Dossier

DÉVELOPPEMENT AGRICOLE 2026-2030 : La CNA-Bénin au scanner des acteurs agricoles

Au Bénin, l’agriculture demeure le socle sur lequel repose une grande partie de l’économie ainsi que la stabilité sociale. Longtemps considérée comme un secteur traditionnel, elle est aujourd’hui au cœur des ambitions de transformation économique portées par les autorités publiques. Entre performances encourageantes, vulnérabilités persistantes et réformes en cours, le secteur agricole béninois illustre bien les tensions d’une économie en transition. Dans cette dynamique, la Chambre nationale d’agriculture du Bénin (Cna-Bénin) s’affirme progressivement comme un acteur clé de structuration et d’accompagnement du secteur.

L’agriculture au Bénin ne se limite plus à une activité productive : elle constitue un véritable mode de vie pour une majorité de la population. Selon les données récentes consolidées par la Banque mondiale et les institutions nationales, le secteur contribue à hauteur de 25 % à 30 % du PIB et mobilise environ 65 % à 70 % de la population active. Cette prédominance s’explique par la structure même de l’économie béninoise, largement dominée par des exploitations familiales.
Dans des départements comme le Borgou, l’Alibori, le Couffo ou les Collines, l’agriculture reste la principale source de revenus, avec des systèmes de production souvent extensifs et faiblement mécanisés.
Cependant, cette forte dépendance révèle aussi une fragilité structurelle. La majorité des producteurs évolue dans un environnement marqué par un accès limité aux intrants, au crédit et aux équipements modernes. En dépit des progrès réalisés, les rendements agricoles restent en deçà des standards internationaux. Néanmoins, l’agriculture béninoise joue un rôle central dans la sécurité alimentaire nationale. Le pays produit une large gamme de cultures vivrières : maïs, manioc, igname, riz, sorgho ou encore niébé. Le maïs, en particulier, constitue la base de l’alimentation pour une grande partie de la population.

Dans la production, le coton demeure la principale culture d’exportation du Bénin et un moteur essentiel de son économie. Depuis 2018, le pays s’est hissé au rang de premier producteur africain à plusieurs reprises, avec des récoltes oscillant entre 700 000 et 750 000 tonnes selon les campagnes.
Cette performance est le résultat dew réformes profondes dans la gouvernance de la filière, notamment la professionnalisation des acteurs, la distribution efficace des intrants et un encadrement renforcé des producteurs.
Dans des zones comme Kandi ou Banikoara, le coton structure l’économie locale, générant des revenus pour des milliers de ménages. Toutefois, cette spécialisation comporte des risques. La volatilité des prix sur le marché international et la dépendance à une seule culture rendent l’économie vulnérable.

Dès lors, la diversification agricole apparaît comme une nécessité stratégique pour assurer une croissance plus résiliente.
Face aux défis structurels, les autorités béninoises ont engagé des réformes ambitieuses à travers le Programme d’Actions du Gouvernement (PAG). L’objectif est clair : transformer l’agriculture en un secteur moderne, compétitif et créateur de richesse. Parmi les initiatives majeures figurent le développement des zones agricoles à forte productivité, la promotion de l’irrigation et l’encouragement de l’agro-industrie. Des investissements ont également été réalisés dans la mécanisation, avec l’introduction de tracteurs et d’équipements modernes.
Dans certaines communes comme Savalou ou Dassa-Zoumè, des projets pilotes ont permis d’améliorer les rendements et de renforcer l’organisation des producteurs. Toutefois, ces avancées restent encore inégalement réparties sur le territoire.
Les défis persistent : accès au financement, insuffisance des infrastructures de stockage, pertes post-récolte élevées et faible transformation locale des produits.

La Chambre nationale d’agriculture du Bénin : une institution au cœur de la transformation

Dans ce paysage en mutation, la Chambre nationale d’agriculture du Bénin apparaît comme un catalyseur d’énergie à travers ses actions on ne peut plus stratégiques pour le secteur.
Créée pour représenter et défendre les intérêts des acteurs agricoles, elle s’impose aujourd’hui comme un maillon essentiel de la gouvernance agricole au Bénin. Son rôle dépasse la simple représentation. Elle intervient dans la formation, le conseil agricole, la structuration des filières et la promotion des bonnes pratiques.

L’un des axes majeurs d’intervention de la Chambre repose sur la professionnalisation des producteurs. À travers des sessions de formation et des programmes d’accompagnement, elle contribue à améliorer les compétences techniques des agriculteurs. Dans plusieurs localités, des producteurs bénéficient de formations sur les techniques culturales améliorées, la gestion des exploitations et l’accès aux marchés. Ces initiatives permettent d’augmenter les rendements et de réduire les pertes. Par exemple, dans le département du Zou, des coopératives agricoles accompagnées ont enregistré des gains de productivité significatifs grâce à l’adoption de nouvelles pratiques.

Une interface stratégique entre politiques publiques et réalités du terrain

La Chambre nationale d’agriculture joue également un rôle d’interface entre les pouvoirs publics et les producteurs. Elle participe à l’élaboration des politiques agricoles en relayant les préoccupations du terrain. Dans un contexte où les décisions doivent être adaptées aux réalités locales, cette fonction est essentielle. Elle permet de mieux orienter les politiques publiques et d’assurer leur efficacité. Elle contribue aussi à la mise en œuvre de projets agricoles en collaboration avec des partenaires techniques et financiers, facilitant ainsi l’accès des producteurs aux opportunités.

L’accès aux marchés et au financement constitue l’un des principaux défis du secteur agricole béninois. La Chambre intervient pour faciliter la mise en relation entre producteurs, acheteurs et institutions financières. Elle accompagne également les initiatives visant à structurer les chaînes de valeur et à améliorer la commercialisation des produits agricoles. Dans certaines zones, elle appuie la création de coopératives, permettant aux producteurs de mutualiser leurs ressources et de renforcer leur pouvoir de négociation.

Innovation et résilience : préparer l’agriculture de demain

Face aux défis climatiques, la Chambre nationale d’agriculture encourage l’adoption de pratiques agricoles durables et résilientes. Elle participe à la diffusion de techniques adaptées aux changements climatiques, telles que l’agroécologie ou l’irrigation maîtrisée.
Elle soutient également l’innovation, notamment à travers l’intégration des technologies numériques dans le secteur agricole. L’utilisation de plateformes digitales pour l’information des producteurs ou la commercialisation des produits commence à se développer.
Des défis institutionnels à relever
Malgré son rôle stratégique, la Chambre nationale d’agriculture fait face à des contraintes importantes. Ses moyens financiers et logistiques restent limités, ce qui réduit son impact sur l’ensemble du territoire.
Par ailleurs, la sensibilisation des producteurs à son rôle demeure un enjeu. Dans certaines zones rurales, son action reste encore peu visible.
Renforcer ses capacités institutionnelles apparaît donc comme une priorité pour maximiser son impact.

Stratégie 2026-2030 : Les outils de la Cna-Bénin pour relever les défis persistants

La Chambre nationale d’agriculture du Bénin (Cna-Bénin) a engagé une nouvelle phase de structuration de son action en réunissant, le 13 mars 2026 à Cotonou, ses partenaires techniques et financiers autour d’une table ronde stratégique dédiée à la mobilisation des ressources. Cette rencontre s’inscrivait dans le cadre de la mise en œuvre de son plan stratégique 2026-2030, un document qui ambitionne de repositionner l’institution comme un levier central de transformation du secteur agricole béninois.
À travers cette initiative, la Cna-Bénin entend affirmer son rôle d’interface entre les producteurs, les pouvoirs publics et les partenaires au développement. La rencontre a ainsi réuni un large éventail d’acteurs, incluant des représentants gouvernementaux, des institutions régionales, des bailleurs de fonds ainsi que des professionnels du monde agricole. Cette diversité témoigne de la volonté d’inscrire l’action agricole dans une dynamique collective, fondée sur la concertation et la complémentarité des interventions.

Selon le président de la Cna-Benin Djoiri Imali Hermann Djetta, la stratégie 2026-2030, vise à faire de l’institution une organisation consulaire moderne, performante et économiquement viable. L’ambition affichée est de bâtir une agriculture béninoise plus compétitive, résiliente et capable de répondre aux enjeux de sécurité alimentaire et de création de richesses. Pour concrétiser cette vision, le président de la Cna-Bénin a lancé un appel appuyé à l’endroit des partenaires techniques et financiers. Il a insisté sur la nécessité de renforcer les synergies et de mobiliser des ressources conséquentes pour accompagner la mutation du secteur. Au-delà des financements, il a également souligné l’importance de l’expertise technique et de l’accompagnement institutionnel dans la réussite de cette transformation.

Au cœur de la stratégie 2026 2030 figurent plusieurs programmes structurants, conçus pour répondre aux principaux défis identifiés. Le premier axe porte sur l’identification et la structuration des acteurs agricoles. Il prévoit la délivrance de 500 000 cartes professionnelles agricoles sur une période de trois ans, avec pour objectif d’atteindre 1,5 million d’acteurs identifiés à l’horizon de cinq ans. Cette initiative vise à mieux organiser le secteur, à renforcer la reconnaissance des producteurs et à faciliter leur accès aux services et aux dispositifs d’appui.

Le deuxième programme concerne l’amélioration de l’accès au financement agricole. À cet effet, la Cna-Bénin envisage la mise en place d’une Coopérative de financement agricole (Coop-FA), dotée d’un capital initial de 1,75 milliard de francs CFA. Ce mécanisme est destiné à offrir des solutions financières adaptées aux cycles de production agricole, en particulier pour les exploitations familiales souvent exclues des circuits bancaires classiques. L’objectif est de soutenir les investissements productifs et de favoriser la modernisation des pratiques agricoles.

Enfin, le troisième pilier de la stratégie repose sur la promotion d’une agriculture durable à travers le programme Ecolab-Bénin. Doté d’un budget estimé à 3,32 milliards de francs CFA, ce programme vise à accompagner la transition vers des systèmes de production plus respectueux de l’environnement. Il prévoit notamment la création de 120 fermes-écoles agroécologiques, la formation de 500 agri-formateurs et l’accompagnement de 50 000 exploitants dans l’adoption de pratiques agricoles durables. À travers cette initiative, la Cna-Bénin entend contribuer à la préservation des ressources naturelles tout en améliorant la productivité et la résilience des exploitations.
Face à cette stratégie ambitieuse de la chambre nationale de l’agriculture, les avis et appréciations diverges d’autorités aux acteurs agricoles. Néanmoins tout converge vers une cause commune. Celle d’une stratégie qui va profiter aux acteurs et redorer l’image du secteur agricole béninois.

Entre appréciation et prudence chez les autorités et acteurs agricoles

«Le plan stratégique 2026 20230, plus qu’un simple document de planification, est un véritable pacte entre les différents acteurs du secteur agricole.» affirme le ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche, Gaston C. Dossouhoui tout en reprécisant l’engagement du gouvernement à soutenir cette dynamique. Selon lui, il s’agit d’un cadre fédérateur destiné à aligner les efforts des producteurs, des institutions publiques et des partenaires autour d’objectifs communs.

Pour Inoussa Oumarou producteur de soja à Parakou, c’est le début d’un nouvel élan « Cette initiative est vraiment une avancée pour nous. Beaucoup de producteurs ne sont pas reconnus officiellement et ont du mal à accéder aux appuis. Avec les cartes professionnelles, nous espérons être mieux organisés. Et surtout, si le financement devient plus accessible, cela va nous aider à améliorer nos productions.» a-t-il déclaré. Il a mis l’accent également sur l’accès aux financements qui constitue un réel obstacle pour le producteur. « Le problème aujourd’hui, c’est surtout le financement. Les banques ne nous font pas confiance. Si la Coop-FA est vraiment mise en place comme prévu, cela peut changer beaucoup de choses pour les jeunes qui veulent investir dans l’agriculture. Mais nous espérons aussi que l’accès sera simple et rapide.»

Au sujet du programme agriculture durable au Bénin, les acteurs s’impatientent de vivre une nouvelle forme d’approche plus productive. « Le programme Ecolab-Bénin est une bonne chose. On parle enfin de protection de l’environnement et de pratiques durables. Si on nous forme réellement et qu’on nous accompagne sur le terrain, cela peut améliorer nos rendements tout en préservant nos terres. » estime Mohamed Bawa président des agriculteurs autonomes du Bénin.

Si certains producteurs s’impatientent de voir la mise en œuvre de cette stratégie qui promet, d’autres ont un œil critique et invitent les autorités à du pragmatisme en tenant compte des réalités du terrain. «La stratégie 2026-2030 de la CNA-Bénin est certes ambitieuse sur papier, mais nous restons prudents quant à sa mise en œuvre effective. Par le passé, plusieurs initiatives similaires ont été annoncées sans produire les résultats attendus sur le terrain.» a souligné le maraîcher Eliezer Gandonou. Pour lui, la délivrance des cartes professionnelles agricoles est une bonne idée pour organiser le secteur, mais il faut s’assurer que le processus soit réellement inclusif et accessible aux petits producteurs, notamment en milieu rural. «Sans cela, on risque d’exclure une grande partie des acteurs que l’on veut justement intégrer. » a-t-il déclaré.

Dans un sens critique, Mohamed Bawa estime que concernant la Coop-FA, le défi principal reste la gouvernance et la transparence. «Le secteur agricole a déjà connu des mécanismes de financement qui n’ont pas toujours bénéficié directement aux producteurs. Il faudra donc des garanties solides pour éviter les mêmes erreurs. ».
A tout ceci s’ajoute la faible communication de la Cna-Bénin. Malgré ses prouesses elle demeure méconnue des producteurs à la base, surtout des plus nombreux que constituent les petits producteurs.
Étant donné qu’il faut savoir à quelle porte frapper pour avoir satisfaction en ce qui concerne des besoins, l’institution a encore beaucoup à faire pour se faire connaître de tous les acteurs.

La stratégie 2026-2030 de la Chambre nationale d’agriculture du Bénin suscite à la fois espoirs et réserves au sein du monde agricole. Si elle apparaît comme une réponse structurée et ambitieuse aux défis majeurs du secteur, sa réussite dépendra avant tout de sa mise en œuvre effective sur le terrain. La question de la transparence dans la gestion des mécanismes annoncés, notamment en matière de financement, ainsi que la capacité à garantir un accès équitable aux petits producteurs, restent des enjeux déterminants.

Au-delà des annonces, les acteurs attendent des résultats concrets et mesurables. L’efficacité des programmes dépendra également de la communication qui se fera autour pour intéresser tous les acteurs, de la qualité de l’accompagnement technique, du suivi des bénéficiaires et de l’adaptation des actions aux réalités locales, souvent marquées par des contraintes spécifiques. Dans un contexte où les attentes sont fortes, la moindre défaillance pourrait fragiliser la confiance des producteurs.
Entre ambition institutionnelle et réalités du terrain, le véritable défi reste donc de transformer les engagements en impacts durables. Car, en définitive, c’est dans les champs, au quotidien, que se jouera l’avenir de l’agriculture béninoise et la crédibilité de l’institution.

Moudachirou ALIOU

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