L'HOMME DU MOIS

INNOVATION VARIÉTALE DU MANIOC : Mariano Chabi, l’empreinte d’une réussite forgée sur le terrain

Dans les zones rurales du Bénin, le manioc s’impose comme une culture essentielle, à la fois nourricière et génératrice de revenus pour des milliers de producteurs. Présent dans les habitudes alimentaires et au cœur des économies locales, il constitue un véritable pilier de la sécurité alimentaire. Mais derrière cette importance, les défis restent nombreux : rendements encore limités, variétés peu performantes, exigences croissantes de transformation. Face à ces contraintes, certains acteurs font le choix de ne pas subir. À la tête de l’ONG GRIGADEB, Mariano Chabi s’inscrit dans cette dynamique d’action, en faisant de l’innovation variétale un levier de transformation durable.

Ingénieur agronome de formation, Mariano Chabi a construit son parcours autour d’une conviction simple mais forte , les solutions agricoles doivent partir des réalités locales. Très tôt, il comprend que les approches standardisées peinent à répondre aux spécificités des systèmes de production béninois. Il choisit alors de s’engager dans une recherche appliquée, tournée vers le terrain. « Une variété, on ne la juge pas au laboratoire, mais dans le champ », affirme-t-il, traduisant ainsi sa volonté de rapprocher la science des pratiques agricoles. Sur le terrain, cette vision prend tout son sens. Les interventions de GRIGADEB ONG s’appuient sur une démarche participative, où les producteurs ne sont pas de simples bénéficiaires, mais de véritables acteurs du processus. Les parcelles deviennent des espaces d’expérimentation, où chaque variété est testée, observée et améliorée. Les conditions agroécologiques, les contraintes locales et les besoins des producteurs sont pris en compte à chaque étape.

Le travail engagé autour du manioc s’inscrit dans cette logique. Culture stratégique, mais encore sous-valorisée dans certains de ses aspects, le manioc offre un potentiel important. Encore faut-il disposer de variétés adaptées, capables de répondre à la fois aux exigences du champ et à celles du marché. C’est dans cette perspective que Mariano Chabi oriente les activités vers le développement de nouvelles variétés améliorées.

Les premières années sont marquées par des essais multiples, parfois infructueux. Certaines variétés ne résistent pas aux conditions locales, d’autres ne répondent pas aux attentes en matière de rendement ou de transformation. Mais pour Mariano Chabi, ces échecs font partie intégrante du processus. « On apprend à chaque saison », confie-t-il. Une manière de rappeler que la recherche agricole se construit dans la durée, entre observations, ajustements et remises en question.

Progressivement, les résultats commencent à émerger. Les variétés testées gagnent en performance, les rendements s’améliorent, et les producteurs commencent à percevoir les changements. Ce travail de fond aboutit à une avancée majeure la mise au point de sept nouvelles variétés de manioc, toutes soumises au processus d’inscription au catalogue national.
Cette étape marque un tournant. Elle traduit non seulement la qualité scientifique des travaux réalisés, mais aussi leur pertinence pour le développement agricole. L’homologation constitue une reconnaissance officielle, mais surtout une opportunité de diffusion à plus grande échelle.

Parmi ces variétés, la RB-CONA85 occupe une place particulière. Elle incarne à elle seule les efforts consentis et les résultats obtenus. Sa précocité constitue l’un de ses principaux atouts. Avec un cycle de production compris entre six et huit mois, elle permet aux producteurs de réduire le temps d’attente avant récolte. Dans un contexte où la gestion des saisons est déterminante, cet avantage représente un levier important.

À cela s’ajoute un rendement pouvant atteindre 45 tonnes à l’hectare. Une performance qui ouvre de nouvelles perspectives pour les producteurs, en leur permettant d’augmenter leur production et, par conséquent, leurs revenus. Mais pour Mariano Chabi, une variété ne se résume pas à ses performances agronomiques. « Une bonne variété doit être utile du champ jusqu’au marché », insiste-t-il.

C’est dans cette logique que la RB-CONA85 a été développée pour répondre également aux exigences de transformation. Adaptée à la production de gari, de tapioca et au pilage, elle présente des qualités technologiques appréciées par les acteurs de la chaîne de valeur. Une caractéristique essentielle dans un secteur où la valorisation post-récolte joue un rôle déterminant.

L’homologation de cette variété, vient consacrer un travail de longue haleine. Elle marque une étape importante dans le parcours de Mariano Chabi, mais aussi dans l’évolution de la filière manioc au Bénin. Derrière cette réussite, le chemin n’a pas été sans obstacles. Le manque de financements, les contraintes techniques, l’accès limité à certaines technologies et les effets des changements climatiques ont constitué autant de défis à relever. Mais pour Mariano Chabi, ces difficultés sont inhérentes au processus d’innovation. « Les contraintes nous obligent à être plus rigoureux et plus créatifs », explique-t-il.

Sur le terrain, il continue d’adopter une approche basée sur l’observation et l’adaptation. Chaque campagne agricole est analysée, chaque résultat est évalué, afin d’améliorer en permanence les pratiques. Cette dynamique d’amélioration continue constitue l’un des piliers de son engagement. Au-delà de la recherche, Mariano Chabi accorde une importance particulière à l’accompagnement des producteurs. Pour lui, l’innovation n’a de valeur que si elle est adoptée et maîtrisée. « Il ne suffit pas de créer une variété, il faut accompagner les producteurs pour qu’ils puissent en tirer le meilleur », souligne-t-il.
Ainsi, les actions de GRIGADEB ONG intègrent également des activités de formation et de vulgarisation. Sur le terrain, les producteurs sont sensibilisés aux bonnes pratiques, à la gestion des parcelles et à l’utilisation optimale des nouvelles variétés. Cette proximité permet de renforcer l’appropriation des innovations. Aujourd’hui, les premiers impacts se font progressivement sentir. Les producteurs qui adoptent ces variétés observent des améliorations de leurs rendements. La transformation devient plus efficace, et les produits obtenus répondent mieux aux attentes du marché. Progressivement, la filière gagne en dynamisme.

Mais pour Mariano Chabi, ces résultats ne constituent qu’une étape. « Nous ne sommes qu’au début du processus », admet-il. Une manière de rappeler que le développement agricole s’inscrit dans le temps et nécessite une vision à long terme. Son engagement s’inscrit dans une perspective plus large, celle de contribuer à la construction d’une agriculture plus performante, plus résiliente et mieux adaptée aux réalités locales. Une agriculture capable de répondre aux besoins alimentaires tout en créant de la valeur pour les acteurs.

À travers son parcours, il porte également un message à l’endroit de la jeunesse. « L’agriculture offre des opportunités réelles, mais elle demande de la rigueur, de la patience et de la vision », affirme-t-il. Un appel à s’engager dans un secteur souvent perçu comme contraignant, mais riche en potentialités.

Ainsi, derrière chaque variété développée, il y a bien plus qu’un travail scientifique. Il y a une volonté de transformer durablement les conditions de production, d’améliorer les revenus des producteurs et de renforcer la sécurité alimentaire.
À la tête de GRIGADEB ONG, Mariano Chabi poursuit son engagement avec constance. Entre recherche, terrain et accompagnement, il contribue, à sa manière, à redéfinir les contours de l’agriculture béninoise. Et dans les champs où les nouvelles variétés prennent racine, sa vision commence déjà à produire des résultats concrets, porteurs d’espoir pour l’ensemble de la filière.

Nadjahatou BAGUIRI

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