DE LA DÉPENDANCE À L’AUTOSUFFISANCE : la renaissance de la filière riz au Bénin après une décennie de réformes

La filière riz occupe une place stratégique dans l’économie agricole du Bénin. Elle contribue significativement au PIB agricole, crée de nombreux emplois et constitue une source majeure de revenus pour les ménages ruraux. Sur le plan social, le riz est un aliment de base essentiel, jouant un rôle clé dans la sécurité alimentaire et la réduction de la pauvreté, tout en favorisant l’autonomisation des femmes engagées dans la transformation et la commercialisation.
Présente sur l’ensemble du territoire, la production rizicole s’appuie sur des zones à fort potentiel agro-écologique, notamment dans l’Alibori, le Borgou, les Collines, le Zou, l’Ouémé, le Plateau et le Mono. Mais face à une consommation nationale en constante hausse, la production locale reste insuffisante, entraînant un recours important aux importations. En 2016, la filière rizicole béninoise se trouvait à un tournant décisif. Marquée par une production en hausse mais une transformation locale encore insuffisante, elle faisait face à de nombreux défis structurels. Entre exportation massive du riz paddy vers les pays voisins, faibles capacités industrielles et volonté politique affirmée d’atteindre l’autosuffisance alimentaire, l’année 2016 apparaît comme une étape charnière dans le choix de restructuration du sous secteur.
Selon les données de FAOSTAT, la production nationale de riz paddy au Bénin est estimée à environ 281 428 tonnes en 2016. Ce niveau de production traduisait une dynamique de croissance engagée depuis plusieurs années, portée essentiellement par les exploitations familiales qui dominaient largement le paysage rizicole national. Cette augmentation de la production confirmait le potentiel agricole du pays, notamment dans les zones aménagées et les bas-fonds rizicoles, même si ce potentiel restait encore largement sous-exploité.
Malgré cette progression, la capacité de transformation du riz restait faible. Les unités existantes, souvent de petite taille et faiblement équipées, ne parvenaient pas à absorber l’ensemble de la production nationale. Conséquence directe : une grande partie du riz paddy produit était exportée brute, notamment vers le Nigéria et le Togo, pour y être transformée. Cette situation allait à l’encontre des ambitions nationales de création de valeur ajoutée locale et de développement d’une industrie agroalimentaire performante. Face à ces constats, l’année 2016 a marqué le début de réformes structurantes. L’État béninois a engagé un processus de restructuration de la filière riz.
2016 à 2025 : dix ans de réformes pour une ambition d’autosuffisance
Depuis 2016, la filière rizicole béninoise connaît une transformation profonde portée par une série de réformes et d’actions publiques structurantes. Face à une forte dépendance aux importations et à l’enjeu stratégique de la sécurité alimentaire, le gouvernement a fait du riz un pilier de sa politique agricole.
Une volonté politique affirmée
À l’avènement du nouveau régime en 2016, la production rizicole nationale peinait à couvrir la demande intérieure. Chaque année, le pays importait des volumes importants de riz, crevant la balance commerciale et exposant les ménages à la volatilité des prix internationaux. Dans ce contexte, l’État béninois a inscrit la quête de l’autosuffisance alimentaire au cœur de ses priorités agricoles, avec un objectif clair : accroître durablement la production locale de riz et renforcer toute la chaîne de valeur, de la production à la commercialisation.
Cette orientation stratégique s’est traduite par l’adoption et la mise en œuvre de la Stratégie nationale de développement de la riziculture, articulée autour de quatre axes majeurs :
l’intensification de la production, la modernisation des exploitations, la structuration des acteurs et l’amélioration de la compétitivité du riz local.
L’intensification et la modernisation de la production
L’un des leviers majeurs de la réforme a été l’amélioration des conditions de production. À travers les Agences Territoriales de Développement Agricole (ATDA), notamment l’ATDA-1 couvrant les grands bassins rizicoles du nord (Malanville, Karimama), l’État a multiplié les actions en faveur des producteurs :
subventions de semences améliorées à haut rendement, facilitation de l’accès aux engrais et intrants de qualité, diffusion de bonnes pratiques culturales,
appui à la mécanisation (moissonneuses-batteuses, repiqueuses, décortiqueuses). En parallèle, plusieurs aménagements hydro-agricoles ont été réalisés ou réhabilités afin de sécuriser la production face aux aléas climatiques et d’augmenter les superficies emblavées en riz irrigué.
La transformation et la réduction des pertes post-récolte
Conscient que la performance de la filière ne peut se limiter à la production brute, le gouvernement a engagé des réformes en faveur de la transformation locale. Le Projet de Développement Intégré des Chaînes de Valeurs Agricoles (PDI-CVA), illustre cette nouvelle approche intégrée. Le projet vise notamment à : moderniser les unités de décorticage et de conditionnement,
améliorer la qualité du riz local pour le rendre plus compétitif face au riz importé, réduire les pertes post-récolte, encore élevées dans certaines zones rurales, faciliter l’accès des producteurs et transformateurs aux marchés structurés.
Une gouvernance rénovée de la filière avec la structuration des acteurs
Pendant longtemps, la filière riz a souffert d’un manque de coordination entre producteurs, transformateurs, commerçants et pouvoirs publics. Pour corriger cette faiblesse, l’État a accompagné en 2025 la création de l’Interprofession de la filière riz du Bénin (IFRIZ-B). Cette interprofession marque un tournant dans la gouvernance sectorielle. Elle offre désormais un cadre formel de concertation, favorise la défense des intérêts des acteurs et renforce le dialogue public-privé.
À terme, elle doit contribuer à une meilleure régulation du marché, à la promotion du riz local et à la professionnalisation des métiers de la filière.
La sécurisation des revenus agricoles
Autre innovation majeure, la mise en place d’un mécanisme d’assurance agricole indicielle au profit des producteurs, notamment rizicoles.
Ce dispositif permet de protéger les exploitants contre les risques climatiques (sécheresses, inondations) qui affectent régulièrement les rendements. En sécurisant les revenus, l’assurance favorise une prise de risque productive, encourage l’investissement et renforce la résilience des exploitations familiales.
Des résultats visibles sur le terrain avec
une hausse significative de la production.
Les effets cumulés des réformes sont tangibles. Entre 2018 et 2022, la production nationale de riz paddy est passée d’environ 363 000 tonnes à plus de 531 000 tonnes. La dynamique s’est poursuivie au cours des années suivantes, avec une production estimée à plus de 700 000 tonnes en 2023, traduisant une progression constante.
Cette croissance repose à la fois sur :
l’augmentation des superficies cultivées,
l’amélioration des rendements moyens,
l’extension du riz irrigué, moins dépendant des aléas climatiques.
Une dépendance aux importations progressivement réduite
Si le Bénin demeure encore importateur net de riz, la montée en puissance de la production locale permet de freiner la croissance des importations et de renforcer la souveraineté alimentaire.
Dans plusieurs zones urbaines, la consommation de riz local gagne du terrain, portée par l’amélioration de la qualité et par des campagnes de promotion du « consommer local ».
Une filière plus professionnelle et plus attractive
L’accès accru aux équipements, aux financements et aux services d’appui a contribué à revaloriser l’activité rizicole, notamment auprès des jeunes. La filière apparaît désormais comme un secteur porteur d’emplois ruraux, tant au niveau de la production que de la transformation et de la commercialisation. Un engagement et une ambition au profit du secteur rizicole que les acteurs saluent.
« Grâce aux aménagements de bas-fonds et à la distribution de semences améliorées, nous produisons mieux qu’il y a quelques années. L’appui de l’État nous redonne confiance dans la riziculture », témoigne Moussa Bio Sika, riziculteur à Malanville.
Chez les transformateurs, le soutien décisif à la valeur ajoutée n’est plus de vaine promesse. « Les équipements reçus dans le cadre des projets agricoles nous permettent d’améliorer la qualité de notre riz étuvé. Aujourd’hui, le riz local commence à rivaliser avec le riz importé », se réjouit Aïssatou Karim, responsable d’un groupement féminin à N’Dali.
Pour les responsables de coopératives, il s’agit d’une politique qui a structuré la filière. « Les réformes engagées par le gouvernement ont renforcé l’organisation des producteurs. Avec l’encadrement technique et l’accès facilité aux intrants, nous sommes mieux préparés pour répondre à la demande nationale », affirme Sabiou Yérima, président de coopérative rizicole à Gogounou.
Pour une décennie de réformes porteuses d’espoir, entre 2016 et 2025, la filière riz au Bénin a changé de visage. D’un secteur largement dépendant de l’extérieur, elle s’oriente progressivement vers une logique de souveraineté alimentaire, fondée sur la modernisation, la professionnalisation et la gouvernance partagée. Les réformes engagées ont posé les fondations d’une filière plus résiliente, plus productive et plus inclusive. Et même si l’autosuffisance totale reste encore un objectif à consolider, la trajectoire est désormais claire : le riz béninois n’est plus seulement une alternative, mais devient peu à peu un levier stratégique du développement agricole et économique national.
La Rédaction




