ABIB KOROGONÉ : un spécialiste engagé dans la structuration des filières piscicoles

Titulaire de deux masters et spécialiste de l’amélioration des systèmes de production aquacole, Abib Korogoné a forgé son expérience au Bénin et dans plusieurs pays africains. Du conseil agricole à la structuration des filières piscicoles, il a multiplié les expériences professionnelles avant de mettre son expertise au service du développement de l’aquaculture. À Parakou, il poursuit cet engagement à travers La Maison de l’Aquaculture, une structure dédiée à l’appui-conseil, à la formation et à la production d’intrants piscicoles.
Originaire de Sinendé et de Banikoara, deux communes du nord du Bénin où les activités agricoles occupent une place importante, Abib Korogoné a construit son parcours professionnel au contact du monde rural. Ses premières expériences se déroulent au Bénin, où il exerce pendant quatre ans comme conseiller auprès des exploitations agricoles et familiales dans le cadre du Programme d’appui aux dynamiques productives, financé par l’Agence française de développement (AFD). Cette fonction lui permet d’accompagner les producteurs dans leurs activités et de se familiariser avec les réalités des exploitations familiales. Une expérience qui lui apprend notamment à mieux cerner leurs besoins et les difficultés auxquelles ils sont confrontés.
Il poursuit ensuite son parcours pendant six ans comme assistant technique à l’Union départementale des pisciculteurs du Borgou-Alibori. À ce poste, il se rapproche davantage des professionnels de l’élevage de poissons et approfondit sa connaissance de leurs préoccupations. L’accompagnement des pisciculteurs, le renforcement de leurs capacités techniques et les questions d’approvisionnement en intrants occupent une place importante dans ses activités. Au contact de ces producteurs, il mesure particulièrement l’importance de deux facteurs dans la réussite d’une exploitation piscicole : la qualité des alevins et la disponibilité de l’alimentation.
Fort de cette expérience, Abib Korogoné poursuit sa carrière au Burkina Faso comme assistant technique auprès de la Plateforme nationale des acteurs non étatiques du secteur des pêches et de l’aquaculture. Il élargit alors son champ d’intervention à l’organisation des professionnels et à la structuration de la filière poisson.
Il contribue notamment à la réforme institutionnelle et organisationnelle de cette filière, qui aboutit à la mise en place de l’Interprofession Poisson d’élevage du Faso. Cette réalisation marque une étape importante de son parcours. « J’ai eu le privilège de conduire la réforme structurelle, institutionnelle et organisationnelle de la filière poisson du Faso, ce qui a abouti à l’installation de l’Interprofession Poisson d’élevage du Faso », explique-t-il.
Au-delà de l’accompagnement technique des producteurs, cette mission lui permet ainsi de participer à la mise en place d’un cadre d’organisation des acteurs de la filière piscicole burkinabè. Au cours de cette période, la filière connaît également une évolution avec la mise en place d’une capacité locale de fabrication d’aliments pour poissons. Cette expérience enrichit sa compréhension des enjeux liés à l’organisation des professionnels et à la disponibilité des intrants nécessaires au développement de l’aquaculture.
Son expertise le conduit également dans plusieurs autres pays africains. Au Sénégal, il intervient aux côtés de l’Agence nationale de l’aquaculture. En Guinée-Bissau, son appui contribue à la création de 1 500 emplois directs liés à la pisciculture. Il effectue aussi des missions au Mali, en Gambie et au Liberia. Ces différentes interventions lui permettent de participer à des initiatives de promotion et de développement des filières piscicoles dans des environnements variés. À l’échelle africaine, il estime avoir concrétisé plus de la moitié des objectifs qu’il s’était fixés pour la promotion de l’aquaculture.
Après ces expériences au-delà des frontières béninoises, Abib Korogoné entend désormais mettre davantage ses compétences au service de son pays. Son ambition est notamment de contribuer à lever les difficultés qui freinent le développement de la pisciculture, en particulier celles liées à l’accès aux intrants de qualité et au financement des exploitations.
Il accorde une attention particulière à la dépendance des pisciculteurs béninois aux aliments importés, dont le coût peut peser sur la rentabilité de leurs activités. La disponibilité d’alevins de qualité et l’accès à des financements adaptés figurent également parmi les préoccupations qu’il souhaite contribuer à résoudre. « Les difficultés ont été de convaincre les acteurs de s’organiser en interprofession, le coût et l’accès aux intrants de qualité comme les alevins et l’aliment, et l’accès au financement adapté », souligne-t-il.
C’est dans cette perspective qu’il développe ses activités à Parakou, où il est responsable de La Maison de l’Aquaculture. Déjà implantée dans la ville, cette structure est spécialisée dans l’appui-conseil et la formation. Elle doit renforcer son offre avec la mise en place d’installations consacrées à la production d’intrants piscicoles. Le projet prévoit notamment la production d’alevins et d’aliments pour poissons. La finalisation du laboratoire et de l’unité de production d’aliments est prévue d’ici à la fin du mois de novembre.
À travers cette initiative, Abib Korogoné veut faciliter l’accès des pisciculteurs aux intrants, particulièrement dans le nord du Bénin. La production locale d’aliments pour poissons constitue l’un des axes de son projet. L’objectif est de proposer aux producteurs des solutions adaptées à leurs besoins, tout en réduisant les difficultés d’approvisionnement. En rapprochant les intrants des exploitations, il entend contribuer à améliorer les conditions de production et la rentabilité des activités piscicoles.
Parallèlement à ses responsabilités à Parakou, il est cofondateur de Global Fisheries Services, une société de droit burkinabè basée à Ouagadougou et spécialisée dans son domaine d’expertise. Cette activité prolonge son engagement dans l’accompagnement des professionnels et le développement des filières aquacoles. « Mon métier se base essentiellement sur l’appui-conseil aux promoteurs piscicoles, aux entreprises ou coopératives piscicoles et aux États africains en matière de développement et de promotion de l’aquaculture », précise-t-il.
À travers ses différentes expériences, Abib Korogoné a ainsi développé une expertise qui associe l’accompagnement des producteurs, le renforcement des organisations professionnelles et la recherche de solutions aux contraintes techniques de la pisciculture. Il entend désormais valoriser ces acquis au Bénin, où il souhaite contribuer à l’augmentation de la production piscicole nationale et à la réduction de la dépendance aux importations de poisson.
Pour lui, cette ambition passe également par la professionnalisation du métier d’aquaculteur. Il souhaite voir les producteurs disposer de meilleures capacités techniques et des moyens nécessaires pour développer des exploitations viables. L’accès aux intrants, la formation et l’accompagnement des promoteurs constituent, à ses yeux, des leviers importants pour faire de la pisciculture une activité entrepreneuriale durable.
Après ses premières expériences au Bénin, sa contribution à la réforme de la filière poisson au Burkina Faso et ses interventions dans plusieurs pays africains, Abib Korogoné entend donc poursuivre son engagement au service de l’aquaculture béninoise. Il considère que le développement de cette activité représente un enjeu important pour accroître l’offre nationale de poisson et limiter le recours aux importations.
« Il reste cependant le plus grand défi à relever et ce sera au Bénin. Le Bénin doit travailler à lever plus haut la production piscicole afin de réduire drastiquement l’importation du poisson, ce qui améliorerait le PIB du pays », affirme-t-il.
À Parakou, la finalisation des installations de La Maison de l’Aquaculture constitue une prochaine étape dans la concrétisation de ses ambitions. À travers cette structure, il entend mettre son expérience au service des pisciculteurs et contribuer au développement de solutions locales pour répondre à leurs besoins.
Nadjahatou BAGUIRI




