PRODUCTION PISCICOLE AU BÉNIN : L’agroécologie ouvre de nouvelles perspectives pour la réduction des coûts

Face à la cherté des aliments industriels et aux difficultés de rentabilité des exploitations piscicoles, des producteurs du département du Mono expérimentent de nouvelles pratiques fondées sur la valorisation des ressources locales. À Comè, les innovations promues par le Projet d’appui au développement d’une pisciculture agroécologique (PADEP) commencent à susciter l’intérêt des acteurs de la filière. Réunis le 2 novembre 2026 dans le cadre d’une revue à mi-parcours du projet, autorités locales, techniciens, partenaires et pisciculteurs ont examiné les avancées enregistrées, les difficultés rencontrées et les perspectives de développement d’un modèle de production moins dépendant des intrants importés.
Porté par l’ONG Aquaculture et Développement Durable (AquaDeD), avec l’appui de l’Agence française de développement (AFD), le PADEP-Bénin entend promouvoir une pisciculture familiale économiquement accessible et respectueuse de l’environnement. Lancé en juin 2025 pour une durée de trois ans, le projet intervient dans les départements du Zou, du Mono et du Couffo. Il cible 300 exploitations agricoles familiales, dix groupements ou coopératives de producteurs et 50 mareyeuses. À terme, l’ambition est de permettre aux exploitations accompagnées de produire collectivement environ 45 tonnes de poissons par an grâce à l’adoption de pratiques agroécologiques.
L’une des principales innovations mises en avant concerne l’utilisation du biofloc, une technique reposant sur le développement et la gestion de communautés de micro-organismes dans les bassins d’élevage. Ce système permet notamment de valoriser certains déchets organiques et éléments nutritifs présents dans l’eau pour contribuer à l’alimentation des poissons. Son intérêt réside dans la possibilité de réduire la quantité d’aliments industriels nécessaires à la production. Pour des pisciculteurs confrontés à la hausse des prix des intrants, cette alternative représente une piste d’amélioration des marges économiques.
Présent lors de la revue à mi-parcours, Dieu-Donné Toï, président des pisciculteurs de Comè, a mis en avant les avantages économiques des nouvelles pratiques expérimentées. Il souligne notamment l’intérêt du biofloc et de l’utilisation des ressources locales pour réduire la dépendance des exploitations aux aliments industriels, tout en maintenant les performances de production. Cette préoccupation rejoint celle de nombreux pisciculteurs béninois, pour lesquels l’alimentation constitue une charge importante dans le fonctionnement des fermes aquacoles.
De plus à Comè, d’autres pratiques viennent compléter les innovations promues par le PADEP. Il s’agit notamment de l’utilisation d’escargots aquatiques pour contribuer à l’entretien des étangs et de la valorisation des eaux issues des installations piscicoles pour les activités maraîchères. Cette dernière pratique favorise une complémentarité entre l’élevage des poissons et la production végétale. Les eaux enrichies en matières nutritives peuvent ainsi être réutilisées pour l’irrigation de certaines cultures, réduisant les besoins en intrants chimiques et permettant une meilleure valorisation des ressources disponibles sur les exploitations.
Au-delà des innovations techniques, le PADEP ambitionne de contribuer à une meilleure structuration de la filière. L’accompagnement des producteurs porte notamment sur l’intégration agriculture-pisciculture, la production locale d’aliments pour poissons, la fertilisation organique des étangs et la gestion durable de l’eau. Le projet accorde également une place aux femmes intervenant dans la commercialisation et la valorisation des produits halieutiques. Les 50 mareyeuses ciblées témoignent de cette volonté de ne pas limiter les interventions à la seule production, mais de prendre en compte les différents maillons de la chaîne de valeur.
Pour Alexis Houndji, chef du projet, l’ambition est de promouvoir une pisciculture plus autonome et moins dépendante des intrants importés. Cette orientation nécessite toutefois de mesurer les résultats obtenus sur le terrain et de corriger les difficultés rencontrées par les bénéficiaires. Marcienne Houénou, directrice pays de la Fondation Hubi et Vinciane, a également insisté sur l’importance d’apprécier l’adoption effective des techniques agroécologiques, leur viabilité économique et leurs effets sur les jeunes et les femmes. De son côté, le maire de Comè, Edgard Tohouégnon, a salué une approche apportant des réponses aux défis liés aux changements climatiques et à la dégradation des ressources naturelles.
Malgré les avancées présentées, plusieurs défis restent à relever. La diffusion des innovations auprès d’un plus grand nombre de pisciculteurs, la maîtrise des coûts d’exploitation, la rentabilité des systèmes expérimentés et l’accès aux marchés constituent des préoccupations pour la suite du programme. La disponibilité d’alevins de qualité et la recherche de matières premières locales adaptées à la fabrication d’aliments pour poissons demeurent également des enjeux importants pour la compétitivité de la filière.
La prochaine phase du PADEP sera déterminante pour consolider les acquis et apprécier la capacité des producteurs à maintenir durablement les pratiques expérimentées. Pour la pisciculture béninoise, l’enjeu dépasse la seule augmentation des volumes de production. Il s’agit aussi de construire un modèle capable de réduire les charges des exploitations, de valoriser les ressources agricoles locales, de préserver l’environnement et de rendre le poisson plus accessible aux consommateurs. À Comè, l’expérience en cours constitue ainsi une piste pour repenser les relations entre agriculture, élevage aquacole et gestion durable des ressources naturelles.
Moudachirou ALIOU




