CHRISTELLE BAMISSO: Le pari de transformer la pomme de cajou en opportunité

Souvent abandonnée dans les champs après la récolte de la noix, la pomme de cajou peut pourtant être transformée et conservée. Au Bénin, Christelle Bamisso s’est engagée dans cette voie en produisant notamment du jus et des fruits séchés à partir de cette matière première. À travers son activité de ramassage et de transformation de la pomme de cajou, mais aussi d’autres fruits et de lait, l’entrepreneure entend réduire les pertes post-récolte, valoriser les ressources locales et promouvoir des produits qu’elle présente comme naturels.
Pour Christelle Bamisso, entreprendre est d’abord une manière de répondre à un constat. En observant les habitudes de consommation autour d’elle, elle dit avoir relevé la forte présence de produits importés, dont les consommateurs ne connaissent pas toujours l’origine ni la composition. Cette situation l’a progressivement amenée à s’intéresser davantage aux matières premières disponibles localement et à leur transformation.
Son parcours entrepreneurial s’est ainsi construit autour d’une conviction, les ressources locales peuvent être davantage valorisées et transformées en produits accessibles aux consommateurs. Pour elle, les matières premières produites au Bénin ne doivent pas seulement être considérées comme des produits destinés à la consommation immédiate ou à la vente à l’état brut. Elles peuvent également être transformées pour créer de nouveaux produits, prolonger leur durée de conservation et générer davantage de valeur.
Aujourd’hui, la transformation agroalimentaire occupe une place importante dans ses activités. Christelle propose notamment plusieurs variétés de jus à base de matières premières locales. Pomme de cajou, mangue, ananas, gingembre et tamarin sont ainsi transformés avant d’être proposés aux consommateurs. À cette gamme s’ajoutent l’amande de cajou ainsi que différents produits à base de lait. Elle transforme notamment le lait de vache et le lait de chèvre en yaourt et en toffi.
Cette diversité traduit son intérêt pour plusieurs produits agricoles et alimentaires disponibles localement. Mais derrière ces différentes transformations, une même orientation demeure : privilégier, autant que possible, les ingrédients d’origine naturelle. « La production bio est 100 % naturelle, c’est fait à base d’essences naturelles, des plantes », explique-t-elle.
Parmi toutes ses activités, une matière première occupe toutefois une place particulière, la pomme de cajou. Dans les zones de production de noix de cajou, la récolte porte principalement sur la noix. Une fois celle-ci détachée de la pomme, une grande quantité de fruits reste dans les champs. Faute de débouchés suffisants ou de moyens de conservation et de transformation, ces pommes finissent souvent par se détériorer.
C’est précisément cette situation qui a retenu l’attention de Christelle Bamisso. Pour elle, la pomme de cajou ne devrait pas être considérée comme un simple résidu de la production de noix. Elle peut devenir une matière première à part entière et générer de la valeur lorsqu’elle est correctement collectée et transformée.
« Cette pomme est toujours délaissée à elle-même dans les champs. Elle est pourrie, infectée et le producteur ne gagne rien », déplore-t-elle.
Cette réalité représente, à ses yeux, une perte à plusieurs niveaux. Le producteur perd la possibilité de tirer un revenu supplémentaire de sa production, tandis que la matière première disponible dans les zones de production reste peu exploitée.
Face à cette situation, l’entrepreneure a choisi de récupérer cette matière première pour la transformer. Le jus constitue l’une de ses principales productions. La pomme est également séchée afin de prolonger sa durée de conservation. Cette transformation répond ainsi à un double objectif, réduire les pertes après la récolte, mais également offrir une possibilité supplémentaire de valorisation aux producteurs.
À travers cette activité, elle veut donc créer un lien entre le producteur et le consommateur, en faisant de la transformation un moyen de donner davantage de valeur à une production agricole encore largement sous-exploitée. Le travail ne se limite plus à récupérer un fruit destiné à se perdre. Il consiste à le transformer, à le conserver et à le mettre à la disposition des consommateurs sous une autre forme.
Cette démarche rejoint également sa volonté de lutter contre les pertes post-récolte. Pour l’entrepreneure, la transformation constitue un moyen de mieux utiliser les productions agricoles et de limiter le gaspillage. Elle permet surtout de rendre certains produits disponibles au-delà de leur période habituelle de production. Comme beaucoup d’entrepreneurs du secteur agroalimentaire, elle a également dû faire face à la question de la confiance des consommateurs. Au début, faire accepter les produits locaux face à des habitudes de consommation davantage tournées vers les produits importés n’était pas toujours évident. Mais elle estime que les comportements évoluent progressivement. « Aujourd’hui, je connais plusieurs personnes qui n’aiment pas consommer les produits importés. Ils se sont donnés à nos produits, qui sont 100 % naturels », témoigne-t-elle.
Pour elle, cette évolution montre que les consommateurs peuvent s’intéresser davantage aux produits locaux lorsqu’ils connaissent leur origine et apprécient leur qualité. Son ambition est donc aussi de contribuer à faire évoluer les habitudes de consommation. À ses yeux, produire localement ne suffit pas. Il faut également amener les populations à faire davantage confiance aux produits fabriqués à partir des ressources du pays.
Cette confiance se construit notamment à travers la qualité des produits, mais aussi par la régularité de la production et la capacité à répondre aux attentes des consommateurs. Pour une entrepreneure qui travaille dans la transformation agroalimentaire, ces exigences constituent un défi permanent. Il faut trouver les matières premières, assurer leur transformation dans de bonnes conditions, conserver les produits et parvenir ensuite à les écouler.
Le chemin de l’entrepreneuriat n’est pas sans difficultés. Christelle reconnaît les contraintes auxquelles les entrepreneurs sont confrontés, notamment lorsqu’il faut faire connaître leurs produits, convaincre les consommateurs et assurer leur commercialisation. À cela s’ajoutent les exigences liées à la transformation des matières premières et à la nécessité de maintenir une certaine qualité.
Malgré ces obstacles, elle considère la persévérance comme l’une des clés de son parcours. Pour elle, entreprendre signifie accepter les difficultés et continuer à avancer malgré les moments de doute. Son expérience lui a surtout permis de comprendre que la réussite ne se mesure pas uniquement à la taille d’une entreprise ou au volume des ventes. L’une des premières réussites de son activité est d’avoir réussi à travailler à son propre compte. « Ce que j’ai réussi, c’est d’être sur mon propre compte, de travailler », affirme-t-elle.
Cette indépendance prend une dimension particulière quant à voir ses produits prisés. Le fait de voir ses produits arriver entre les mains des consommateurs constitue, une source de satisfaction et une preuve que les efforts consentis commencent à porter leurs fruits. « Quand je vois les gens prendre des jus que je produis, c’est une réussite pour moi », confie-t-elle.
Forte de son expérience, Christelle Bamisso adresse également un message aux jeunes qui souhaitent se lancer dans l’entrepreneuriat. Pour elle, le doute et les difficultés ne doivent pas conduire à abandonner un projet. Elle les invite plutôt à définir leurs objectifs et à rester concentrés sur leur vision.
Cette persévérance constitue justement l’un des éléments qui accompagnent son projet de valorisation des produits locaux. Car derrière les jus, les fruits séchés, les produits à base de lait ou encore l’amande de cajou, elle voit une possibilité plus large, celle de contribuer, à son niveau, à la transformation des matières premières produites au Bénin.
Nadjahatou BAGUIRI




