FILIÈRE MANIOC : quand la RB CONA 84 redéfinit les performances agricoles

Le manioc reste l’un des piliers de la sécurité alimentaire au Bénin. Ses performances dépendent fortement de la qualité des semences disponibles. Mariano Chabi, ingénieur agronome et Directeur Exécutif de GRIGADEB ONG, revient sur les variétés qu’il développe et sur la nécessité d’un matériel végétal amélioré pour soutenir les producteurs.
Journaliste : Qu’est-ce que le manioc et qu’est-ce qui explique son importance dans l’alimentation béninoise ?
Mariano Chabi : Le manioc est une culture vivrière essentielle au Bénin. Il sert à produire le gari, la farine, l’attiéké, le tapioca et plusieurs autres dérivés qui occupent une place centrale dans les ménages. C’est une plante stratégique, tolérante à la sécheresse et accessible à la majorité des producteurs.
Quels sont les types de manioc que l’on retrouve dans nos systèmes de production ?
On distingue le manioc doux, consommé après simple cuisson, et le manioc amer qui doit être transformé pour éliminer ses toxines. À cela s’ajoutent les variétés locales, bien adaptées mais souvent peu productives, et les variétés améliorées sélectionnées pour leur rendement et leur résistance. Il existe aussi des variétés à chair jaune, riches en provitamine A, qui jouent un rôle important dans la lutte contre la malnutrition.
Quelle est la variété améliorée que vous produisez et qu’est-ce qui la distingue des variétés ordinaires ?
Nous produisons principalement la RB CONA 84. C’est une variété précoce qui arrive à maturité en six à huit mois, résiste bien aux maladies et à la sécheresse et peut donner entre 30 et 45 tonnes par hectare. Nous produisons également une variété à chair jaune, très riche en provitamine A. En parallèle, nous évaluons quarante autres variétés à chair blanche et travaillons à la création de nouveaux génotypes issus de graines.
Pourquoi avoir choisi de vous lancer dans la multiplication de semences améliorées ?
Il existe une forte demande de boutures de qualité. Les variétés traditionnelles se dégénèrent et les rendements baissent. Les producteurs ont besoin de matériel végétal fiable, productif et résistant. Notre objectif est de contribuer à moderniser la filière manioc en mettant à disposition des semences saines, performantes et adaptées aux réalités du terrain.
Que peut-on retenir des performances techniques de la RB CONA 84 ?
C’est une variété très productive, avec un potentiel de 30 à 45 tonnes par hectare. Son cycle court six à huit mois permet une rotation rapide des parcelles. Elle supporte bien la sécheresse et présente une bonne résistance aux maladies. La variété à chair jaune a un cycle un peu plus long, dix à douze mois, mais elle apporte un avantage nutritionnel majeur grâce à sa richesse en provitamine A.
Comment s’organise concrètement votre production de semences améliorées ?
Nous sélectionnons d’abord des plants mères sains que nous installons dans des champs semenciers isolés et bien entretenus. Au moment opportun, les tiges sont coupées, triées selon leur vigueur, désinfectées et conditionnées pour éviter les contaminations. Les boutures sont ensuite stockées dans de bonnes conditions pour conserver leur qualité. En parallèle, nous observons les quarante variétés en test et réalisons des croisements pour créer de nouveaux génotypes.
Quels avantages les producteurs tirent-ils de ces variétés améliorées ?
Ils gagnent en rendement, en résistance, en rapidité de récolte et en stabilité de production. Avec la RB CONA 84, ils récoltent en moins de huit mois, ce qui facilite la rotation des parcelles. Avec la variété à chair jaune, ils améliorent aussi la qualité nutritionnelle de l’alimentation familiale. Les retours du terrain sont très encourageants.
Quelles perspectives voyez-vous pour le développement de ces semences au Bénin ?
Nous souhaitons étendre la RB CONA 84 et la variété à chair jaune dans toutes les zones productrices. Les quarante variétés en évaluation permettront de diversifier l’offre nationale. Le développement d’un pool génétique béninois est indispensable. Il faudra renforcer la certification, améliorer l’accès aux intrants et sensibiliser davantage les producteurs. Les perspectives sont bonnes, à condition d’un engagement collectif.
Nadjahatou BAGUIRI




