PRÉSIDENTIELLE 2026 : Entre espoirs et craintes, les éleveurs interpellent le prochain chef de l’État

À quelques semaines de l’élection présidentielle d’avril 2026 au Bénin, les acteurs de la filière élevage se font entendre. Si des avancées sont reconnues ces dix dernières années, les éleveurs redoutent un ralentissement des réformes engagées et craignent que leurs préoccupations ne soient reléguées au second plan par le prochain président de la République.
Dans les fermes, loin de l’effervescence politique, l’objectif reste clair : garantir l’autosuffisance en protéines animales. À N’dali, le porciculteur Eustache Bokossa reconnaît des progrès notables. « Vous auriez constaté qu’il y a beaucoup de projets qui sont maintenant sur le terrain et que si on fait appel à candidature, quand les conditions sont remplies, je crois que vous êtes d’office sélectionné », confie-t-il, saluant une gouvernance plus transparente.
Mais derrière cette satisfaction mesurée, l’inquiétude est palpable. Les éleveurs redoutent que la dynamique enclenchée ne s’essouffle après le scrutin. À Parakou, l’emboucheur bovin Ismaël Yarou énumère les urgences : « Nous avons un problème de foncier qui se pose. Nous avons besoin de l’eau. Nous avons besoin de l’accessibilité de la matière première qui nous permet de produire nos aliments bétail. Nous avons besoin de beaucoup de médicaments pour la prophylaxie, pour les soins sanitaires de nos animaux. » Il ajoute, préoccupé : « Le problème du vaccin VHB qui coûte excessivement cher et qui n’est pas encore disponible en quantité suffisante nous pénalise énormément. »
Dans la filière avicole, la question des importations reste sensible. À Tchaourou, Prudence Oga insiste : « Nous souhaiterions que le prochain gouvernement puisse tenir compte de ce qui avait été annoncé et prenne les mesures idoines pour mettre un terme aux importations d’œufs de table et d’abats de volaille. » Elle poursuit : « Il faudrait que le Bénin devienne autonome en matière de production de poussins d’un jour et qu’on valorise également nos races locales. »
Derrière ces propos se cache la peur d’une concurrence étrangère jugée déloyale, susceptible d’étouffer les efforts des producteurs locaux.
Les promoteurs de races améliorées réclament également un accompagnement accru. « Il faut faciliter l’importation de semences, doter les éleveurs de géniteurs performants et nous aider à construire des bâtiments modernes capables de garantir la biosécurité », plaident-ils, inquiets du retard infrastructurel.
Représentant environ 13 % du PIB agricole, l’élevage constitue un pilier socio-économique majeur au Bénin. À l’approche de la présidentielle de 2026, les éleveurs ne demandent pas seulement des promesses de campagne. Ils réclament des engagements fermes, redoutant qu’en l’absence de décisions fortes, les acquis enregistrés s’effritent et que la souveraineté alimentaire tant recherchée ne reste qu’un slogan.
Nadjahatou BAGUIRI




