FILIÈRE PALMIER À HUILE AU BÉNIN : De la production à la transformation, Eugène Hounton partage son expérience

Au Bénin, le palmier à huile constitue une importante source de revenus pour de nombreux producteurs, notamment dans le sud du pays. De la sélection des plants à la récolte et à la transformation, cette culture demande des investissements et un suivi régulier. À Akadja, dans l’arrondissement de Banigbé, commune d’Ifangni, Eugène Hounton, instituteur à la retraite et producteur de palmiers à huile, partage son expérience. Dans cet entretien, il revient sur les différentes étapes de la production, les difficultés rencontrées et les mesures nécessaires pour améliorer la filière.
Journaliste : Pourquoi avez-vous choisi pour culture le palmier à huile ?
Eugène Hounton J’ai choisi comme culture le palmier à huile parce que le palmier à huile donne de bons rendements. Quand vous faites des palmiers à huile, on est sûr de trouver quelque chose, surtout quand on est à la retraite. C’est une culture qui soulage beaucoup grâce à ses rendements.
Comment opérer le choix des plants de palmier à huile pour obtenir une bonne production ?
On distingue plusieurs types de palmiers à huile. Le choix des meilleurs plants nécessite une attention particulière. On ne peut pas choisir n’importe quel plant ni acheter n’importe quel jeune palmier. Pour avoir de bons plants, il faut s’adresser à des pépiniéristes agréés. Ce sont eux qui connaissent les plants susceptibles de donner de bons résultats.
Il existe notamment une qualité appelée « Tenera ». C’est cette variété qui donne beaucoup de fruits et surtout une bonne quantité d’huile. C’est celle que j’utilise le plus souvent et que j’ai choisie pour ma plantation. Certes, ces plants coûtent un peu plus cher. Mais lorsqu’on veut obtenir une bonne production de palmier à huile, il ne faut pas chercher à éviter le prix. Il faut accepter d’investir dans la qualité.
Quels sont les types de sols qui conviennent aux plantations de palmier à huile ?
On constate au Bénin que les palmiers à huile ne peuvent pas être plantés sur tous les types de sols. Cela s’explique par la diversité des sols et par la capacité limitée des palmiers à s’adapter à certains d’entre eux.
Les palmiers supportent généralement les sols riches, notamment les sols argileux et les sols hydromorphes. Mais chez nous, à Ifangni, on ne trouve pas de sols hydromorphes. Ce type de sol se retrouve notamment du côté de Pobè.
Quels sont les modes de plantation du palmier à huile ?
Avant de procéder à la plantation du palmier à huile, il faut d’abord disposer d’un terrain et le débroussailler. Ensuite, on procède au piquetage. Cette étape consiste à déterminer les emplacements des futurs palmiers et à respecter les distances nécessaires entre les plants.
Pour un hectare, il faut normalement planter 148 pieds. Mais si le producteur souhaite associer d’autres cultures au palmier à huile, il peut réduire le nombre de plants à environ 100 pieds, en respectant une distance de 10 mètres entre deux palmiers. Cela permet de pratiquer d’autres cultures dans le champ, notamment le manioc.
Après le piquetage, on creuse un trou d’environ 50 centimètres à côté du piquet. La terre extraite est mise de côté. Au moment de la plantation, on coupe la partie inférieure du sachet qui contient le jeune plant et son substrat. On verse le contenu de cette partie dans le trou, puis une partie de la terre extraite lors du creusage.
On dépose ensuite le jeune plant dans le trou et on commence à le refermer avec la terre. Au fur et à mesure, on retire progressivement le sachet par le haut, puisque sa partie inférieure a déjà été coupée. On tasse ensuite la terre autour du plant. Enfin, on accroche le sachet retiré au bout du piquet.
Les palmiers à huile peuvent-ils être associés à d’autres cultures ?
Normalement, les palmiers ne doivent pas être trop proches des autres cultures. Ils ont besoin de puiser des éléments nutritifs dans le sol, ce qui peut se faire au détriment des autres cultures lorsqu’elles sont trop proches.
Cette situation est surtout visible lorsque les palmiers commencent à se développer. À mesure qu’ils grandissent, ils prennent davantage d’espace et peuvent empêcher les autres cultures de bien évoluer. Environ sept ans après leur plantation, les cultures associées ne se développent plus correctement.
Les racines du palmier à huile constituent également un problème pour les autres cultures. Elles peuvent s’étendre sur une superficie importante, parfois jusqu’à une distance comparable à l’envergure des branches. Elles concurrencent ainsi les autres cultures pour les éléments nutritifs et l’espace disponible.
Quels sont les entretiens de base nécessaires au bon développement du palmier à huile ?
Les palmiers ont besoin d’un entretien régulier pour bien évoluer. Il ne faut pas laisser les herbes envahir les plants, car elles peuvent les étouffer. Après la plantation, il faut régulièrement se rendre au champ pour suivre leur évolution.
Il faut également enlever certaines feuilles ou branches lorsqu’elles sont nécessaires à supprimer pour favoriser le développement du palmier. Le champ doit être débroussaillé chaque année.
Il faut aussi apporter des engrais, notamment de l’urée et de la kiesérite. Pour les palmiers sélectionnés âgés d’un ou deux ans, on peut utiliser environ un kilogramme d’urée pour quatre plants. La kiesérite permet également d’améliorer le rendement et la production d’huile.
Pour appliquer l’engrais, il faut creuser un cercle autour du palmier, à environ deux ou trois mètres du pied. L’engrais est ensuite répandu dans cette tranchée, qui doit être refermée afin d’éviter qu’il ne soit emporté par le vent.
Depuis quelques années, je préfère toutefois utiliser les tourteaux de palmiste, parce que les engrais chimiques contiennent de l’acide.
Quelles sont les conséquences d’un mauvais entretien des palmiers ?
Pour toute culture, l’entretien est primordial. Lorsqu’un champ n’est pas bien entretenu, les rendements ne peuvent pas être bons. Il faut donc régulièrement sarcler et débroussailler le champ afin d’éviter que les herbes n’envahissent les palmiers.
Quelles sont les principales difficultés liées à l’entretien des plantations ?
Les difficultés sont nombreuses. Les producteurs de palmier à huile doivent généralement prendre eux-mêmes en charge les dépenses liées à l’entretien de leurs plantations, ce qui n’est pas facile.
Nous manquons de moyens financiers pour entretenir correctement les palmiers. La main-d’œuvre coûte également très cher. Les tracteurs sont rares dans le Sud, contrairement à certaines régions du Nord. Il est donc difficile de trouver des personnes pour nous aider à débroussailler les champs.
Le manque de financement constitue un véritable problème. Nous n’avons pas toujours les moyens de réaliser des plantations de palmiers sélectionnés comme nous le souhaitons. Nous rencontrons également des difficultés pour nous approvisionner en engrais, notamment lorsque les frontières sont fermées.
Comment certaines actions de l’homme peuvent-elles influencer négativement les palmiers ?
Certaines pratiques humaines constituent un handicap pour les plantations. Dans certaines zones, les populations ne font pas toujours la différence entre les palmiers naturels et les palmiers sélectionnés.
Certaines femmes utilisent de longs bâtons pour faire tomber les noix afin de les vendre. D’autres arrachent de jeunes plants de palmier pour les replanter dans leurs propres champs. Il y en a également qui coupent les feuilles ou les branches des palmiers pour fabriquer des balais.
Ces pratiques peuvent endommager les palmiers et, par conséquent, réduire leur capacité à produire de bons rendements.
Comment se déroule la récolte du palmier à huile ?
La récolte se fait en plusieurs étapes. Lorsque les palmiers sont encore jeunes et suffisamment accessibles, le propriétaire peut effectuer lui-même la récolte depuis le sol. Mais lorsque les palmiers grandissent, il faut faire appel à des grimpeurs expérimentés pour récolter les régimes.
Avant, on payait environ 100 francs CFA par palmier. Aujourd’hui, les grimpeurs demandent 150 francs CFA par palmier. Même lorsqu’ils montent sur un palmier et ne trouvent qu’un seul régime, ils prennent les 150 francs CFA. Et s’ils en trouvent plusieurs, le tarif reste lié au nombre de palmiers récoltés.
Après la récolte, vient l’étape du ramassage. Des femmes passent sous les palmiers pour ramasser les régimes tombés et les regrouper à un endroit donné. Lorsque le lieu d’extraction est éloigné, il faut faire appel à un tricycle ou à un véhicule pour transporter les régimes jusqu’au lieu de transformation.
Transformez vous-même vos récoltes ou préférez-vous les vendre ? Comment se passent la vente et la transformation ?
Je vends une partie de mes récoltes et je transforme l’autre partie. La vente des régimes se fait généralement par mesure, chaque mesure ayant son prix.
Pour la transformation, il faut d’abord réunir les noix. Elles sont ensuite lavées et mises à cuire dans un grand récipient. Après la cuisson, les noix sont retirées de l’eau et confiées à une personne qui se charge de les écraser.
La pâte obtenue est ensuite versée dans une petite citerne. À l’aide d’une passoire, les femmes séparent l’huile mélangée à l’eau des fibres et des autres déchets. Le mélange d’huile et d’eau est ensuite remis au feu. Après plusieurs heures de cuisson, l’huile se sépare de l’eau et remonte à la surface. On peut alors la recueillir.
Quels bénéfices tirez-vous de votre plantation de palmier à huile ?
On en tire assez de bénéfices. Les revenus issus de la plantation nous permettent notamment d’envoyer facilement les enfants à l’école. Ils nous permettent de leur donner de l’argent pour le petit-déjeuner, d’acheter leurs fournitures scolaires et de prendre en charge leurs autres besoins.
Quelles sont vos suggestions à l’endroit de l’État pour améliorer la filière palmier à huile ?
En ce qui nous concerne, l’État doit tout faire pour encourager les producteurs de palmier à huile en leur facilitant l’accès aux financements nécessaires à leurs activités.
Il doit également permettre aux producteurs d’avoir accès aux engrais afin d’améliorer les rendements. L’État doit enfin faciliter l’acquisition des machines et des équipements nécessaires à la production et à la transformation.
Quels conseils donnez-vous à ceux qui souhaitent se lancer dans la plantation de palmier à huile ?
La filière palmier à huile est une bonne filière lorsqu’on s’y investit réellement. Pour les palmiers sélectionnés, il ne faut surtout pas négliger l’entretien. Il faut régulièrement aller au champ pour vérifier leur état et voir ce qu’il faut faire pour assurer leur bon développement.
Il ne faut pas laisser les herbes envahir la plantation. Il faut bien entretenir les palmiers. C’est la principale condition pour obtenir de bons résultats.
Arsène Hounton (Stg)



