Agri-Actu

CAMPAGNE COTONNIÈRE 2024-2025: Le point des difficultés pour les producteurs de Kandi et environs

Malgré un déroulement relativement rapide de la campagne cotonnière 2024-2025, les producteurs rencontrent d’énormes difficultés. À Kandi et dans plusieurs localités de l’Alibori, les cultivateurs font face à une baisse significative des rendements, à la cherté des intrants et à des problèmes financiers persistants.

Dans les champs de coton de la commune de Kandi, notamment à Wonga, la récolte touche presque à sa fin pour certains producteurs. « Les récoltes se déroulent normalement comme d’habitude et nous sommes déjà presque à la fin », confie Samba Bakary, cultivateur de coton. Comme lui, de nombreux paysans estiment que le climat n’a pas eu une influence directe sur la récolte cette année. Cependant, derrière cette apparente normalité se cache une réalité beaucoup plus préoccupante.

Une récolte rapide, mais un rendement en baisse

Selon les producteurs interrogés, la particularité de cette campagne réside dans la rapidité de la récolte, due principalement à la faible productivité. « Cette année, le coton n’a pas vraiment donné. On a récolté vite, mais le rendement n’est pas celui qu’on espérait », explique Orou Mongo Didier, cultivateur à Wonga. Il estime que chez lui, le niveau d’avancement dépasse les 70 %, alors même que d’autres champs ont déjà été totalement récoltés.

Comparée à la campagne précédente, la baisse du rendement est largement pointée. « C’est une très forte baisse. L’an dernier, le coton était de meilleure qualité », déplore Samba Bakary, un autre cotonculteur. Un constat partagé par son confrère, qui évoque un déséquilibre pluviométrique marqué, notamment en juillet et août, période cruciale pour le développement du coton.

Des conditions climatiques éprouvantes

Si certains producteurs minimisent l’impact du climat, d’autres soulignent des conditions de travail particulièrement pénibles. « Le climat n’est pas favorable avec l’effet du désert du Niger dans l’Alibori. Il fait frais la nuit et très chaud le jour. Le soleil dérange énormément », raconte Orou Mongo Didier. Pour s’adapter personnellement, les cultivateurs ont dû fabriquer des chapeaux artisanaux afin de se protéger pendant les longues heures de travail.

Organisation du travail et manque de moyens

Le constat général est que la récolte repose en grande partie sur la main-d’œuvre familiale. Les producteurs s’organisent souvent à tour de rôle, travaillant trois jours dans le champ d’un pair avant de passer au suivant. Toutefois, le recours à des ouvriers saisonniers reste indispensable. « On va chercher des manœuvres à Kouandé et on les paie à 1 000 francs la journée », précise Orou Mongo Didier.

Mais le coût de cette main-d’œuvre, combiné aux frais de transport, devient de plus en plus insupportable. « Ce n’est pas du tout supportable cette année », affirme Samba Bakary. Certains producteurs sont même contraints de vendre d’autres cultures, comme le maïs, pour financer la récolte du coton, alors que le prix de ces produits a également chuté.

Transport et commercialisation : un véritable casse-tête

Le transport du coton vers les points de collecte constitue une autre difficulté majeure. Puis encore des points de collecte vers Les usines d’égrenage.
Les producteurs doivent souvent attendre longtemps avant qu’un camion ne soit disponible. « Tu finis de récolter et tu es obligé d’attendre le chargement pour envoyer le coton à l’usine », regrette Orou Mongo Didier. À cela s’ajoute le coût du transport, que les paysans jugent excessif.

Sur le plan de la commercialisation, l’insatisfaction est aussi générale. « Le prix d’achat du coton n’est même pas satisfaisant à 50 % », tranche Samba Bakary. Les délais de paiement et le faible niveau de rémunération démotivent les producteurs, qui estiment travailler davantage pour gagner moins.

Des attentes fortes vis-à-vis des autorités

Face à ces nombreuses difficultés, les producteurs appellent à des mesures urgentes. Parmi les principales propositions figurent le financement de la récolte, la réduction du prix des engrais, l’augmentation du prix d’achat du coton et une meilleure organisation du transport. « Il faut une collaboration confiante et totale entre les producteurs et les autorités agricoles », plaide Samba Bakary.

Pour Orou Mongo Didier, l’amélioration des conditions de vie des cultivateurs est essentielle. « Si l’État peut réduire le prix des engrais et augmenter celui du coton, cela nous aidera à payer la scolarité des enfants et à vivre dignement de notre travail », conclut-il.

Cette campagne cotonnière, marquée par de faibles rendements et de lourdes charges selon les producteurs, relance une fois de plus le débat sur la rentabilité de la production du coton et la nécessité non seulement de réformes structurelles mais aussi de la diversification agricole pour soutenir durablement les producteurs.

Olivia LIMA

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page