ENTRE L’ÈRE DE LA PRODUCTION ET DE LA VALEUR AJOUTÉE : L’agriculture béninoise se réinvente

Longtemps centrée sur la production primaire, l’agriculture béninoise amorce depuis une décennie une mutation profonde. Le pays s’oriente progressivement vers l’industrialisation agricole et la création de valeurs autour de plusieurs filières stratégiques. Riz, soja, ananas, coton et cajou constituent aujourd’hui les piliers de cette transformation. Portée par des réformes, des investissements publics et privés, et une meilleure organisation des producteurs, cette dynamique vise à faire de la terre un moteur de croissance économique durable et de souveraineté alimentaire.
Depuis plusieurs années, le Bénin affiche clairement son ambition de positionner l’agriculture comme un levier stratégique de développement. À travers la structuration progressive des filières, l’amélioration de la productivité et la promotion de la transformation locale, les autorités entendent renforcer la compétitivité du pays sur les marchés régionaux et internationaux.
Sur le terrain, les producteurs témoignent déjà des changements significatifs qui s’observent. Allagbé Yaya, producteur de soja et de cajou, évoque une amélioration notable des rendements grâce aux appuis techniques et aux intrants mis à disposition des agriculteurs. « Par rapport à la culture du soja, avant 2016 j’étais à moins d’une tonne à l’hectare. Mais après avoir bénéficié de tous ces atouts, aujourd’hui la productivité a augmenté et je suis au-delà d’une tonne et demie à l’hectare », explique-t-il.
Dans les plantations d’anacarde également, la dynamique est perceptible. Selon lui, les rendements étaient auparavant inférieurs à 500 kilogrammes par hectare dans certaines exploitations. Les résultats sont particulièrement visibles dans la filière cajou. La production nationale de noix de cajou est passée d’environ 140 000 tonnes en 2015 à près de 650 000 tonnes en 2024. Cette progression s’explique notamment par la réhabilitation des anciennes plantations, l’amélioration de l’encadrement technique et une meilleure organisation des producteurs.
Parallèlement, la transformation locale se développe progressivement, notamment au sein de la zone industrielle de Glo-Djigbé. Dans cette zone, plusieurs unités industrielles se consacrent désormais à la transformation des produits agricoles, marquant une rupture avec l’exportation brute des matières premières agricoles.
La filière coton suit la même trajectoire. Dans la zone industrielle, trois unités intégrées sont déjà opérationnelles, avec une capacité de transformation estimée à 40 000 tonnes de coton par an. Les autorités ambitionnent d’y installer plus de trente unités supplémentaires afin d’assurer à terme la transformation complète du coton produit au Bénin.
Pour les producteurs, les mesures d’accompagnement ont également contribué à améliorer la rentabilité des cultures. Inoussa Moussa, producteur de coton, souligne l’impact des intrants subventionnés sur la production. « Les intrants sont subventionnés. Avant, j’obtenais environ une tonne ou une tonne et demie à l’hectare. Aujourd’hui, je suis sûr de pouvoir dépasser les deux tonnes », confie-t-il.
L’amélioration du suivi technique, l’accès facilité aux intrants et une meilleure organisation de la commercialisation contribuent à renforcer la compétitivité des filières agricoles. Dans le domaine de l’ananas, des initiatives d’extension sont également en cours. Sur certaines exploitations pilotes, des dispositifs expérimentaux sont mis en place pour démontrer aux producteurs la possibilité d’étendre la culture vers de nouvelles zones de production. Les performances du secteur agricole béninois commencent d’ailleurs à être reconnues à l’échelle continentale. Selon le ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche, Gaston Dossouhoui, le Bénin a enregistré des progrès significatifs dans le cadre de l’évaluation des engagements agricoles pris par les États africains. « Au terme de la cinquième revue bi-annuelle de l’engagement de Malabo, le Bénin obtient la note de 7,15 sur 10. Le pays a réalisé un progrès de 66 % sur la période 2015-2024 et se classe premier dans l’espace CEDEAO et cinquième en Afrique en matière de performance agricole », indique-t-il.
À travers ces réformes et investissements, le Bénin affiche une orientation claire, passer d’une agriculture dominée par la production de matières premières à une agro-industrie capable de générer davantage de valeur ajoutée, d’emplois et de revenus pour les producteurs. Une transformation progressive qui pourrait durablement redéfinir le rôle de l’agriculture dans l’économie nationale.
Nadjahatou BAGUIRI




