le Commandant Bernard Tongodo sur l’agroforesterie « Nos braves paysans ont toujours pratiqué l’agroforesterie »

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Associer la plantation des arbres à la culture agricole, c’est une des nouvelles techniques que promeut l’agroforesterie depuis quelques années. Pour mieux cerner les contours de cette pratique agricole, très peu connue du commun des mortels, votre journal reçoit pour vous, dans ce numéro, le commandant Bernard Cossi Tongodo. Il explique, ici, l’origine et les nombreux avantages liés à l’agroforesterie.

Propos recueillis par Jacques BOSSE

Commandant Bernard Cossi Tongodo, l’agroforesterie devient une discipline agricole de plus en plus enseignée et pratiquée, que doit-on comprendre ?

L’agroforesterie est un générique qui sert à désigner les systèmes d’utilisation des terres et les pratiques dans lesquelles les plantes ligneuses vivaces sont délibérément intégrées aux cultures agricoles et/ou à l’élevage pour une variété de bénéfices et de services.

Quels sont alors les avantages de ce type de production agricole ?

L’agroforesterie procure de nombreux avantages tels que la protection des cultures aux animaux d’élevage, les sols et les cours d’eau. La diversification des revenus agricoles également est un impact positif qu’on obtient de l’agroforesterie. Il y a la création de la biodiversité, de captage de carbone et l’embellissement du paysage. Voilà autant d’avantages que nous procure l’agroforesterie.

Quel est l’état des lieux de l’agroforesterie dans le département du Borgou ? Est-ce qu’elle a commencé par être expérimentée ?

L’agroforesterie a toujours accompagné tous les systèmes agricoles c’est-à-dire que sur le plan traditionnel, nos braves paysans ont toujours pratiqué l’agroforesterie sans s’en rendre compte. Si nous devons nous en tenir à l’association des arbres ou cultures vivrières alors nous dirons que l’agroforesterie est une ancienne pratique dans le département du Borgou puisque les paysans sont conscients qu’ils ont un double objectif à obtenir des arbres surtout des arbres fruitiers. Ce qui fait que dans nos espaces agricoles, il est fréquent d’observer la présence des arbres tels que les arbres de néré, de karité, de tamarinier et autres, donc voilà autant de pratiques que mènent nos populations et qui témoignent du fait que l’agroforesterie est une ancienne pratique. Alors, il faut dire que le département du Borgou est celui où l’élevage de bovins, l’élevage de bétails sont beaucoup réalisés. Ce sont là aussi quelques types d’agroforesterie que nous observons. Cela dit, il se réalise par le passage fréquent des bovins, des ovins après les périodes de récoltes, ce qui est en fait une pratique d’agroforesterie associant donc l’arbre aux cultures vivrières. Pour simplement confirmer que cette pratique existe bel et bien dans le département depuis des décennies. Et les populations sont bien conscientes des avantages et des enjeux de l’agroforesterie. Nous savons que dans les départements où la culture du coton est une priorité, l’une des conséquences observées est le déboisement.

Comment l’agroforesterie peut-elle remédier à ce problème ?

(Bonne question) ! Nous défendons que les paysans conservent un minimum de 25 arbres à l’hectare. C’est d’abord un premier avantage qu’encourage l’agroforesterie. Donc que ça soit dans les champs de coton ou d’autres cultures vivrières, il y a le paysan qui naturellement sait que pour protéger sa plantation, il faut qu’il laisse un minimum d’arbres à l’hectare. Dans la production cotonnière, il y a des pratiques de fertilisation de sol qui sont enseignées de plus en plus où il faut associer les plantes de coton avec d’autres essences forestières qui améliorent la fertilité du sol. L’installation de haie dans les espaces agricoles est une pratique d’agroforesterie. Donc la culture de coton, certes nécessite beaucoup d’espaces aujourd’hui et nécessite que les terres soient dénudées. Mais toutefois cette production cotonnière est favorable à l’association d’arbres sur les espaces agricoles autrement dit cette culture est favorable à l’agroforesterie.

Quelles sont les actions que mènent les pouvoirs publics, les ONG et les universitaires dans ce sens ?

Précisément dans le département du Borgou actuellement nous avons le projet « Prosol » financé par les allemands qui fait beaucoup dans ce cadre. En effet, dans les communes de Bembéréké, de Sinendé et de N’dali, le projet « Prosol » mène des activités en ce sens en conseillant des essences qui ont la possibilité de vite régénérer la fertilité des sols. De plus ce projet « Prosol » fait produire les plants de ces essences qu’il met à la disposition des paysans. Il enseigne à ces paysans comment associer ces essences forestières ou arbustives avec leur culture pour pouvoir vite régénérer leurs sols afin d’augmenter leurs rendements. Voilà, un exemple palpable d’intervention de l’agroforesterie au niveau du département. Notons de plus en plus que ce soit le ministère de l’agriculture ou le ministère de l’environnement, nous sensibilisons à l’association de l’élevage et de l’agriculture pour qu’il y ait cette complémentarité. Avec cette association, l’éleveur bénéficie des restes des récoltes et de la même manière, les animaux libèrent les déchets sur les espaces agricoles ce qui les enrichit davantage. Donc toutes les occasions sont bonnes pour que cette promotion soit faite et dès que l’occasion s’y prête, nous ne tardons pas à attirer l’attention des populations sur le fait que la terre ne peut pas continuer par être labourée sans que l’agriculture ne soit intégrée à un système agroforestier

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