PÊCHES AU SÉNÉGAL : L’artisanat résiste, les débarquements industriels chutent de près de 30 %

Le secteur halieutique sénégalais évolue dans un contexte contrasté au premier semestre 2026. Alors que les débarquements de la flotte industrielle enregistrent un net recul, la pêche artisanale poursuit sa progression, soutenue par des conditions météorologiques favorables et l’autorisation de la pêche nocturne dans plusieurs zones côtières. Cette évolution fragilise l’équilibre économique de la filière et relance les interrogations sur la gestion durable des ressources halieutiques.
Selon les indicateurs de la Direction de la Prévision et des Études économiques (DPEE) et les relevés de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), l’activité globale du secteur a diminué de 5,5 % au deuxième trimestre 2026 par rapport au trimestre précédent. Cette contraction s’explique principalement par la baisse des débarquements industriels, dont les volumes sont passés d’environ 39 100 tonnes au premier semestre 2025 à près de 27 500 tonnes sur la même période en 2026, soit un recul avoisinant 30 %. La tendance s’est poursuivie à la fin du mois de juillet.
À l’inverse, la pêche artisanale affiche une évolution plus favorable. Au cours des sept premiers mois de l’année, ses captures ont progressé, bénéficiant notamment de conditions météorologiques propices et de l’autorisation de la pêche nocturne dans plusieurs zones, dont Thiès, Dakar, Louga, Kaolack et Fatick. Cette dynamique contribue à maintenir l’approvisionnement des marchés et à soutenir les activités des pêcheurs artisanaux, malgré les difficultés rencontrées par la flotte industrielle.
Cependant, cette progression ne suffit pas à compenser entièrement les pertes enregistrées dans le segment industriel. Le recul des débarquements affecte l’ensemble de la chaîne de valeur, notamment les mareyeurs, les unités de transformation, les entreprises de conservation et les exportateurs. Une diminution des volumes disponibles peut compliquer l’approvisionnement des industries, fragiliser les emplois liés à la transformation et réduire les possibilités de commercialisation sur les marchés extérieurs.
Les perspectives économiques du secteur appellent ainsi à la prudence. Les prévisions macroéconomiques pour 2026 tablaient initialement sur une reprise de 1,5 %, portée notamment par la reconstitution des stocks de poissons et le renforcement des contrôles contre la pêche illicite. Les résultats observés à mi-parcours soulignent toutefois les incertitudes qui pèsent sur cette reprise.
Au-delà des performances économiques, la situation met en évidence la nécessité de concilier l’exploitation des ressources marines avec leur préservation. Le renforcement des contrôles contre la pêche illégale, l’amélioration du suivi des stocks et la gestion des capacités de capture constituent des leviers importants pour assurer la pérennité de la filière.
Pour le Sénégal, l’enjeu consiste désormais à surmonter les difficultés de la pêche industrielle tout en consolidant la contribution de la pêche artisanale, sans accroître la pression sur les ressources côtières. L’évolution des débarquements au cours des prochains mois permettra de mieux apprécier les perspectives de reprise d’un secteur essentiel à l’approvisionnement alimentaire, à l’emploi et aux revenus de nombreuses communautés littorales.
Moudachirou ALIOU




