ZOOM : À LA DÉCOUVERTE DE LA FÉDÉRATION NATIONALE DES AGRICULTEURS BIOLOGIQUE AU BÉNIN (FENAB)

Dans un contexte marqué par la dégradation des sols, la montée des préoccupations sanitaires liées à l’alimentation et la recherche de modèles agricoles durables, l’agriculture biologique s’impose progressivement comme une alternative crédible au Bénin. Longtemps pratiquée de manière isolée par des producteurs engagés, cette forme d’agriculture amorce aujourd’hui une nouvelle phase de structuration à travers la mise en place de la Fédération nationale des agriculteurs biologiques (FENAB). Portée par une volonté collective de mieux s’organiser, de répondre aux exigences du marché et de renforcer la crédibilité du secteur, cette jeune organisation entend jouer un rôle central dans la transformation des systèmes agricoles.
Créée officiellement en décembre 2025, la FENAB est le fruit d’un processus engagé depuis plusieurs années. Derrière sa naissance se cache un constat partagé par les acteurs du bio : l’impossibilité de réussir durablement dans la dispersion. « La production biologique n’est pas comme les autres productions », souligne son coordonnateur, Eugène Koussouma. Elle exige le respect de normes strictes, notamment en matière de traçabilité, de pratiques culturales et de certification, qui ne peuvent être efficacement appliquées sans un minimum d’organisation collective.
Avant la création de la fédération, de nombreux producteurs évoluaient de manière individuelle, avec des moyens limités et des objectifs parfois divergents. Cette situation a rapidement montré ses limites, notamment dans le cadre des processus de certification biologique, qui se font généralement en groupe. L’absence de coordination, le manque d’informations et certaines pratiques non conformes ont parfois compromis les efforts collectifs. « On ne saurait aller de façon dispersée réussir ce challenge », explique le coordonnateur. La nécessité de créer un cadre formel, capable de fédérer les acteurs et d’instaurer la confiance, s’est alors imposée comme une évidence.
La FENAB se positionne ainsi comme une structure de référence pour l’ensemble des producteurs engagés dans l’agriculture biologique. Sa première mission est de rassembler, organiser et représenter les acteurs du secteur. Elle vise à créer une synergie entre les producteurs, à harmoniser les pratiques et à garantir le respect des cahiers de charges propres au bio. En fédérant les initiatives, la structure contribue à renforcer la crédibilité des producteurs auprès des partenaires techniques et financiers, mais aussi des acheteurs.
Au-delà de son rôle fédérateur, la FENAB assure un accompagnement technique de proximité. Consciente de la complexité des exigences liées à la production biologique, elle met en place des dispositifs d’encadrement pour appuyer les producteurs sur le terrain. Des agents sont recrutés, formés par des experts, puis déployés dans les différentes zones d’intervention pour assurer un suivi régulier. Cette approche permet de renforcer les capacités des producteurs et de garantir la conformité des pratiques agricoles. « La répétition est pédagogique », rappelle Eugène Koussouma, insistant sur l’importance d’un encadrement continu.
La fédération joue également un rôle clé dans l’organisation de la commercialisation. Dans un système où la certification et la vente se font en groupe, elle centralise les opérations de collecte, de stockage et de mise en marché des produits. Elle assure les négociations avec les acheteurs, recherche les débouchés et veille à l’obtention de prix rémunérateurs pour les producteurs. Cette mutualisation des efforts permet de mieux positionner les produits biologiques béninois sur les marchés et d’améliorer les revenus des acteurs.
Un autre axe d’intervention de la FENAB concerne la mise à disposition des intrants, notamment les semences. Dans le domaine du bio, la question de la traçabilité est essentielle, et l’utilisation de semences conformes constitue une exigence incontournable. Cependant, le Bénin ne dispose pas encore d’un système structuré de production de semences biologiques certifiées. Face à cette contrainte, la fédération recourt à une solution transitoire consistant à utiliser des produits certifiés comme semences. « Ce n’est pas l’idéal, mais c’est ce que nous faisons à défaut », reconnaît le coordonnateur.
Cette situation illustre l’un des principaux défis auxquels la FENAB est confrontée. La mise en place d’un système de production de semences biologiques certifiées représente un enjeu majeur, mais complexe. Elle nécessite des investissements importants, des compétences techniques spécifiques et un cadre réglementaire adapté. La fédération envisage de se rapprocher des structures compétentes afin de progresser sur cette question stratégique.
Au-delà des défis techniques, la FENAB doit également faire face à des contraintes organisationnelles. Présente dans plusieurs départements du pays, notamment le Borgou, l’Alibori, la Donga, l’Atacora et les Collines, elle intervient dans des zones où les producteurs sont souvent dispersés et confrontés à des réalités socioculturelles variées. Cette diversité complique la coordination des activités et nécessite des efforts constants de sensibilisation et de mobilisation.
L’agriculture biologique étant encore en phase de développement au Bénin, tous les producteurs ne perçoivent pas encore pleinement ses avantages. La FENAB s’attèle donc à promouvoir les bénéfices du bio, tant sur le plan sanitaire qu’environnemental et économique. En réduisant l’utilisation des intrants chimiques, cette forme d’agriculture contribue à préserver la santé des producteurs et des consommateurs. Elle participe également à la restauration des sols et à la protection des ressources naturelles, des enjeux cruciaux dans un contexte de changements climatiques.
Sur le plan économique, les produits biologiques bénéficient d’une demande croissante, notamment sur les marchés internationaux, où ils sont souvent mieux valorisés. Cette opportunité représente un levier important pour améliorer les revenus des producteurs, à condition de respecter les exigences de qualité et de certification. C’est dans cette optique que la FENAB intensifie ses actions de structuration et de professionnalisation du secteur.
Actuellement, la fédération concentre ses activités sur deux filières principales : le soja et le karité. Ces spéculations ont été choisies en raison de leur potentiel économique et de leur présence dans les zones d’intervention. Toutefois, la FENAB nourrit des ambitions plus larges. Elle envisage d’étendre progressivement ses activités à d’autres cultures, notamment les produits maraîchers, très présents dans l’alimentation quotidienne des populations.
« Produire du gombo, de la tomate ou d’autres légumes en bio, c’est un de nos rêves », confie Eugène Koussouma. Une telle évolution permettrait non seulement de diversifier l’offre, mais aussi d’améliorer la qualité nutritionnelle des aliments consommés localement. Elle contribuerait également à renforcer la souveraineté alimentaire en réduisant la dépendance aux produits importés.
À plus long terme, la vision de la FENAB est ambitieuse : faire du Bénin un pôle de référence en matière de production biologique en Afrique de l’Ouest. Cette ambition repose sur la conviction que le pays dispose d’atouts importants, notamment des terres encore relativement préservées et un potentiel humain engagé. En structurant le secteur et en renforçant les capacités des acteurs, la fédération espère positionner le Bénin comme un leader régional du bio.
Dans cette dynamique, l’implication des jeunes et des femmes apparaît comme un levier essentiel. La FENAB encourage leur participation active, en les incitant à s’engager dans des activités agricoles innovantes et durables. Elle leur adresse également des conseils pratiques pour réussir dans ce secteur exigeant. « C’est un domaine de rigueur », insiste le coordonnateur, rappelant l’importance du respect des normes et de la discipline.
Se lancer dans l’agriculture biologique nécessite en effet des investissements, notamment pour la certification, qui reste coûteuse et dépend encore de structures étrangères. Malgré ces contraintes, les perspectives offertes par le bio sont réelles, à condition de faire preuve de sérieux et de persévérance. La fédération encourage ainsi les porteurs de projets à s’organiser, à rechercher des partenariats et à se positionner sur des niches porteuses.
À travers ses actions, la FENAB s’affirme progressivement comme un acteur structurant de l’agriculture biologique au Bénin. Encore en phase de consolidation, elle incarne une dynamique collective porteuse d’espoir pour un secteur en pleine émergence. En misant sur l’organisation, la formation et la solidarité, elle contribue à poser les bases d’une agriculture plus saine, plus durable et plus équitable.
Dans un environnement marqué par de nombreux défis, la fédération trace ainsi les contours d’un modèle agricole résilient, capable de concilier performance économique, préservation de l’environnement et bien-être des populations. Une ambition qui, au-delà des discours, se construit progressivement sur le terrain, au plus près des producteurs.
Nadjahatou BAGUIRI




