SAISON DES PLUIES ET SÉCURITÉ SANITAIRE DES CHEPTELS: Les risques qui menacent les élevages

- François Dadidjè appelle à la vigilance des éleveurs
Chaque année, l’arrivée de la saison des pluies constitue une période de vigilance accrue pour les éleveurs. L’humidité, les variations de température, la prolifération des parasites et les conditions d’élevage parfois favorables à la propagation des agents pathogènes augmentent les risques d’apparition et de transmission de maladies animales. Face à ces enjeux, la prévention et la surveillance sanitaire demeurent essentielles pour préserver les cheptels et limiter les pertes économiques. Pour mieux comprendre les principales affections qui menacent les animaux durant cette période et connaître les mesures de prévention à adopter, nous sommes allés à la rencontre de François Dadidjè, Chef de la Division des Produits d’Origine Animale à la Direction départementale de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche (DDAEP) du Borgou. Au détour d’une interview qu’il nous a accordé, il a prodigué des conseils à l’endroit des éleveurs pour passer sans dommage ces moments de pluie.
Journaliste : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et rappeler les missions de la Division des Produits d’Origine Animale ?
Je m’appelle François Dadidjè, Chef de la Division des Produits d’Origine Animale à la Direction départementale de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche du Borgou. Notre division assure plusieurs missions essentielles dans le domaine de la santé animale et de la sécurité sanitaire des produits d’origine animale.
La première mission concerne le contrôle et l’inspection sanitaire des animaux destinés à la consommation. La deuxième porte sur la supervision de la campagne de vaccination contre la pasteurellose bovine. La troisième consiste à assurer le suivi de la vaccination contre la péripneumonie contagieuse bovine. La quatrième mission est le contrôle des cabinets vétérinaires privés, le suivi des prestations vétérinaires ainsi que la vérification de la qualité des intrants destinés à l’élevage sur le marché.
Enfin, la cinquième mission concerne le suivi des activités du réseau départemental d’inspection vétérinaire.
Il existe d’autres missions connexes, mais celles-ci constituent les principales attributions de notre division.
Pourquoi la saison des pluies est-elle une période particulièrement sensible pour la santé animale ?
La saison des pluies est une période particulièrement sensible pour la santé animale parce qu’elle réunit deux facteurs favorables au développement des agents pathogènes : l’humidité et la chaleur.
En microbiologie, on sait que les températures très élevées détruisent de nombreux germes, tandis que le froid ralentit, voire bloque, leur multiplication. En revanche, les conditions intermédiaires, caractérisées par une chaleur modérée associée à une forte humidité, offrent un environnement idéal pour la prolifération des bactéries, des virus et de certains parasites.
Cette multiplication des agents pathogènes favorise naturellement l’apparition et la propagation de nombreuses maladies chez les animaux. C’est pourquoi la saison des pluies exige une vigilance accrue de la part des éleveurs ainsi qu’un suivi sanitaire renforcé des services vétérinaires.
Quelles sont les principales maladies qui affectent les animaux dans le département du Borgou pendant cette période ?
De manière générale, on distingue deux grandes catégories de maladies. La première regroupe les maladies infectieuses, causées par des bactéries, des virus ou encore des champignons. Elles sont fréquentes durant cette période en raison des conditions climatiques favorables au développement des agents pathogènes.
La seconde catégorie est constituée des maladies parasitaires. On distingue les parasitoses externes, provoquées notamment par les tiques et les poux. Les tiques, que l’on observe souvent sur la peau des animaux pendant la saison des pluies, se nourrissent de leur sang et peuvent également transmettre certaines maladies. Il existe aussi les parasitoses internes, dues aux vers qui se développent dans l’organisme des animaux et affectent leur état de santé ainsi que leurs performances.
En résumé, les principales affections rencontrées pendant la saison des pluies sont les maladies infectieuses, d’une part, et les maladies parasitaires, d’autre part.
Ces maladies concernent-elles toutes les espèces (bovins, ovins, caprins, porcins et volailles) ou certaines sont-elles plus exposées que d’autres ?
Les maladies parasitaires peuvent toucher pratiquement toutes les espèces animales, y compris les animaux sauvages. Les parasites ne font pas de distinction entre les espèces lorsque les conditions sont favorables à leur développement.
En ce qui concerne les maladies infectieuses, chaque espèce possède toutefois ses propres pathologies. Chez les bovins, on rencontre notamment des maladies spécifiques comme la fièvre aphteuse, la pasteurellose bovine ou encore la péripneumonie contagieuse bovine. Les ovins et les caprins sont également exposés à des maladies qui leur sont propres.
Chez les porcs, la peste porcine constitue l’une des principales maladies à surveiller. Quant aux volailles, elles sont confrontées à plusieurs maladies infectieuses spécifiques, tout comme les lapins et les autres espèces d’élevage.
Concernant l’exposition des espèces, aucune espèce n’est naturellement plus exposée qu’une autre. Le risque dépend surtout des conditions d’élevage dans lesquelles vivent les animaux. Les principaux facteurs de risque sont la promiscuité et le manque d’hygiène. Lorsque les animaux sont élevés en grand nombre dans un espace insuffisamment dimensionné ou mal entretenu, les maladies se propagent beaucoup plus facilement.
Prenons l’exemple des moutons ou des chèvres : lorsqu’ils sont regroupés dans un enclos surpeuplé, les risques de contamination augmentent considérablement. C’est le même principe chez l’être humain : plus les individus sont nombreux dans un espace mal aéré ou peu hygiénique, plus les maladies se transmettent rapidement.
Ainsi, ce ne sont pas les espèces qui sont les plus exposées, mais plutôt les conditions d’élevage, notamment la densité des animaux et le respect des règles d’hygiène, qui déterminent le niveau de risque sanitaire.
Quels sont les premiers signes qui doivent alerter les éleveurs lorsqu’un animal est malade ?
Le premier signe à surveiller est le changement de comportement de l’animal. C’est souvent le tout premier indicateur d’un problème de santé.
Un animal habituellement vif, qui gambade, se déplace normalement ou reste avec le troupeau, mais qui devient soudainement apathique, reste immobile, s’isole des autres ou refuse de se déplacer, doit immédiatement attirer l’attention de l’éleveur.
D’autres signes peuvent également apparaître, comme la diarrhée, la perte d’appétit, un amaigrissement progressif ou une baisse de l’état général. Toutefois, avant même l’apparition de ces symptômes, le simple changement de comportement constitue déjà un signal d’alerte.
Les éleveurs doivent donc observer régulièrement leurs animaux. Une surveillance quotidienne permet de détecter rapidement les premiers signes de maladie et de solliciter, si nécessaire, l’intervention des services vétérinaires.
Quel est l’impact de ces maladies sur la production animale et les revenus des éleveurs ?
Les maladies animales ont plusieurs conséquences, mais les deux principales sont d’ordre économique et sanitaire.
Sur le plan économique, les maladies entraînent des pertes importantes pour les éleveurs. Elles provoquent une baisse de la production, des dépenses supplémentaires pour les soins, et peuvent même conduire à la mortalité des animaux. Tout cela réduit les revenus des exploitants et fragilise leur activité.
Le second impact concerne la santé publique. Certaines maladies animales peuvent être transmises à l’homme. On les appelle des zoonoses. C’est le cas, par exemple, de la grippe aviaire, qui constitue un risque aussi bien pour les animaux que pour les populations humaines lorsqu’elle n’est pas maîtrisée.
À long terme, ces maladies peuvent avoir des conséquences sociales importantes. Elles menacent les moyens de subsistance des éleveurs, perturbent les activités d’élevage et peuvent affecter l’approvisionnement des populations en produits d’origine animale.
Existe-t-il des campagnes de vaccination ou de traitement préventif dans le Borgou ? Si oui, lesquelles ?
Oui, il existe des campagnes de vaccination pour certaines maladies animales. Pour les bovins, nous avons notamment la vaccination contre la péripumonie contagieuse bovine (PPCB). Cette campagne se tient chaque année et, pour cette maladie, l’intervalle entre deux vaccinations est de six mois.
Il existe également des campagnes de vaccination des volailles contre la maladie de Newcastle, une maladie très dangereuse qui peut entraîner de fortes mortalités chez les poulets.
Pour les petits ruminants, notamment les ovins et les caprins, une campagne de vaccination contre la peste des petits ruminants (PPR) est organisée au niveau des communes. Toutefois, les éleveurs ne sont pas obligés d’attendre uniquement les campagnes organisées par l’administration. Ils peuvent également faire appel aux services vétérinaires privés pour assurer la vaccination de leurs animaux.
En dehors de la vaccination, il existe des traitements préventifs, notamment le déparasitage. Lorsque les animaux sont régulièrement suivis, ces traitements doivent être réalisés au minimum deux fois par an, voire davantage selon les périodes et les conditions d’élevage.
La prévention des maladies animales repose donc essentiellement sur la vaccination et les traitements préventifs réguliers.
Quelles sont les mesures de prévention que chaque éleveur devrait adopter pendant cette saison ?
La première mesure fondamentale est la biosécurité. L’éleveur doit mettre en place des dispositions qui permettent de protéger son élevage contre l’introduction et la propagation des maladies.Tout d’abord, les animaux doivent être correctement abrités dans un espace adapté. L’accès au troupeau ne doit pas être libre : toute personne qui entre dans l’élevage doit respecter certaines précautions afin d’éviter d’introduire des agents pathogènes.
Il faut également veiller à l’hygiène du matériel, des vêtements et des chaussures utilisés dans l’élevage. L’idéal est de disposer d’équipements spécifiques réservés uniquement aux activités d’élevage, comme des chaussures ou des tenues qui ne sont pas utilisées à l’extérieur.
L’éleveur doit aussi adopter de bonnes pratiques, notamment la mise en quarantaine des nouveaux animaux acquis avant leur introduction dans le troupeau. Cela permet de vérifier leur état sanitaire et de limiter les risques de contamination.
À cet effet, les principales recommandations reposent sur la biosécurité et les bonnes pratiques d’hygiène. Ce n’est qu’après ces mesures de prévention que l’on peut renforcer la protection des animaux à travers la vaccination.
Quel est le rôle des services vétérinaires et de l’État dans la surveillance et la lutte contre les maladies animales ?
Il est vrai que la gestion quotidienne de l’élevage relève d’abord de la responsabilité de l’éleveur. Cependant, l’État joue un rôle important dans la protection du cheptel national, qui constitue un patrimoine à préserver.
L’une des principales interventions de l’État concerne l’organisation des campagnes de vaccination de masse. Ces opérations nécessitent souvent des moyens financiers importants que les éleveurs ne pourraient pas toujours supporter seuls. L’accompagnement de l’État permet donc de faciliter l’accès des producteurs aux services sanitaires.
Au-delà de la vaccination, les services vétérinaires assurent également la surveillance des maladies animales. Cette surveillance quotidienne permet de détecter l’apparition de nouvelles maladies, notamment celles qui présentent un risque de transmission entre l’animal et l’homme, appelées zoonoses, ou celles ayant un potentiel épidémique.
Prenons l’exemple de la peste des petits ruminants : cette maladie ne touche pas directement l’être humain, mais lorsqu’un grand nombre d’animaux sont affectés, elle peut provoquer d’importantes pertes au niveau des élevages. C’est pourquoi un suivi régulier des populations animales est nécessaire afin d’intervenir rapidement.
Le rôle des vétérinaires concerne également le contrôle de la qualité des produits vétérinaires utilisés dans les élevages. Il est essentiel que ces produits soient autorisés, de bonne qualité et utilisés par un personnel qualifié. Les services vétérinaires assurent ainsi le suivi des pharmacies vétérinaires et veillent au respect des normes relatives aux médicaments et autres intrants vétérinaires.
La lutte contre les maladies animales repose donc sur plusieurs piliers : la surveillance sanitaire, les campagnes de vaccination, le contrôle des produits vétérinaires et l’encadrement des acteurs qui interviennent dans le domaine de la santé animale.
Que doivent faire les éleveurs lorsqu’ils constatent une mortalité inhabituelle ou des symptômes suspects dans leur cheptel ?
Lorsqu’un éleveur constate une mortalité inhabituelle dans son troupeau, la première chose à faire est d’alerter immédiatement un vétérinaire. Il ne faut pas chercher à gérer la situation seul, car une mortalité brutale peut être le signe d’une maladie grave nécessitant une intervention rapide.
L’éleveur doit donc contacter le vétérinaire le plus proche afin qu’il puisse se déplacer, examiner les animaux et identifier l’origine du problème. Les services vétérinaires disposent également de laboratoires, notamment le Laboratoire vétérinaire national, qui permettent d’effectuer des analyses pour confirmer la maladie et orienter la prise en charge.
Je profite de cette occasion pour rappeler une mesure très importante : il ne faut absolument pas consommer les animaux morts ou les vendre. La consommation de ces animaux représente un danger pour la santé humaine et peut contribuer à la propagation de certaines maladies.
Il ne faut pas non plus abandonner ou jeter les animaux morts n’importe où, car cela peut favoriser la diffusion de l’agent responsable de la maladie dans l’environnement et contaminer d’autres élevages.
Nous avons déjà eu des cas où des éleveurs ont alerté les services vétérinaires après des mortalités importantes, notamment dans les élevages de volailles. Des prélèvements ont été réalisés et les analyses de laboratoire ont permis d’identifier la maladie afin de mettre en place une intervention adaptée.
Les médicaments vétérinaires vendus sur les marchés sont-ils toujours fiables ? Quels sont les risques liés à l’automédication des animaux ?
La présence de produits vétérinaires frauduleux sur le marché est une réalité. Si les services de contrôle existent, c’est justement parce qu’il y a des risques de fraude et de circulation de produits non autorisés.
Normalement, aucun produit vétérinaire ne devrait circuler sur le territoire béninois s’il n’a pas obtenu une autorisation officielle. Cette autorisation prend en compte plusieurs paramètres, notamment le nom du produit, sa composition, son conditionnement et les conditions de son utilisation.
Au niveau communautaire, des dispositifs réglementaires encadrent la circulation des médicaments vétérinaires. Au Bénin, les services compétents assurent le suivi du marché afin de vérifier que les produits commercialisés respectent les normes en vigueur.
Des contrôles sont régulièrement effectués dans les pharmacies vétérinaires et autres points de vente. Lorsque des produits suspects ou non conformes sont identifiés, ils peuvent être saisis. Dans certains cas, les dossiers sont transmis à la justice.
Toutefois, au-delà de la qualité des produits, il faut également insister sur leur bonne utilisation. Un médicament vétérinaire doit être administré avec le bon produit, à la bonne dose et au bon moment. Une mauvaise utilisation peut avoir plusieurs conséquences.
D’abord, elle peut entraîner l’apparition de résistances chez les animaux. Cela signifie qu’un traitement qui fonctionnait auparavant peut devenir inefficace parce que les agents pathogènes deviennent résistants.
Ensuite, l’utilisation inappropriée de certains produits peut présenter des risques pour le consommateur lorsque les délais d’attente avant la consommation des produits animaux ne sont pas respectés.
C’est pourquoi l’automédication est fortement déconseillée. Lorsqu’un animal est malade, l’éleveur doit faire appel à un professionnel de santé animale afin d’obtenir un diagnostic correct et un traitement adapté.
Quel message souhaitez-vous adresser aux éleveurs du Borgou et du Bénin en général ?
Le premier conseil que je peux donner aux éleveurs est de privilégier la vaccination. Il faut comprendre que la prévention coûte toujours moins cher que le traitement d’une maladie déjà déclarée.
Lorsqu’une maladie apparaît dans un élevage, les dépenses liées aux soins peuvent être importantes, sans garantie de réussite. C’est pourquoi il est préférable d’anticiper à travers les campagnes de vaccination et le respect des mesures de biosécurité.
Les mesures de biosécurité restent également essentielles. Elles demandent des efforts de la part des éleveurs, mais elles permettent de limiter considérablement les risques d’introduction et de propagation des maladies dans les élevages.
Les éleveurs doivent aussi être accompagnés dans la gestion de leurs animaux et adopter de bonnes pratiques sanitaires. La surveillance régulière du troupeau, l’hygiène des installations et le recours aux services vétérinaires sont indispensables.
En cas d’apparition de signes de maladie, il ne faut pas attendre que la situation s’aggrave. L’éleveur doit rapidement solliciter l’avis d’un professionnel afin d’identifier le problème et d’appliquer le traitement approprié.
Pour finir, la prévention reste la meilleure stratégie : vacciner, respecter les règles de biosécurité et collaborer avec les services vétérinaires permettent de protéger durablement les élevages.
Moudachirou ALIOU




