ZOOM : À la découverte de l’École d’Aquaculture de l’Université Nationale d’Agriculture du Bénin

À Adjohoun, spécifiquement dans l’arrondissement de Dakwar, l’école Nationale d’aquaculture se trouve au centre du département de l’Ouémé, à environ 32 km au nord de Porto-Novo et 65 km de Cotonou. Entre plans d’eau et bas-fonds fertiles, elle se dessine une autre manière de faire l’agriculture. Ici, l’eau n’est plus seulement une ressource naturelle : elle devient un véritable outil de production, un levier de formation et une source d’opportunités pour la jeunesse. À l’École d’Aquaculture de l’Université Nationale d’Agriculture, les étudiants apprennent à produire du poisson, mais surtout à bâtir un secteur stratégique encore en pleine structuration au Bénin.
Créée en 2013, dans le cadre de la mise en place de l’Université Nationale d’Agriculture, l’École d’Aquaculture est née d’un constat clair : malgré un potentiel hydrique important, le Bénin reste fortement dépendant des importations de poissons. Face à une consommation en constante augmentation, il devenait urgent de former des compétences locales capables de développer une aquaculture moderne, performante et durable. L’école ouvre ainsi ses portes dès l’année académique 2013-2014, avec une ambition bien définie : professionnaliser la pisciculture et en faire un véritable moteur de croissance économique.
À la tête de l’établissement, Darius Tossavi impulse cette dynamique en mettant l’accent sur une formation pratique, en phase avec les réalités du terrain. L’objectif est de former des profils immédiatement opérationnels, capables de s’insérer dans le tissu économique ou de créer leurs propres entreprises. Dans cette vision, l’école ne forme pas seulement des techniciens, elle forme des acteurs du changement, capables d’innover et de s’adapter aux évolutions du secteur.
Dès l’entrée dans l’enceinte, le décor parle de lui-même. Les bassins d’élevage s’alignent, les étudiants s’activent, les manipulations s’enchaînent. Ici, la théorie se vit. Les apprenants observent les poissons, contrôlent la qualité de l’eau, testent des techniques d’élevage. Chaque geste compte, chaque détail est analysé. L’apprentissage est concret, immersif, résolument tourné vers la pratique.
Au cœur de cette formation, plusieurs options structurantes permettent aux étudiants de se spécialiser et de construire un véritable projet professionnel.
Première option, la production aquacole, véritable socle de la formation. Les étudiants y plongent dans le cycle complet de l’élevage des poissons. De la reproduction à l’alevinage, en passant par la gestion des bassins et le suivi de la croissance, ils apprennent à maîtriser chaque étape. Qualité de l’eau, densité de peuplement, alimentation, santé des poissons : tout est étudié avec précision. Cette option forme des techniciens capables de conduire des exploitations modernes et performantes, capables de répondre aux exigences du marché.
Mais produire du poisson ne suffit pas. Encore faut-il bien nourrir pour bien produire. L’option nutrition et alimentation des poissons vient répondre à cet enjeu majeur. Les étudiants y découvrent les besoins nutritionnels des espèces aquatiques et s’initient à la formulation d’aliments. Dans un contexte où l’alimentation représente la plus grande part des coûts de production, cette spécialisation ouvre la voie à des solutions locales innovantes. Sous-produits agricoles, farines alternatives, insectes : autant de pistes explorées pour réduire les charges et améliorer la rentabilité des exploitations.
Autre option clé, la gestion et économie des exploitations aquacoles. Ici, l’étudiant change de posture. Il devient entrepreneur, gestionnaire, décideur. Comptabilité, planification, analyse de rentabilité, montage de projets : cette formation permet de transformer une activité de production en véritable entreprise. L’objectif est clair : faire émerger une génération de jeunes capables de créer de la richesse à partir de la pisciculture et de structurer une filière encore en plein développement. Dans un contexte de plus en plus marqué par les changements climatiques, l’option gestion des ressources aquatiques et environnement prend toute son importance. Les étudiants y apprennent à concilier production et préservation des écosystèmes. Qualité de l’eau, gestion durable des ressources, impacts environnementaux : cette spécialisation prépare des professionnels conscients des enjeux écologiques et capables de proposer des solutions durables adaptées aux réalités locales.
À travers ces différentes options, un même fil conducteur : la pratique. Les étudiants passent une grande partie de leur temps dans les bassins expérimentaux. Ils testent, observent, ajustent. Cette immersion leur permet de développer des compétences concrètes, directement mobilisables sur le terrain. À la sortie, ils ne découvrent pas le métier, ils le maîtrisent déjà, ce qui constitue un avantage considérable sur le marché de l’emploi.
Mais l’École d’Aquaculture ne se limite pas à la formation. Elle est aussi un espace d’innovation. Dans les laboratoires, enseignants et étudiants travaillent ensemble pour améliorer les techniques d’élevage et proposer des solutions adaptées aux réalités locales. Production d’aliments à base de ressources locales, utilisation de larves d’insectes, amélioration des performances des élevages : les initiatives se multiplient et traduisent une volonté claire d’adapter la pisciculture aux contraintes du contexte béninois. Sur le terrain, les échanges avec les pisciculteurs renforcent encore cette dynamique. Les étudiants vont à leur rencontre, observent leurs pratiques, identifient leurs contraintes. Manque d’aliments, coûts élevés, difficultés de gestion, problèmes sanitaires : ces réalités alimentent les réflexions et orientent les solutions proposées. Cette interaction permanente entre formation et terrain donne tout son sens à l’approche pédagogique de l’école.
Au fil des années, l’établissement s’est imposé comme un véritable carrefour d’échanges. Des journées scientifiques, des ateliers techniques et des rencontres professionnelles y sont régulièrement organisés. Ces cadres permettent de partager les expériences, de valoriser les innovations et de renforcer les liens entre les différents acteurs de la filière aquacole. Cette montée en puissance s’inscrit dans une vision plus large : celle de construire une véritable économie bleue au Bénin. Dans un pays où les ressources en eau sont importantes mais encore insuffisamment valorisées, la pisciculture représente une opportunité stratégique. Elle permet non seulement de produire localement, mais aussi de créer des emplois, de générer des revenus et de renforcer la résilience des systèmes alimentaires.
Pour les jeunes, les perspectives sont nombreuses. Production de poissons, fabrication d’aliments, production d’alevins, transformation et commercialisation : la filière offre un large éventail d’opportunités. L’auto-emploi devient une réalité accessible, portée par des compétences concrètes et une formation adaptée aux besoins du marché. Dans les bassins d’Adjohoun, les ambitions prennent forme. Certains étudiants se projettent déjà comme chefs d’exploitation. D’autres envisagent des projets innovants dans la transformation ou la distribution des produits halieutiques. Tous partagent une même conviction : la pisciculture peut être un levier de réussite et d’autonomisation.
Plus d’une décennie après sa création, l’École d’Aquaculture de l’Université Nationale d’Agriculture s’impose comme un maillon essentiel de la transformation agricole du Bénin. Elle forme, elle innove, elle inspire et elle accompagne une dynamique de professionnalisation du secteur halieutique. Et dans un contexte où les défis alimentaires restent importants, elle apporte une réponse concrète et durable : former aujourd’hui les pisciculteurs de demain, pour garantir demain une production locale capable de nourrir les populations et de soutenir l’économie nationale.
Nadjahatou BAGUIRI




