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ZOOM : INRAB, la recherche agricole ou rien

ZOOM : INRAB, la recherche agricole ou rien

Au Bénin, l’amélioration des rendements agricoles, l’adaptation aux changements climatiques et la disponibilité de semences performantes reposent aussi sur les avancées de la recherche scientifique. Derrière les variétés cultivées par les producteurs et les techniques développées pour améliorer les productions, des chercheurs travaillent à identifier des solutions adaptées aux réalités du pays. Créé en 1992, l’Institut national des recherches agricoles du Bénin (INRAB) occupe une place centrale dans cette démarche. Ses travaux couvrent plusieurs filières végétales, animales et halieutiques, avec pour objectif de produire des connaissances et des innovations utiles au monde rural.

Créé par le décret n° 92-182 du 6 juillet 1992, l’INRAB est un établissement public à caractère scientifique placé sous la tutelle du ministère chargé de l’Agriculture. Il est chargé de mettre en œuvre la politique nationale de recherche agricole, mais aussi de coordonner les activités du Système national de recherche agricole. Ses missions ne se limitent donc pas à conduire des expérimentations. L’institut doit également diffuser les résultats obtenus, faciliter leur transfert vers les utilisateurs et contribuer à la formation des ressources humaines dans le domaine agricole. Ses statuts ont été révisés en 2019 afin de tenir compte de l’évolution de ses missions et de son organisation.

Pour mener ses activités, l’institut s’appuie sur un réseau de neuf centres de recherche répartis entre structures nationale, régionales et spécialisées. Le Centre de recherche agricole d’Agonkanmey constitue le centre national. Quatre centres régionaux couvrent les zones Centre, Nord-Ouest, Nord-Est et Sud. À ces structures s’ajoutent des centres spécialisés dans l’horticulture, la production animale et halieutique, le coton et les fibres, ainsi que les plantes pérennes. Cette organisation permet de conduire des travaux en tenant compte des caractéristiques agroécologiques des différentes régions et des besoins propres aux filières. L’INRAB indique disposer de 36 chercheurs de différents grades et spécialités.

Les recherches couvrent un large éventail de productions. Les céréales, les légumineuses et les oléagineux occupent une place importante, tout comme les cultures pérennes, l’anacarde, l’horticulture et la transformation agricole. L’institut intervient également dans la pisciculture, les productions animales et les produits forestiers non ligneux.

Les travaux de recherche peuvent ainsi porter sur la sélection de variétés végétales, l’amélioration des systèmes de production, la conservation des récoltes ou encore la transformation des produits agricoles. Le défi consiste à proposer des solutions qui tiennent compte à la fois des performances agronomiques, des conditions climatiques, des pratiques des producteurs et des exigences du marché.

L’institut a notamment participé à la production et à la diffusion de technologies agricoles destinées à plusieurs maillons des filières. Un recueil publié par le système national de recherche agricole en 2020 a rassemblé des innovations relatives à la production végétale, animale et halieutique, mais aussi au stockage, à la conservation, à la transformation et à la commercialisation. Ce travail visait à rendre plus accessibles aux utilisateurs des technologies qui existaient déjà, mais dont les informations n’étaient pas toujours facilement disponibles.

L’enjeu est important pour les exploitations familiales, qui doivent faire face à des contraintes de productivité, de conservation et de valorisation des récoltes. Les résultats scientifiques n’ont d’utilité économique que s’ils peuvent être compris, testés puis utilisés dans les exploitations. C’est pourquoi la diffusion des innovations représente une composante essentielle des missions de l’INRAB, au même titre que leur conception.

Pour structurer ses interventions, l’institut a également mis en œuvre le Programme national de recherche agricole (PNRA), qui prévoyait 18 projets-cadres consacrés aux contraintes rencontrées par différentes chaînes de valeur. Le programme, accompagné d’un programme spécial d’investissement destiné à renforcer les infrastructures, les équipements et le matériel de recherche, couvrait notamment le maïs, le riz, les cultures maraîchères, l’anacarde, l’ananas, le coton et le palmier à huile. Il intégrait aussi des projets consacrés à la production de semences, à la conservation des produits végétaux, à la qualité nutritionnelle des aliments et aux productions animales et halieutiques. Le coût global annoncé pour ces 18 projets était de 27,883 milliards de francs CFA. La période de mise en œuvre initialement indiquée allait de 2018 à 2022.

Plus récemment, la recherche s’est poursuivie à travers des projets ciblant des filières et des besoins spécifiques. Le projet FISeLAE, consacré à l’appui aux filières et aux semences de légumineuses pour la transition agroécologique, a été lancé en septembre 2024. Financé par le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères, il est mis en œuvre par le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD), avec l’INRAB, l’Institut de recherche sur le coton, l’Association nationale des femmes agricultrices du Bénin et l’Union nationale des coopératives de producteurs de soja parmi ses partenaires. Il vise à renforcer le système semencier des légumineuses et à promouvoir des pratiques agroécologiques, en intervenant de la sélection variétale à la commercialisation.

Les essais sur le blé menés en 2026 illustrent également cette volonté d’explorer de nouvelles possibilités de production. En partenariat avec le programme Technologies for African Agricultural Transformation (TAAT), le ministère chargé de l’Agriculture et l’Université de Parakou, l’INRAB a participé à des essais portant sur deux variétés de blé homologuées, développées par l’Institut de recherche du lac Tchad et déjà cultivées au Nigeria. Les premières observations, présentées en mars 2026, ont été jugées encourageantes au regard du développement des plants et de leur potentiel d’adaptation aux conditions locales.

Au-delà des projets, la question de l’organisation du travail scientifique est également déterminante. En mars 2026, les acteurs du système national de recherche agricole se sont réunis à Abomey-Calavi dans le cadre des assises du Comité régional de recherche et développement. La rencontre visait à examiner les acquis scientifiques et à mieux orienter les travaux vers les préoccupations des producteurs, des éleveurs et des pêcheurs.

La question de l’adoption reste cependant centrale. Produire une variété améliorée ou mettre au point une technique ne garantit pas son utilisation par les producteurs. L’accès aux semences, le coût des intrants, la disponibilité des équipements, les besoins en main-d’œuvre et les débouchés commerciaux peuvent influencer les décisions des exploitants. La diffusion nécessite donc un accompagnement technique et une concertation avec les acteurs des filières. Les résultats doivent être accessibles, compréhensibles et suffisamment éprouvés pour inspirer confiance.

En juillet 2026, une visite du ministère chargé de l’Agriculture à l’INRAB a notamment porté sur les expérimentations conduites dans les laboratoires et les champs d’essai, autour des variétés améliorées et des techniques d’adaptation aux changements climatiques. Les autorités ont insisté sur la nécessité de traduire les innovations scientifiques en améliorations concrètes des rendements et des revenus agricoles, tout en renforçant leur vulgarisation.

Pour l’INRAB, l’enjeu est ainsi de consolider les capacités de recherche, de poursuivre la production de connaissances et de rapprocher davantage les innovations des exploitations. Face à la variabilité climatique, aux contraintes de productivité et aux besoins croissants en produits agricoles, les résultats scientifiques peuvent contribuer à renforcer la résilience des systèmes de production. Mais leur portée dépendra aussi de la capacité à les diffuser, à les adapter aux besoins des utilisateurs et à assurer leur adoption durable. C’est à cette condition que la recherche agricole pourra contribuer pleinement à l’amélioration des conditions de production et à la sécurité alimentaire au Bénin.

Nadjahatou BAGUIRI

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