UNIVERSITÉ NATIONALE D’AGRICULTURE DU BÉNIN : À la découverte de l’École de Foresterie Tropicale

À Kétou, dans le département du Plateau, la forêt n’est pas qu’un paysage. Elle est une salle de classe à ciel ouvert, un laboratoire vivant, un terrain d’engagement. Au cœur de l’Université Nationale d’Agriculture,(UNA), l’École de Foresterie Tropicale (EForT) façonne, loin du tumulte urbain, une génération d’acteurs appelés à relever l’un des défis majeurs du pays de préserver, restaurer: valoriser durablement les ressources forestières.
Ici, chaque arbre devient un outil pédagogique, chaque parcelle un espace d’apprentissage, et chaque étudiant un futur acteur du changement.Créée à partir de 2013, dans la dynamique de professionnalisation de l’enseignement agricole au Bénin, l’école s’inscrit dans un contexte où les ressources forestières subissent de fortes pressions. Déforestation, exploitation incontrôlée du bois, avancée des terres agricoles et effets du changement climatique : autant de défis qui imposent une réponse structurée. L’École de Foresterie Tropicale apparaît ainsi comme une réponse stratégique à ces enjeux.
À la tête de l’établissement, Olou Toussaint LOUGBEGNON porte cette ambition avec la vision de former des compétences capables d’intervenir à tous les niveaux de la gestion forestière. Sous son impulsion, l’école privilégie une approche pédagogique centrée sur la pratique, l’innovation et l’adaptation aux réalités locales. L’objectif est de former des professionnels immédiatement opérationnels, aptes à intégrer les structures publiques, les ONG, les projets de développement ou à s’engager dans l’entrepreneuriat vert.
La formation ne se limite pas aux salles de cours. Les étudiants évoluent entre les espaces boisés, les pépinières et les zones expérimentales. Ici, la théorie se conjugue en permanence avec la pratique. Les apprenants observent, manipulent, expérimentent. Ils apprennent à lire la forêt, à comprendre ses dynamiques et à anticiper ses évolutions.L’offre de formation de l’école est structurée autour de deux grands cycles : la Licence professionnelle et le Master professionnel, chacun répondant à des objectifs précis de formation.En Licence professionnelle, l’EForT accueille des jeunes bacheliers ainsi que des professionnels déjà engagés dans le secteur forestier. Cette formation vise à produire des techniciens supérieurs compétents, capables d’intervenir efficacement sur le terrain.
Les étudiants sont formés à la gestion des espaces forestiers, à la conservation et à la restauration des écosystèmes, mais aussi à la mise en place de plantations et à la valorisation des ressources. À l’issue de ce cycle, ils disposent des compétences nécessaires pour répondre aux défis concrets liés à la gestion durable des forêts et à l’innovation technologique dans le secteur.Le Master professionnel, quant à lui, s’adresse aux titulaires de licence en foresterie ou dans des domaines connexes. Ce cycle forme des cadres de haut niveau, capables de concevoir, piloter et évaluer des projets d’aménagement et de gestion des ressources forestières et fauniques. Les étudiants y approfondissent leurs connaissances en aménagement forestier, en gestion et valorisation de la faune et en gestion des parcours. Ils sont également formés à l’élaboration de politiques de gestion durable et à l’intégration des innovations technologiques dans la transformation du bois et des produits forestiers non ligneux.
Au-delà de ces cycles, plusieurs axes de formation structurent le parcours des étudiants. La gestion durable des ressources forestières et fauniques constitue le socle de la formation. Les apprenants y développent des compétences en inventaire forestier, en planification et en aménagement des espaces naturels.La sylviculture et la production forestière occupent également une place importante. Dans les pépinières de l’école, les étudiants apprennent à produire des plants, à maîtriser les techniques de reboisement et à restaurer les espaces dégradés. Ces activités pratiques permettent de répondre directement aux enjeux de reconstitution du couvert forestier.Un autre axe majeur concerne la valorisation des produits forestiers, qu’ils soient ligneux ou non ligneux. Bois, miel, plantes médicinales ou fruits forestiers : ces ressources représentent des opportunités économiques importantes pour les communautés rurales.
Les étudiants sont formés à leur transformation et à leur mise en marché. La conservation de la biodiversité et la gestion des aires protégées complètent ce dispositif. Face à la disparition progressive de certaines espèces, les apprenants acquièrent des outils pour protéger les habitats naturels et mettre en œuvre des stratégies de conservation efficaces.
Enfin, la gestion environnementale permet d’aborder des questions transversales telles que les études d’impact, la restauration des écosystèmes et l’adaptation aux changements climatiques. Cette approche globale renforce la capacité des étudiants à intervenir dans différents contextes.Ce qui distingue véritablement l’École de Foresterie Tropicale, c’est sa pédagogie tournée vers l’action. Les étudiants passent une grande partie de leur formation sur le terrain. Ils mesurent les arbres, analysent les sols, identifient les espèces et observent les interactions entre les différents éléments de l’écosystème.
Cette immersion leur permet d’acquérir des compétences concrètes, directement mobilisables dans leur future carrière.Les interactions avec les communautés locales renforcent cette approche. Les étudiants vont à la rencontre des producteurs, des exploitants forestiers et des populations riveraines. Ils découvrent les réalités du terrain, les contraintes liées à l’exploitation des ressources et les enjeux socio-économiques. Ces échanges nourrissent leur réflexion et orientent les solutions qu’ils proposent.Parallèlement, l’école joue un rôle important dans la recherche et l’innovation. Sur les parcelles expérimentales, de nouvelles techniques sont testées : reboisement avec des espèces adaptées, restauration des sols dégradés, gestion intégrée des ressources naturelles. Les enseignants-chercheurs accompagnent les étudiants dans ces travaux, favorisant une dynamique d’innovation continue.
Au fil des années, l’établissement s’est affirmé comme un véritable pôle d’échanges. Ateliers techniques, journées scientifiques et rencontres professionnelles permettent de renforcer les liens entre les différents acteurs du secteur forestier. Cette ouverture favorise le partage des connaissances et l’émergence de solutions adaptées aux réalités locales.Dans un contexte où les enjeux environnementaux deviennent de plus en plus pressants, l’École de Foresterie Tropicale apparaît comme un levier stratégique pour le Bénin. Elle contribue à former une nouvelle génération de professionnels capables d’accompagner les politiques publiques et de répondre aux défis du développement durable.
Pour les jeunes, les perspectives sont nombreuses. Gestion des aires protégées, aménagement forestier, conseil environnemental, recherche ou entrepreneuriat vert : les débouchés sont variés. L’auto-emploi devient également une option concrète, notamment dans la production de plants forestiers, le reboisement ou la valorisation des produits forestiers.
À Kétou, les ambitions prennent racine au pied des arbres. Les étudiants se projettent comme gestionnaires de forêts, experts en biodiversité ou entrepreneurs engagés. Tous partagent une même conviction : la forêt est une richesse à préserver et à transmettre.Plus d’une décennie après sa création, l’École de Foresterie Tropicale confirme son rôle stratégique dans la formation des acteurs du secteur environnemental. Elle forme, elle innove et elle accompagne une dynamique essentielle pour l’avenir du Bénin.
Au-delà de sa mission académique, l’école ambitionne de devenir un véritable pôle d’excellence en foresterie tropicale en Afrique de l’Ouest. Les projets de renforcement des capacités, l’ouverture à des partenariats internationaux et l’intégration progressive des innovations technologiques dans les enseignements traduisent cette volonté d’évolution.Dans un contexte où les enjeux environnementaux dépassent les frontières nationales, l’EForT entend jouer pleinement sa partition en formant des professionnels capables d’agir à l’échelle locale tout en intégrant une vision globale des défis écologiques. Dans un monde confronté à l’urgence climatique, cette école rappelle une évidence : protéger la forêt, c’est protéger la vie. À Kétou, entre savoir scientifique et engagement environnemental, se construit une génération prête à relever ce défi.
Nadjahatou BAGUIRI




