aquatiques peuvent être contaminés par l’ingestion d’aliments ou d’eau contenant des résidus de pesticides. Les spécialistes soulignent que cette contamination peut entraîner des perturbations de la reproduction, des troubles neurologiques ou une mortalité accrue chez certaines espèces, contribuant progressivement à l’appauvrissement de la biodiversité.

Pour le vétérinaire Ayouba Zimé, la protection de la santé animale passe avant tout par une utilisation responsable des pesticides. « Les producteurs doivent respecter les doses recommandées, éviter de laisser les animaux accéder aux parcelles fraîchement traitées et observer les délais de sécurité indiqués sur les étiquettes. Ces précautions permettent de réduire considérablement les risques d’intoxication des animaux d’élevage et de préserver les équilibres écologiques. »

La pression des pesticides sur les écosystèmes

Les sols constituent un patrimoine vivant dont dépend directement la production agricole. Pourtant, l’application répétée de certains pesticides peut réduire les populations de micro-organismes, de vers de terre et d’autres organismes indispensables au maintien de leur fertilité. Selon le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), l’usage excessif ou inadapté des pesticides contribue à la dégradation des sols et à la perte d’organismes bénéfiques qui participent naturellement à leur équilibre biologique. À long terme, cette situation peut diminuer la capacité des terres à se régénérer et accroître la dépendance des producteurs aux intrants chimiques.

Les ressources en eau sont également vulnérables. Lors des pluies, les eaux de ruissellement peuvent entraîner des résidus de pesticides vers les rivières, les mares, les retenues d’eau et les nappes souterraines. Cette contamination peut affecter les poissons, les amphibiens et d’autres organismes aquatiques, tout en réduisant la qualité de l’eau destinée à la consommation humaine et animale. Le PNUE souligne que les pesticides peuvent atteindre les écosystèmes par dérive lors des pulvérisations, par ruissellement ou encore par infiltration dans les sols, avec des effets parfois durables sur les milieux naturels.

La biodiversité est elle aussi directement concernée. Les abeilles, les papillons, les coccinelles, les oiseaux insectivores et d’autres espèces utiles jouent un rôle essentiel dans la pollinisation des cultures et la régulation naturelle des ravageurs. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) rappelle que les pesticides figurent parmi les facteurs susceptibles de contribuer au déclin des pollinisateurs, aux côtés de la perte d’habitats, des maladies et du changement climatique. La disparition progressive de ces espèces fragilise les équilibres écologiques et peut, paradoxalement, favoriser la prolifération de nouveaux ravageurs, conduisant à une utilisation accrue de pesticides.

« La protection de l’environnement ne signifie pas l’abandon des pesticides, mais leur utilisation responsable. Il est indispensable de respecter les doses recommandées, d’éviter les traitements à proximité des cours d’eau et de préserver les zones écologiquement sensibles. La santé des sols, des ressources en eau et de la biodiversité conditionne la durabilité de notre agriculture » explique l’environnementaliste Martin Idohou.

Que dit la réglementation des pesticides au Bénin ?

Au Bénin, l’utilisation des pesticides est encadrée par un dispositif juridique destiné à protéger la santé publique, l’environnement et les productions agricoles. Le pays applique les règles communautaires de la CEDEAO et de l’UEMOA en matière d’homologation, de commercialisation et de contrôle des pesticides. Ce dispositif est renforcé par le Décret n° 2018-172 du 16 mai 2018, qui fixe les modalités d’application de ces règlements communautaires en République du Bénin. Ce texte précise les conditions d’homologation des pesticides et des biopesticides, ainsi que les procédures d’autorisation, de contrôle et de retrait des produits jugés non conformes.
En complément de ce dernier, le Décret n° 2018-171 du 16 mai 2018 a créé le Comité national de gestion des pesticides (CNGP), chargé notamment d’appuyer les autorités dans la gestion des pesticides, de suivre l’application de la réglementation et de contribuer à une utilisation plus sécurisée de ces produits.
Par ailleurs, l’Arrêté n°041/MAEP/MEF/DC/SGM/CJ/DPV/SA/032SGG20 du 17 juillet 2020 fixe les conditions d’obtention des agréments professionnels pour la fabrication, l’importation, le conditionnement, la distribution et l’application des pesticides et des biopesticides. Ainsi, toute personne ou entreprise exerçant dans ce secteur doit satisfaire à des exigences techniques et administratives précises.

En pratique, seuls les pesticides homologués au niveau communautaire peuvent être commercialisés et utilisés légalement sur le territoire béninois. Les substances retirées des listes d’homologation ou interdites en raison de leur dangerosité ne sont plus autorisées. Mais malgré ce dispositif, les autorités reconnaissent que des produits non homologués ou introduits frauduleusement continuent d’alimenter les circuits informels, compliquant le contrôle du marché.
Le contrôle est assuré par la Direction de la Production Végétale (DPV), à travers les services chargés de la protection des végétaux, en collaboration avec les services des douanes, les forces de sécurité et les structures de contrôle phytosanitaire. Ces institutions veillent à l’homologation des produits, au respect des conditions de distribution, à la délivrance des agréments professionnels et aux inspections sur le terrain.

Quelles alternatives pour une agriculture plus durable ?

Face aux préoccupations croissantes liées aux effets des pesticides sur la santé humaine, animale et l’environnement, les autorités béninoises, les instituts de recherche et les partenaires au développement encouragent une transition vers des pratiques agricoles plus durables. L’objectif n’est pas de supprimer totalement les pesticides, mais d’en réduire l’utilisation grâce à des méthodes plus respectueuses de la santé et des écosystèmes.

La gestion intégrée des ravageurs constitue l’une des principales alternatives promues au Bénin. Cette approche combine plusieurs techniques complémentaires : surveillance régulière des parcelles, rotation des cultures, utilisation de variétés résistantes, lutte biologique, désherbage mécanique et recours aux pesticides uniquement lorsque le seuil de nuisance est atteint. Depuis plusieurs années, des Champs Écoles Paysans (CEP) sont mis en œuvre dans plusieurs communes afin de former les producteurs à ces pratiques et de réduire leur dépendance aux pesticides chimiques.

Le développement des biopesticides constitue une autre piste prometteuse. En partenariat avec l’Institut international d’agriculture tropicale (IITA), l’INRAB et d’autres structures techniques, plusieurs expérimentations ont été conduites dans les départements du Borgou et de l’Alibori sur des alternatives telles que les extraits de neem, le Bacillus thuringiensis, le Beauveria bassiana ou encore le Metarhizium anisopliae. Ces solutions permettent de lutter contre certains ravageurs tout en limitant les impacts sur les organismes non ciblés.

Le Gouvernement béninois a également renforcé le cadre de gestion des pesticides.
Le Décret n° 2018-172 du 16 mai 2018 et l’Arrêté du 17 juillet 2020 ont instauré un système d’agrément des fabricants, importateurs, distributeurs et applicateurs de pesticides et de biopesticides. Désormais, l’exercice de ces activités est soumis à des exigences techniques visant à améliorer la qualité des prestations et la sécurité des utilisateurs.

Au-delà de ces avancées, plusieurs défis demeurent. Les services techniques soulignent la nécessité de renforcer la formation des producteurs, d’améliorer l’accès aux équipements de protection individuelle, de renforcer la lutte contre la commercialisation de pesticides non homologués et de développer davantage la recherche sur les solutions alternatives adaptées aux réalités agricoles béninoises. Le renforcement des capacités des agents de la DPV, des DDAEP et des organisations de producteurs apparaît également indispensable pour assurer un meilleur accompagnement des exploitants.

« La transition vers une agriculture durable ne peut pas reposer uniquement sur l’interdiction de certains pesticides. Elle passe par un changement progressif des pratiques, une meilleure formation des producteurs, un accompagnement technique permanent et la mise à disposition d’alternatives efficaces et accessibles », souligne l’agronome Aïssatou Lawani.

Les pesticides demeurent aujourd’hui des outils essentiels pour de nombreux producteurs béninois, confrontés aux ravageurs, aux mauvaises herbes et aux exigences de productivité. Toutefois, les risques qu’ils présentent pour la santé humaine, les animaux et l’environnement rappellent que leur utilisation ne peut se faire sans encadrement ni précaution. Entre renforcement de la réglementation, contrôle des produits, formation des producteurs et promotion d’alternatives plus durables, le Bénin a engagé plusieurs réformes dont les résultats dépendront de l’implication de l’ensemble des acteurs. Plus qu’un choix entre produire ou protéger, l’enjeu est désormais de construire une agriculture capable de nourrir les populations tout en préservant les ressources naturelles et la santé des générations présentes et futures.

Moudachirou ALIOU

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