SALON EXPO AVICOLE BÉNIN 2026: Youssouph Dieme dévoile les stratégies pour faire de l’aviculture un moteur d’emplois

En marge du Salon Expo Avicole du Bénin, organisé du 25 au 27 juin 2026, le Directeur général de la Société de Développement des Fermes Avicoles du Bénin (Sodefa), Youssouph Dieme, est intervenu lors d’un panel très enrichissant.
Au cours de l’entretien qu’il a bien voulu accordé aux médias, il expose les rouages pour faire de l’aviculture un puissant levier de création d’emplois et de richesses. Formation des jeunes, fermes-écoles, infrastructures modernes, développement de la chaîne de valeur et accompagnement des entrepreneurs : il détaille les ambitions de la Sodefa pour faire de l’aviculture un secteur stratégique du développement économique du Bénin à l’horizon 2030.
Journaliste : Vous avez participé à un panel consacré à la jeunesse et à l’emploi. Quel était le thème de cette rencontre et quels en sont les principaux enseignements ?
Youssouph Dieme : Le thème était : « Jeunesse face à l’emploi : ce que l’agriculture peut apporter aux jeunes ».
Le principal enseignement est que le Bénin est un pays majoritairement jeune. Plus de 70 % de la population est constituée de jeunes. Ce sont eux qui construiront le Bénin de demain. Lorsque les autorités parlent du Bénin à l’horizon 2030, c’est avant tout à cette jeunesse qu’elles s’adressent. Notre mission est donc de lui montrer que l’agriculture, et particulièrement l’aviculture, offre aujourd’hui de véritables perspectives d’emploi.
Quelles sont les opportunités déjà offertes aux jeunes ?
Nous n’avons pas attendu la mise en service des infrastructures pour agir. Dix-huit jeunes Béninois, dont huit femmes et dix hommes, ont déjà été envoyés au Sénégal pour une formation de six mois. À leur retour, ils intégreront directement notre dispositif.
Notre ambition est également de créer douze fermes-écoles réparties sur l’ensemble du territoire national. Le centre de Sèmè sera transformé en un pôle d’excellence capable de former des compétences béninoises et d’accueillir des apprenants venus d’autres pays.
Les jeunes y bénéficieront gratuitement d’une formation de qualité, d’un accompagnement technique et des compétences nécessaires pour intégrer le marché de l’emploi ou créer leur propre exploitation.
Pourquoi estimez-vous que le Bénin dispose des atouts nécessaires pour réussir cette transformation de la filière avicole ?
Le Bénin possède d’importants atouts. En aviculture, plus de 70 % du coût de production est lié à l’alimentation des volailles. Or, notre pays produit du maïs, du coton et, désormais, du soja en quantité.
Le soja est une protéine de grande qualité très recherchée à l’international. Nos partenaires marocains eux-mêmes en importent. Cette disponibilité locale des matières premières nous permet de produire des aliments pour volailles à moindre coût, ce qui constitue un avantage compétitif considérable.
Vous insistez aussi sur la nécessité de produire localement les poussins. Pourquoi ?
Aujourd’hui, une grande partie des poussins est encore importée. Nous allons installer des élevages de reproducteurs afin de produire localement nos poussins.
Notre objectif est de ramener le prix du poussin à moins de 500 Fcfa, contre 900 à 1 200 Fcfa actuellement pour les poussins importés.
Je prends souvent un exemple : un poussin de chair importé, âgé d’à peine onze jours, coûte déjà plus cher qu’un kilogramme de poulet entièrement produit au Brésil. Dans ces conditions, il est difficile d’être compétitif. Nous devons réduire nos coûts de production afin que le poulet soit accessible à toutes les familles béninoises.
Cette baisse des coûts permettra-t-elle aussi d’améliorer la consommation des produits avicoles ?
Tout à fait. Aujourd’hui, un Béninois consomme en moyenne seulement 27 œufs par an, contre près de 192 au Maroc.
Cet écart montre le potentiel de croissance de notre marché. En produisant davantage et à moindre coût, nous rendrons les produits avicoles plus accessibles.
Cela contribuera aussi à renforcer la sécurité alimentaire et la qualité de la nutrition.
Vous avez annoncé d’importants investissements. Pouvez-vous nous en dire davantage sur les infrastructures qui seront mises en place et leurs objectifs ?
Les investissements prévus sont majeurs. Nous construirons un abattoir moderne capable de traiter 3 000 poulets par heure, soit plus de 30 000 par jour.
Nous mettrons également en place un couvoir d’une capacité annuelle de 15 millions de poussins de chair. Un second couvoir, destiné aux pondeuses, produira environ trois millions de poussins par an grâce à un cheptel de 30 000 reproducteurs.
À lui seul, ce volume dépasse l’effectif actuel des pondeuses du pays, qui reste inférieur à deux millions. Ce ne sont que les premières étapes d’un projet beaucoup plus ambitieux.
Au-delà de ces infrastructures, quelles opportunités économiques cette stratégie ouvrira-t-elle aux jeunes et aux autres acteurs de la filière ?
Les opportunités sont nombreuses. Les jeunes pourront intégrer nos centres de formation, bénéficier gratuitement des enseignements et d’un accompagnement technique.
Ceux qui disposent déjà d’un capital pourront créer leur propre exploitation, même de taille modeste. Une ferme de 5 000 pondeuses peut être rentable.
La SODEFA mettra également en place un réseau moderne de commercialisation capable d’acheter leur production. Les producteurs pourront ainsi se consacrer pleinement à leur activité sans craindre les difficultés d’écoulement.
Par ailleurs, l’aviculture ne se limite pas à l’élevage. Elle créera des emplois dans la distribution, la commercialisation, la logistique, la transformation, le transport et la restauration. Certains jeunes deviendront distributeurs, d’autres ouvriront des points de vente ou des restaurants spécialisés. Notre ambition est de bâtir une véritable chaîne de valeur où chaque acteur trouvera sa place.
Au-delà de l’aviculture, quelles retombées ce projet aura-t-il sur les autres filières agricoles et sur l’économie nationale ?
L’aviculture profitera à de nombreux autres secteurs.
La fiente de volaille constitue un excellent engrais organique pour les cultures. Les producteurs de maïs bénéficieront également d’un marché plus important puisque cette céréale entre dans la fabrication des aliments pour volailles.
Avec de meilleures semences et des rendements plus élevés, davantage de jeunes pourront vivre de l’agriculture dans leurs communes. Nous voulons créer des emplois en milieu rural afin de réduire l’exode vers les villes.
Cette dynamique contribuera également à renforcer la souveraineté alimentaire, à développer les industries de transformation et à stimuler l’économie nationale.
Quel conseil souhaitez-vous adresser aux jeunes Béninois qui hésitent encore à se lancer dans l’agriculture et particulièrement dans l’aviculture ?
Je voudrais leur dire d’avoir confiance en l’avenir et de croire en leur potentiel. Je les invite à saisir les opportunités qui s’offrent à eux aujourd’hui.
Le chef de l’État et l’ensemble du gouvernement ont fixé une vision claire pour le Bénin à l’horizon 2030. Chacun doit apporter sa pierre à l’édifice.
Transcription, Nadjahatou BAGUIRI




