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COMMERCE AGRICOLE EN AFRIQUE DE L’OUEST : LA CEDEAO ÉTEND SON DISPOSITIF DE SUIVI À NEUF NOUVEAUX PAYS

  • Le Bénin en fait partie

La fluidité des échanges agricoles demeure un défi majeur pour l’intégration économique en Afrique de l’Ouest. Malgré les engagements communautaires en faveur de la libre circulation des marchandises, les producteurs et commerçants continuent de faire face à des difficultés lorsqu’ils acheminent leurs produits d’un pays à un autre. Pour mieux identifier ces obstacles et améliorer le fonctionnement des marchés régionaux, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) étend son Tableau de bord sur le commerce et les marchés agricoles, dénommé SCORECARD, à neuf nouveaux États membres, dont le Bénin. Le processus préparatoire a été engagé à partir du 2 novembre 2026 à travers des missions nationales de sensibilisation et de mobilisation des institutions concernées.

Le Bénin, le Cap-Vert, la Côte d’Ivoire, la Gambie, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Liberia, le Nigeria et le Sénégal sont les neuf pays concernés par cette nouvelle phase de déploiement. À travers cet élargissement, la CEDEAO entend renforcer le suivi de l’application des protocoles communautaires relatifs à la circulation des produits agricoles, forestiers, pastoraux et halieutiques. L’objectif est notamment de disposer d’informations plus précises sur les difficultés qui entravent les échanges entre les États et d’aider les autorités à prendre des décisions adaptées aux réalités du commerce régional.

Développé par la Commission de la CEDEAO, le SCORECARD est un outil de collecte, d’analyse et de suivi des données relatives au commerce agricole. Il permet d’apprécier les progrès réalisés dans l’application des textes communautaires, mais aussi de documenter les obstacles rencontrés par les acteurs économiques dans leurs activités transfrontalières. Les informations recueillies doivent contribuer à une meilleure compréhension du fonctionnement des marchés et à l’identification des mesures nécessaires pour faciliter les échanges.

Ce dispositif n’est pas entièrement nouveau dans l’espace communautaire. Il a d’abord fait l’objet d’une phase pilote au Ghana, au Niger, en Sierra Leone, au Togo et au Tchad. Au regard des résultats obtenus, son extension à l’ensemble des États membres a été recommandée lors de la 68e session ordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO, tenue le 14 décembre 2025 à Abuja, au Nigeria.

Avant le déploiement effectif du mécanisme dans les neuf nouveaux pays, des séances de travail en ligne ont été organisées avec les parties prenantes, avec l’appui de la Direction du commerce de la Commission de la CEDEAO. Les missions nationales engagées à partir du 2 novembre 2026 doivent permettre de présenter la méthodologie de collecte et d’analyse des données, de sensibiliser les autorités et les acteurs concernés, puis de préciser les responsabilités des différentes institutions appelées à participer au processus.

La démarche prévoit également l’identification et la validation des structures nationales chargées de contribuer à la collecte des informations et à la coordination du dispositif. Des équipes nationales seront mises en place, avec notamment la désignation de points focaux chargés d’assurer le suivi des activités. Cette organisation doit permettre de garantir une disponibilité régulière des données et une meilleure coordination entre les administrations publiques, les structures techniques et les professionnels du commerce agricole.

Pour les producteurs et les commerçants, les difficultés liées à la circulation des produits agricoles ont des conséquences directes sur les coûts et les conditions de commercialisation. Les retards aux frontières, la multiplication des contrôles, les formalités administratives et les difficultés d’application des règles communautaires peuvent ralentir l’acheminement des marchandises et réduire les marges des opérateurs. Dans certaines situations, ces contraintes peuvent également affecter la qualité des produits périssables et limiter les possibilités d’accès à de nouveaux marchés.

L’enjeu est particulièrement important pour les pays dont les échanges agricoles sont étroitement liés. Le Bénin, par exemple, entretient des relations commerciales avec plusieurs États de la sous-région, notamment le Nigeria, le Togo, le Niger et le Burkina Faso. L’amélioration de la circulation des produits pourrait offrir de nouvelles possibilités de débouchés aux producteurs béninois, tout en facilitant l’approvisionnement des marchés nationaux en denrées provenant des pays voisins.

Le SCORECARD pourrait ainsi contribuer à mieux documenter les contraintes rencontrées par les acteurs de ces circuits commerciaux. En disposant de données comparables entre les pays, les autorités communautaires et nationales pourront identifier les points de blocage, apprécier les progrès réalisés et orienter les interventions vers les difficultés les plus récurrentes. L’outil pourrait également favoriser une meilleure transparence dans le suivi des engagements pris par les États membres en matière d’intégration des marchés agricoles.

Le dispositif est déployé dans le cadre du Programme de résilience du système alimentaire en Afrique de l’Ouest (FSRP), financé par la Banque mondiale et coordonné au niveau régional par l’Agence régionale pour l’agriculture et l’alimentation (ARAA), avec l’appui technique d’AKADEMIYA2063. Cette collaboration vise à renforcer les capacités des institutions nationales et à mettre en place un cadre harmonisé de suivi des échanges agricoles.

Toutefois, l’extension du SCORECARD ne signifie pas que les obstacles à la circulation des produits seront automatiquement supprimés. Son efficacité dépendra de la qualité des données collectées, de la participation effective des institutions nationales et surtout de la prise en compte des résultats dans les décisions publiques. Les informations produites devront se traduire par des mesures concrètes pour améliorer les conditions de passage aux frontières et faciliter les échanges entre les marchés.

Moudachirou ALIOU

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