TRANSFORMATION DE L’AGRICULTURE BENINOISE : 61 ans après l’indépendance, enfin vers de nouveaux horizons

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Malgré ses potentialités, l’agriculture béninoise reste peu transformée. Depuis l’indépendance de notre pays en 1960, les modèles agricoles pratiqués jusque-là sont essentiellement tournés vers les cultures de rente au détriment des filières vivrières. Ainsi, les choix opérés laissent aujourd’hui, de l’avis des spécialistes, un tableau pas reluisant sur la transformation de l’agriculture béninoise. Ce qui n’est pas sans conséquences tant sur l’agriculture elle-même que sur le quotidien des populations. En dépit des différentes interventions des pouvoirs publics de 1960 à nos jours dans ce secteur, un certain nombre de facteurs expliquent le peu d’avancée dans la transformation de l’agriculture. Mais avec le nouveau vent qui souffle sur elle ces dernières années, peut-on dire qu’elle voit enfin de nouveaux horizons tendant à sa transformation ? Quels défis majeurs auxquels doit-elle alors faire face, avec quelles perspectives ?

L. Sébastien DOFFA & Nimatou S. WOROGO

Malgré ses potentialités, l’agriculture béninoise reste peu transformée. Depuis l’indépendance de notre pays en 1960, les modèles agricoles pratiqués jusque-là sont essentiellement tournés vers les cultures de rente au détriment des filières vivrières. Ainsi, les choix opérés laissent aujourd’hui, de l’avis des spécialistes, un tableau pas reluisant sur la transformation de l’agriculture béninoise. Ce qui n’est pas sans conséquences tant sur l’agriculture elle-même que sur le quotidien des populations. En dépit des différentes interventions des pouvoirs publics de 1960 à nos jours dans ce secteur, un certain nombre de facteurs expliquent le peu d’avancée dans la transformation de l’agriculture. Mais avec le nouveau vent qui souffle sur elle ces dernières années, peut-on dire qu’elle voit enfin de nouveaux horizons tendant à sa transformation ? Quels défis majeurs auxquels doit-elle alors faire face, avec quelles perspectives ?

Etat des lieux de la transformation de l’agriculture béninoise de 1960 à nos jours
L’état des lieux sur la transformation de l’agriculture béninoise de 1960 à nos jours permet de croire qu’il y a eu beaucoup de changements et de transformations. Après avoir exposé l’histoire de l’agriculture béninoise de la période précoloniale à nos jours, Mohamed Nasser Bako, Professeur titulaire de l’Université de Parakou, agronome Sociologue des ressources naturelles sur cette transformation dira au finish que notre agriculture n’a pas, dans le fonds, changé de physionomie. Plusieurs causes expliquent cette situation.

Les facteurs expliquant le peu d’avancée dans la transformation de l’agriculture béninoise de 1960 à nos jours
Les facteurs qui ont fait que notre agriculture n’a pas eu un visage rayonnant, c’est dans un premier temps une agriculture dépendante. « Nous produisons à la solde de la demande de la métropole et à la solde des grandes puissances économiques qui fixent les prix auxquels on vend les produits agricoles de nos pays », explique le Professeur Mohamed Nasser Bako, spécialiste des ressources naturelles. Deuxièmement, pendant longtemps ce secteur a été relégué au second plan du fait de l’image qu’on donne à cette agriculture. « En fait, on a comme l’impression que l’agriculture, c’est la chose qu’il faut faire lorsqu’on a tout échoué alors que l’agriculture est un secteur économique à part entière qui demande une certaine professionnalisation, une certaine formation, un certain investissement et ne vont là que ceux qui y sont préparés », soutient cet enseignant-chercheur. La troisième raison selon ce Sociologue des ressources naturelles, c’est que les acteurs qu’on y trouve dans ce secteur ne sont pas professionnels, ne sont pas formés et préparés aux défis que l’on a dans ce secteur. La question du financement de cette agriculture reste également une cause. « Après 61 ans d’indépendance, on peut dire qu’on n’a même pas pratiquement une banque qui finance l’agriculture réellement alors que c’est un des secteurs clés de l’économie », a-t-il fait remarquer. Ces causes ont eu des conséquences tant pour la population que sur l’environnement. Ces conséquences sont entre autres liées aux questions d’insécurité alimentaire, de pauvreté financière et d’insécurité environnementale. « La population souffre d’insécurité alimentaire liée aux modèles agricoles pratiqués, de pauvreté financière du fait que leurs marges bénéficiaires liées à la vente des produits sortis des champs sont réduites », nous a exposé le Professeur Mohamed Nasser Bako. En raison de la longue tradition d’intervention de l’Etat dans le secteur agricole d’une part, et compte tenu de l’importance de ce secteur et de l’espoir qu’il suscite dans le développement de l’économie béninoise d’autre part, il importe de faire le point et une analyse des diverses interventions de l’Etat afin de ressortir les enseignements pour une politique agricole plus efficace.

Etat des lieux des diverses interventions de l’Etat dans le secteur agricole …
De l’analyse de la trajectoire historique du

De l’analyse de la trajectoire historique du développement du secteur agricole au Bénin, l’étude du Conseil d’Analyse et Economique (CAE) sur l’analyse des interventions du pouvoir public dans le secteur agricole au Bénin de 1960 à nos jours a distingué une succession de cinq grandes périodes de rupture et de continuité que sont : la période s’étendant de la période précoloniale à l’indépendance de 1960 ; la période allant de 1960 à 1972, c’est-à-dire de la décolonisation à l’avènement du régime militaro-marxiste en 1972 ; la période s’étendant de 1972 à 1990, année où le libéralisme économique a été choisi comme option de développement ; la période de 1990 à 2006 ; et, enfin, de la période allant de 2006 à nos jours avec le régime du Changement et de la Refondation. Mais que retenir des principales caractéristiques des interventions du pouvoir public sur chacune de ces périodes ?
De la période précoloniale à l’indépendance de 1960
L’agriculture béninoise de la période précoloniale est passée d’une agriculture de cueillette à une agriculture de subsistance dans laquelle l’objectif principal se résumait à la reproduction sociale. L’introduction des cultures de rente l’obligeait à produire davantage pour la satisfaction du marché. L’intervention dans le secteur agricole pendant la période coloniale s’inscrivait dans une politique générale de « modernisation de l’agriculture » dans le seul objectif de satisfaire les besoins en matières premières des industries de la métropole française.
De la période de 1960 à 1972 : entre prolongement de la politique agricole coloniale et tentative d’une politique agricole nationale.
Au lendemain de 1960, l’élite dahoméenne manifestai un désir d’indépendance vis-à-vis de l France métropolitaine et a opté pour la valorisation des potentialités locales. Ainsi, l’Etat a repris toutes les fonctions qu’assumaient les sociétés françaises et renforça le modèle colonial de promotion des filières agricoles. La coopération agricole devient ainsi le modèle de référence. Les SMDR sont légiférées et instituées en organisation à vocation coopérative avec la promulgation en 1961, 1965 et 1966 des textes qui les régissent. Par conséquent, l’économie de traite a été prolongée. L’économie du palmier à huile va s’essouffler progressivement au profit celle du coton. En 1961, par les Lois 26-61 et 27-61, la SONADER a été responsabilisée pour la formation de coopératives agricoles dans les périmètres d’aménagement rural où seront développées les cultures annuelles pour assurer aux propriétaires terriens leur autonomie financière. Dans cette logique, plusieurs sociétés d’Etat sont nées. Il s’agit, entre autres, de la Société Nationale des Huileries du Dahomey (SNAHDA), la Société d’Aide Technique et de Coopération (SATEC) ainsi que diverses organisations paysannes dans diverses régions. Parallèlement, le désir d’asseoir les bases d’une agriculture qui réponde aux besoins des populations reste manifeste avec la promotion de la production des cultures vivrières, notamment le riz ainsi que suit dans le plan quinquennal du développement économique et social du Dahomey (1966-1970).
De la période 1972 à 1990 : une politique agricole avec pour orientation le marxisme léninisme
Le changement politique a engendré une rupture radicale dans l’orientation politique et économique du pays. Cette nouvelle politique prévoyait, entre autres, la prise en charge par l’Etat des secteurs vitaux de l’économie dont le secteur agricole. L’orientation politique choisie fut celle d’un développement autocentré et d’une économie centralisée et planifiée donnant la priorité à la sécurité alimentaire. Les différentes interventions militeront en faveur de l’édification d’une économie rurale de type socialiste avec des changements en profondeurs dans le secteur agricole. En effet, l’intervention de l’Etat en tant qu’acteur de développement dans le secteur agricole est devenue plus directe à travers la collectivisation des facteurs de production et la mise en place de plusieurs sociétés d’Etat telles que la Société Nationale des Fruits et Légumes (SONAFEL), les maïseries dont la Société Nationale de Commercialisation et d’Exportation du Bénin (SONACEB) ; etc.
De la période 1990 à 2005 : une politique agricole axée sur le libéralisme économique
A partir de 1990, le Bénin a fait l’option du libéralisme économique axé sur le développement du secteur privé au côtés du secteur public. Cette nouvelle orientation politico- économique, exigée par les institutions de Bretton Woods comme condition sine qua non pour l’obtention d’appuis financiers et institutionnels, a placé le Bénin sous les mesures des Programmes d4ajustements Structurels (PAS). Ainsi, la nouvelle orientation politico-économique, combinée aux mesures instaurées dans le cadre des Programmes PAS, a entraîné une restructuration institutionnelle et organisationnelle du secteur agricole, avec une orientation libérale, avec en toile de fond, le désengagement de l’Eta d’un certain nombre de ses fonctions et l’implication du secteur privé et des Organisations Paysannes (OP) dans le développement agricole. Cette période est aussi marquée par une tentative d’élaboration d’une véritable politique agricole actuelle, avec l’élaboration des documents fondamentaux que sont : la Lettre de Déclaration de Politique de Développement Rural (LDPDR, 1991), le Schéma Directeur de Développement Agricole et Rural (SDDAR, 2000), et le Plan stratégique de Promotion de la Femme dans le secteur agricole et Rural (PPFR), pour ne citer que ces quelques textes.

Deuxièmement, son niveau d’éducation financière et sa maîtrise des pratiques bancaires s’avèrent important. En effet,Le monde bancaire et financier a ses réalités qu’il faut que les promoteurs agricoles comprennent. Troisièmement, les potentiels bénéficiaires doivent faire l’effort de monter les dossiers avec la garantie complémentaire d’au moins 50% parce que l’Etat, à travers le Fnda, garantit les prêts à 50%. « Il n’a jamais été question de garantir les prêts à 100%. », a fait savoir le Dg lors de sa sortie médiatique. Après un an de la mise en œuvre du Fnda, qu’est-ce qu’on peut retenir ?
« 54 projets agricoles sont déjà financés pour 4, 5 milliards F Cfa » dixit Valère Houssou
Après la création du Fnda, il a été noté un engouement auprès des producteurs lors des séances de sensibilisation organisées sur le fonctionnement du mécanisme dans les 12 départements. 60 000 producteurs ont été enregistrés lors ces séances. Cela a permis d’enregistrer à la date du 29 Juillet 2021, 647 dossiers de demandes de financements pour un montant de près de 20 milliards F Cfa déposés au niveau des banques et Systèmes financiers décentralisés (Sfd) selon le point fait par le Dg du Fnda. « Après analyse des dossiers par les banques et Sfd partenaires, nous sommes à un nombre très réduit de dossiers qui ont pu franchir les étapes pour aboutir au financement. Au 30 juin 2021, 54 projets ont pu déjà être financés pour un montant de 4, 5 milliards F Cfa. Et 47 sont actuellement en instruction pour un montant global de 6milliards F Cfa dans les banques. », a déclaré le 1er responsable du Fnda. Un bilan au-delà duquel, à en croire le Dg, le Fnda a plutôt de bonnes perspectives.
Les perspectives selon Valère Houssou, Dg du Fnda
Selon les propos de Valère Houssou, le Fnda travaille présentement à accompagner et soigner les dossiers de 300 petites et moyennes entreprises ou petites et moyennes industries (Pme/Pmi) agricoles et 2500 petits exploitants agricoles pour qu’ils soient bancables suivant les critères établis. In fine, le Fnda entend apporter l’accompagnement nécessaire à 2 millions de petits producteurs et exploitants agricoles organisés en coopératives immatriculées auprès des Sfd. Il y a aussi l’accompagnement de 2000 Pme/Pmi ou start-up à l’élaboration de leur plan d’affaires et états financiers certifiés, l’appui à 3000 Pme/Pmi agricoles en phase de croissance dans l’élaboration de leur plan d’affaires et leur mise en relation avec les banques et Sfd. Il est également envisagé le soutien à 40 projets d’envergure nationale pour mobiliser des financements de volume important auprès des institutions comme la Banque mondiale et la Société financière internationale (Ifc). A tout cela s’ajouteront la facilitation au crédit au taux de 6% l’an à près de 3000 acquéreurs d’équipements agricoles auprès de la Société nationale de mécanisation agricole (Sonama) et la bonification du taux d’intérêt pour permettre aux porteurs de projets d’investissement ou d’équipements d’avoir le crédit à 2% l’an.
Le Fnda apparaît aujourd’hui comme une grande opportunité à saisir par les jeunes,surtout les diplômés sans emploi.

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