SÉNÉGAL : 18 milliards FCFA pour accélérer la transformation locale de l’arachide

Le Sénégal accélère sa stratégie de transformation locale de l’arachide. À Médina Yoro Foula, dans la région de Kolda, la SONACOS prévoit la construction d’un complexe industriel intégré estimé à 18 milliards FCFA. Le projet s’inscrit dans une volonté de renforcer les capacités industrielles du pays et de réduire progressivement sa dépendance à l’exportation de la matière première.
La Société nationale de commercialisation des oléagineux (SONACOS) entend franchir un nouveau cap dans la transformation de l’arachide. Le 11 septembre 2026, son directeur général, Cheikh Ahmed Tidiane Guèye, a annoncé l’installation prochaine d’un complexe industriel intégré à Médina Yoro Foula. L’investissement, évalué à 18 milliards FCFA, devrait couvrir plusieurs étapes de la chaîne de valeur, de la réception des graines à la commercialisation, en passant par leur trituration et le raffinage de l’huile brute. Le calendrier de démarrage des travaux n’a toutefois pas encore été précisé.
Cette nouvelle infrastructure vient renforcer un dispositif industriel que Dakar cherche à développer depuis plusieurs années. En octobre 2025, la SONACOS avait déjà conclu un protocole d’accord avec Focus Investment Group pour la création d’une unité industrielle dans la Zone économique spéciale de Touba. Un mois plus tard, l’entreprise annonçait également avoir obtenu 25 milliards FCFA de l’État dans le cadre de la loi de finances 2026, notamment pour renouveler ses infrastructures et moderniser ses usines.
L’enjeu est d’autant plus important que la SONACOS doit désormais absorber une part plus importante de la production nationale. Pour la campagne de commercialisation 2025/2026, son objectif de collecte avait été porté à 450 000 tonnes, contre 250 000 tonnes initialement prévues. Le renforcement des capacités industrielles apparaît donc comme une nécessité pour transformer davantage de graines produites localement.
Cette orientation traduit un changement dans la politique sénégalaise de gestion de la filière. En novembre 2024, le gouvernement avait suspendu temporairement les exportations de graines d’arachide afin de sécuriser l’approvisionnement des huileries nationales. Les chiffres de l’ANSD illustrent l’ampleur de ce repositionnement : les exportations de graines non grillées sont passées de 65 308 tonnes en 2024 à seulement 1 393 tonnes en 2025.
Dans le même temps, les exportations d’huile brute ont fortement progressé, atteignant 22 441 tonnes en 2025, contre 5 997 tonnes un an auparavant. Cette évolution traduit la volonté de vendre davantage de produits transformés plutôt que la matière première.
Avec le projet de Médina Yoro Foula et l’élaboration du premier Contrat-Programme consacré à l’arachide et aux autres oléagineux, lancé en août 2026, le Sénégal cherche désormais à consolider cette transformation. L’objectif est de mieux valoriser sa production, renforcer la viabilité des huileries et accroître la valeur ajoutée créée au niveau national.
Moudachirou ALIOU




