IFRIZ-Bénin: La faîtière qui veut donner un nouveau visage à la filière riz

Au Bénin, la filière riz regroupe plusieurs catégories d’acteurs dont les activités sont directement liées. Producteurs, transformateurs et commerçants interviennent à différentes étapes de la chaîne, avec des intérêts qui ne sont pas toujours les mêmes. Pour mieux coordonner leurs actions et rechercher des réponses communes aux difficultés du secteur, l’Interprofession de la Filière Riz du Bénin (IFRIZ-Bénin) a été créée. Issue d’un processus engagé depuis plusieurs années, elle veut renforcer la collaboration entre les différents maillons de la filière et contribuer à son développement.
Le 30 septembre 2025, l’Assemblée générale constitutive tenue à Cotonou a marqué la création officielle de l’IFRIZ-Bénin. Mais l’organisation n’est pas née spontanément. Sa mise en place est l’aboutissement d’un processus de rapprochement entre plusieurs organisations qui représentaient auparavant séparément les acteurs de la filière riz. Parmi elles figurent le Conseil de Concertation des Riziculteurs du Bénin (CCR-B), qui représente les producteurs, et le Cadre National des Transformateurs du Riz du Bénin (CNTR-B), qui regroupe les transformateurs. Leur rapprochement a permis de créer un cadre commun auquel les commerçants ont également été intégrés.
IFRIZ-Bénin réunit ainsi les trois principaux maillons de la chaîne de valeur rizicole : les producteurs, les transformateurs et les commerçants. Son objectif principal est de permettre à ces acteurs de se retrouver dans une même organisation pour discuter des questions qui concernent la filière et rechercher des solutions communes.
À la tête de l’interprofession se trouve Pascal Gbenou. Élu président le 30 septembre 2025, il dirige l’organisation pour un mandat de cinq ans. Autour de cette présidence, plusieurs organes ont été mis en place pour assurer le fonctionnement de l’interprofession et la représentation des différentes familles d’acteurs.
Depuis sa création, l’IFRIZ-Bénin a d’abord travaillé à poser les bases de son fonctionnement. Les textes fondamentaux ont été élaborés et validés. Un projet d’accord-cadre avec le gouvernement a également été préparé. Ces différentes étapes doivent permettre à l’interprofession de disposer d’un cadre de travail et de dialogue avec les pouvoirs publics.
Cette phase de structuration est importante pour une organisation encore jeune. Elle doit permettre de clarifier les responsabilités de chaque organe et de donner aux différentes familles professionnelles une place dans le fonctionnement de l’interprofession. La gouvernance constitue ainsi l’un des premiers chantiers de l’IFRIZ-Bénin.
L’interprofession ne veut pas se limiter à un rôle de représentation seulement. Elle entend également intervenir sur les questions concrètes qui touchent au fonctionnement de la filière. La commercialisation du riz paddy figure notamment parmi les premiers chantiers engagés.
Dans plusieurs zones de production, les producteurs peuvent rencontrer des difficultés pour écouler leurs récoltes. Pour apporter une réponse à cette situation, l’interprofession encourage notamment les ventes groupées. Le principe consiste à regrouper les productions de plusieurs riziculteurs afin de disposer de volumes plus importants à proposer aux acheteurs.
Cette démarche doit faciliter les échanges entre producteurs et acheteurs et permettre de mieux rapprocher la production des besoins des unités de transformation. Elle constitue également un moyen pour les organisations de producteurs de mieux structurer la mise en marché de leurs récoltes.
L’IFRIZ-Bénin travaille aussi autour de l’approche des clusters agricoles. Avec l’appui de l’Agence belge de développement Enabel, notamment à travers le projet DEFIA. Cette approche vise à rapprocher les organisations de producteurs des rizeries locales.
Dans des zones comme Malanville ou Glazoué, cette dynamique doit permettre de mieux organiser les relations entre les producteurs et les unités de transformation. Le producteur peut ainsi avoir une meilleure visibilité sur le débouché de sa production, tandis que la rizerie peut mieux anticiper son approvisionnement en riz paddy.
À travers ces initiatives, l’interprofession cherche à agir sur la relation entre l’offre et la demande. Il ne s’agit plus uniquement de produire, mais aussi de créer des mécanismes permettant aux différents acteurs de mieux se connaître et de travailler ensemble. L’enjeu est de mieux organiser la circulation du riz produit au Bénin entre les différents maillons de la chaîne.
L’accès aux intrants et au financement fait également partie des domaines sur lesquels l’interprofession veut agir. Elle cherche notamment à faciliter la mise en relation entre les coopératives de riziculteurs, les banques et les systèmes financiers décentralisés. L’objectif est de permettre aux producteurs d’accéder plus facilement aux ressources nécessaires à leurs activités, notamment les semences certifiées, les engrais et les équipements.
À travers différents programmes, des appuis sont déjà apportés à certains producteurs. Le PDI-CVA intervient notamment dans la mise à disposition de semences certifiées, tandis que des formations, de l’appui-conseil et d’autres intrants sont mobilisés dans plusieurs zones.
Ces différentes actions montrent que l’IFRIZ-Bénin cherche à intervenir au-delà de la seule production. La commercialisation, la transformation, l’accès aux intrants et le financement font partie des questions qui nécessitent une meilleure coordination entre les acteurs. C’est justement cette approche qui donne à l’interprofession sa particularité : réunir plusieurs catégories d’acteurs autour des questions communes à la filière.
L’organisation doit également jouer un rôle d’interface entre les acteurs privés et les pouvoirs publics. En réunissant les différentes familles professionnelles, elle peut porter des préoccupations communes et participer aux échanges sur les politiques et programmes concernant la filière riz. Cette fonction suppose toutefois une bonne remontée des réalités du terrain, afin que les besoins des producteurs, des transformateurs et des commerçants puissent être pris en compte dans les discussions.
Sur le terrain, plusieurs défis restent à relever. L’accès aux espaces favorables à la riziculture, l’introduction des machines agricoles dans la production pour réduire la pénibilité du travail aux producteurs, la commercialisation des récoltes, les relations entre producteurs et transformateurs ou encore l’accès au financement constituent autant de questions auxquelles les responsables de l’interprofession doivent continuer à apporter des réponses.
Pour une interprofession encore jeune, le défi est désormais de consolider les mécanismes mis en place et de faire vivre cette collaboration entre les différents maillons. Les ventes groupées, les clusters et le rapprochement entre organisations de producteurs et rizeries constituent déjà des pistes pour améliorer le fonctionnement de la chaîne.
À terme, l’IFRIZ-Bénin veut contribuer au renforcement de la production, à l’amélioration de la qualité du riz, au développement de la transformation locale et à une meilleure organisation de la commercialisation. Derrière ces ambitions, l’enjeu reste de parvenir à une filière où les différents acteurs travaillent davantage autour d’objectifs communs.
L’interprofession entend ainsi progressivement s’imposer comme un cadre de concertation pour les acteurs de la filière riz et comme un interlocuteur auprès des pouvoirs publics et des partenaires. Sa création marque une nouvelle étape dans l’organisation de la filière. Reste désormais à transformer ce cadre commun en mécanismes durables de collaboration entre producteurs, transformateurs et commerçants.
Nadjahatou BAGUIRI




