Au-delà de l’agriculture L’igname, au cœur des croyances

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La sortie de la nouvelle igname au Bénin est toujours un évènement attendu de tous. Beaucoup de personnes se pressent de la déguster en premier mais  les adeptes de la tradition attendent toujours le moment dit «favorable aux dieux» afin d’éviter leur colère. Premier et unique aliment de base pour qui un culte est voué dans le septentrion comme un peu partout d’ailleurs, le tubercule d’igname au Bénin est une légende. Encore plus en milieu Bariba…

Par Boni SANSON 

Suusuu, Kpùna, Swa-Gonna, Kookuma ou Mɔ̀rɔ̀kɔru, Kpàkara, Tan kpandu, Aro… les variétés de l’igname sont multiples et cachent chacune une histoire en milieu Bariba. Elles se distinguent ainsi à travers les rites, la forme et la taille, les valeurs nutritionnelles, la qualité des mets qui en résultent et dans les pratiques culturales dédiées à chacune d’elle. Si la variété appelée Suusuu est utilisée par les cultivateurs pour les sacrifices aux défunts et fétiches avant toute consommation, kpùna quant à elle, se réserve aux amis et est l’expression même d’une parfaite entente sociale. La culture de cette variété est difficile et nécessite beaucoup de patience. Elle a des terres de préférence. Kpùna ne se cultive pas dans les zones trop humides ou montagneuses. Sa récolte exige un rituel. Largement appréciée pour sa pâte toujours tendre, une fois séchée et moulue, kpùna est consommable quel que soit le niveau de son mûrissement. Pour l’espèce Swa Gonna, réputée pour sa petite forme et allongée, elle résiste aux intempéries (les poches de sècheresse). La variété Kookuma ou Mɔ̀rɔ̀kɔru offre de très gros tubercules et s’impose au temps et à la famine. Elle a le don de durer jusqu’à la saison suivante. Compte tenu des particularités liées à leur semence et à leur forme, Tan kpandu et Kpàkara reçoivent différents cultes au sein des traditionnalistes Tan kpandu est consommée très tardivement. Qualifiée d’igname résistante elle sert de boutures pour la prochaine saison. Kpàkara, quant à lui, donne de très gros tubercules mais est réputée très mauvaise pour l’igname pilée. Elle est récoltée lorsque le cri des gros grillons se fait entendre (en milieu rural surtout). La variété d’igname « Aro » en ce qui la concerne ne se retrouve pas chez tous les cultivateurs. Trop sucrée, Aro n’est pas conseillée à toute personne de peur d’augmenter les risques de diabète chez le consommateur.

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