FILIÈRES RIZ: Isaou Chabi Sara, président de l’UCR de Tchaourou, évoque les mesures prises par les riziculteurs pour atteindre les objectifs fixés par l’État

Pour contribuer à l’atteinte de l’objectif national de production de riz, les riziculteurs de Tchaourou misent sur l’augmentation des superficies cultivées, l’utilisation de semences certifiées et l’amélioration des techniques de production. Alors que l’État a fixé à 350 000 tonnes le seuil de transformation retenu pour la filière riz au cours de la campagne 2026-2027, avec une prime de 10 FCFA par kilogramme livré aux usines locales lorsque les capacités installées seront satisfaites, les producteurs de la commune se sont fixé un objectif d’au moins 5 000 tonnes. Dans cet entretien, le président de l’Union communale des riziculteurs de Tchaourou revient sur les préparatifs engagés, les difficultés rencontrées et les mesures envisagées pour atteindre cet objectif.
Journaliste : Quel objectif de production les riziculteurs de Tchaourou se sont-ils fixé pour la campagne en cours ?
Isahou Chabi Sara : Nous nous sommes fixé un objectif d’au moins 5 000 tonnes de riz pour cette campagne. C’est un objectif que nous voulons atteindre grâce aux efforts des producteurs et aux dispositions prises pour améliorer la production. Nous sommes conscients des attentes liées à la filière riz et nous voulons apporter notre contribution à l’atteinte des objectifs fixés au niveau national.
« Quelles mesures avez-vous prises pour augmenter la production et contribuer à l’atteinte de cet objectif ?*
Nous avons bénéficié de semences certifiées de la part du PDI-CVA. Ces semences constituent un appui important pour les producteurs. Nous bénéficions également de formations sur les techniques améliorées de production à travers le projet PADIAP.
Nous travaillons aussi à augmenter les superficies emblavées. Les producteurs sont sensibilisés sur l’importance du respect des itinéraires techniques, notamment en ce qui concerne l’utilisation des engrais et l’entretien des parcelles.
Comment vous organisez-vous pour faciliter l’accès aux intrants, à la main-d’œuvre et aux financements nécessaires à la production ?
Au niveau de l’organisation du travail, nous nous appuyons sur les présidents des coopératives pour faciliter la coordination des activités. Cette organisation permet de mieux suivre les producteurs et de faire remonter leurs besoins.
Cependant, l’accès au financement reste une difficulté. Pour obtenir des crédits, les producteurs doivent présenter des pièces d’identité et des garanties. Or, certains ne disposent pas de tous les documents exigés. Même lorsque les crédits sont accordés, les montants obtenus ne couvrent pas toujours les besoins réels des exploitations. Cela limite les possibilités d’agrandir les superficies et d’investir davantage dans la production.
Quelles dispositions avez-vous prises pour gérer l’eau et protéger les cultures contre les dégâts des animaux ?
Pour la gestion de l’eau, nous aménageons des diguettes et des canaux d’évacuation afin de mieux contrôler la circulation de l’eau dans les parcelles. Mais cette année, nous sommes confrontés à un manque d’eau, ce qui complique les activités de production.
Concernant la protection des cultures, certains producteurs installent des clôtures en fil barbelé ou utilisent du bois de teck pour empêcher les animaux d’entrer dans les champs. Malgré ces dispositions, les difficultés persistent. Il arrive que des éleveurs coupent les fils barbelés pour permettre à leurs animaux d’accéder aux parcelles. Ces actes exposent les cultures à des dégâts et découragent les producteurs qui investissent dans leur protection.
Après la récolte, quelles précautions prenez-vous pour limiter les pertes et conserver le riz dans de bonnes conditions ?
Nous insistons sur la récolte à maturité. Pour déterminer le bon moment, le producteur peut vérifier la fermeté du grain. Après la récolte, il faut utiliser des bâches propres pour le battage, procéder au vannage et assurer un bon séchage avant la mise en sacs.
Pour le stockage, les sacs doivent être disposés sur des palettes, en évitant le contact direct avec les murs. Il faut également laisser des espaces entre les sacs afin de favoriser la circulation de l’air. La lutte contre les rongeurs est aussi nécessaire pour préserver la qualité du riz.
Malgré ces précautions, nous avons besoin de davantage de magasins de stockage et d’équipements adaptés. Ces infrastructures permettraient de mieux conserver les récoltes et de faciliter les ventes groupées.
Quelles sont les principales difficultés qui pourraient compromettre l’atteinte de votre objectif de production ?
Les difficultés sont nombreuses. Nous avons d’abord les conflits entre agriculteurs et éleveurs, qui entraînent parfois la destruction des cultures. Même lorsque les producteurs prennent des dispositions pour protéger leurs champs, les clôtures peuvent être endommagées.
Il y a également la question de l’accès aux bas-fonds. Ces espaces sont très recherchés pour la riziculture, mais leur occupation pose parfois des problèmes. Nous estimons que les membres des coopératives de riziculteurs doivent être prioritaires dans l’attribution des autorisations d’exploitation de ces terres.
La sécurisation foncière constitue aussi un problème, notamment pour les producteurs qui ne disposent pas de documents leur permettant de justifier leurs droits sur les terres exploitées. Cette situation complique l’accès au financement. À cela s’ajoutent les difficultés de mobilisation de la main-d’œuvre dans les bas-fonds et le manque d’eau observé cette année.
Malgré ces difficultés, quelles avancées avez-vous enregistrées dans l’organisation et la production des riziculteurs de Tchaourou ?
Nous constatons une amélioration de l’organisation des coopératives. Certaines arrivent déjà à faire des ventes groupées. Des producteurs disposent également de garanties ou d’équipements de stockage qui leur permettent de mieux gérer leurs récoltes.
Les techniciens effectuent des visites environ toutes les deux semaines pour recueillir des données et suivre l’évolution des productions. Ce suivi permet de mieux connaître les difficultés des producteurs et d’apprécier l’évolution des activités.
L’interprofession commence aussi à travailler sur les difficultés liées à la commercialisation. Toutefois, je ne peux pas avancer de chiffres précis sur les résultats obtenus, car il faudrait consulter les archives de la commune pour disposer de données fiables.
Quelles actions doivent encore être engagées pour permettre aux riziculteurs d’atteindre leur objectif et de mieux profiter de leurs récoltes ?
Nous devons poursuivre la sensibilisation des producteurs afin qu’ils contribuent d’abord à satisfaire la demande nationale avant d’envisager les exportations. Il faut également renforcer les capacités de stockage et encourager les ventes groupées.
Il est aussi important que le prix de vente soit rémunérateur. Les producteurs doivent pouvoir couvrir leurs charges et tirer un revenu de leur travail.
Quel message souhaitez-vous adresser aux autorités et aux partenaires pour accompagner les producteurs dans l’atteinte de leurs objectifs ?
Tous les acteurs doivent soutenir les producteurs. Il faut faciliter l’accès au financement, améliorer les conditions d’accès à la terre et renforcer les capacités de stockage. Ces appuis sont indispensables pour permettre aux riziculteurs de produire davantage et de mieux valoriser leurs récoltes.
La fixation du prix doit également tenir compte des coûts réels de production. Il faut connaître les dépenses engagées par les producteurs pour déterminer combien leur coûte la production d’un kilogramme de paddy. C’est sur cette base que l’on peut envisager un prix qui leur permette de couvrir leurs charges et de gagner leur vie.
Nous souhaitons enfin que les Africains consomment davantage les produits issus de leur propre production. Soutenir la production locale, c’est aussi donner aux producteurs les moyens de continuer à travailler et de contribuer à la sécurité alimentaire.
Nadjahatou BAGUIRI




