Infestation de cultures dans le Borgou : Les chenilles de retour dans les champs de maïs

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Les producteurs du maïs risquent une mauvaise récolte dans le département du Borgou. Entre invasion de chenilles ravageuses, les pratiques agricoles et les poches de sécheresse constatées çà et là, beaucoup d’inquiétudes hantent déjà les esprits des acteurs de cette filière.

Par Daouda BONI

La chenille Spodoperta  frugiperda sévit actuellement dans les zones de culture de maïs dans le Borgou. Feuillages troués, déchirés et même pliés par endroit, des tiges minces et majoritairement desséchées… C’est le visage que présentent les cultures de maïs dans quelques champs à Parakou et environs. Ce phénomène cyclique qui a marqué son apparition en Afrique depuis 2016 selon une investigation du Journal Le Monde, continue son périple au Bénin après le Nigéria et l’Afrique du Sud. Dans le département du Borgou plus précisément dans les communes de Parakou et de Tchaourou, c’est plusieurs hectares de maïs qui sont attaqués par la bestiole. Karim Babalao, cultivateur résident à Parakou à quelques encablures de la ferme de l’Okpara se dit inquiet face à cet ennemi-ravageur : « mes cultures de maïs sont menacées. J’ai recherché en vain un remède … ». Il va loin et explique à sa façon cette invasion en disant qu’une fois les semis terminés, la destruction des jeunes pousses commence dans un intervalle de 15 à 20 jours. De couleur marron à jaune ou verte, cette chenille porte des lignes parallèles brunes du bout de l’abdomen à la tête et ne trouve sa survie que sur le plan du maïs. « Je cultive à la fois le maïs et le soja mais au grand jamais, je ne retrouve cette chenille sur le soja » précise Bio Ousmane qui, à l’en croire, note un attachement entre le maïs et la chenille ravageur en ajoutant « A un mois de semis, mon champ a été infesté par les chenilles et j’ai commencé la pulvérisation mais jusqu’à présent, le mal persiste ». A Guininrou et au centre-ville de Tchaourou, l’invasion apparaît plus visible et se justifierait par les poches de sécheresse entre-temps enregistrées dans la zone aux dires de Rissikath Fumilayo Djaboutou, chef cellule communale de l’Agence Territoriale pour le Développement Agricole, selon une publication de Deeman Radio sur son site internet : « L’apparition de ces chenilles est due aux poches de sécheresse constatées ces derniers moments » dira-t-elle. Mais le Directeur Départemental de l’Agriculture et de la Pêche du Borgou se fait plus apaisant. « Sur plusieurs hectares de cultures de maïs, seulement quelques plants sont attaqués. Il n’y a rien d’extraordinaire en cela. C’est un fait non souhaitable, mais normal » rassure Bori Bata Yerima Khalifa. Toutefois, dans le rang des producteurs, il se note une certaine panique…

Des alternatives pour sauver la filière

Face à ce fléau qui ne cesse de donner de l’insomnie à certains producteurs, les responsables départementaux de l’agriculture se sont dits préoccupés par les recherches d’alternatives pouvant non seulement permettre de sauver les cultures déjà envahies mais aussi pour mettre en place un dispositif efficace pour son éradication. Bori Bata Yerima Khalifa, Directeur départemental de l’agriculture de l’élevage et de la pêche du Borgou (Ddaep) claifie : « A l’apparition de cette chenille entre 2016 et 2017 au Bénin, une recherche a été lancée avec la mise en place des brigades phytosanitaires dans tous les arrondissements. Ces brigades sont chargées de remonter l’information quand ils constatent l’apparition de la chenille dans leur milieu ». Selon ses explications, c’est à partir des alertes fournies par ces brigades phytosanitaires que des sensibilisations sont organisées au profit des producteurs. Ce qui leur permet d’utiliser les mesures biologiques pour la prévention des attaques en mettant des éléments nutritifs à disposition dans un premier temps. Mais lorsque le champ est déjà envahi, précise-t-il, les produits chimiques sont mis en branle pour contrer le mal : « Nous conseillons les produits phytosanitaires à savoir Emacot ou le Pacha pour pulvériser chaque pied de maïs en mettant en place une bande de sécurité autour du champ attaqué ». Il démontre ainsi qu’une fois l’attaque est constatée dans un champ, les alentours et les champs voisins constituent un abri pour les chenilles et il urge dès lors que tout ce périmètre soit pulvérisé pour en découdre définitivement avec le mal.

Les produits phytosanitaires mis hors de cause !

Selon le Directeur départemental de l’agriculture du Borgou, même si le bradage d’intrants agricoles devient aujourd’hui une pratique récurrente chez les producteurs, il serait difficile d’établir un lien entre les attaques de la chenille Spodoperta frugiperda des champs de maïs et l’usage ou le non usage des produits phytosanitaires. Bori Bata Yérima Khalifa pointe plutôt du doigt un phénomène naturel en émettant des réserves sur l’origine de cette chenille. Pour lui, il existe une panoplie d’études et de mesures que subissent les intrants agricoles avant usage même si «certains de nos producteurs utilisent des intrants à tout-venant».

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