PNOPPA-BÉNIN : La plateforme qui porte la voix des organisations paysannes

Au Bénin, le monde agricole est organisé autour de nombreuses structures représentant les producteurs, les éleveurs, les pêcheurs et les différents acteurs des filières. Ces organisations ont chacune leurs préoccupations et leurs domaines d’intervention. Pour favoriser leur concertation et porter certaines préoccupations communes au niveau national, la Plateforme nationale des organisations paysannes et de producteurs agricoles du Bénin (PNOPPA-Bénin) se présente comme un cadre de représentation du mouvement paysan.
La PNOPPA-Bénin a été créée le 17 mars 2006 à Bohicon. Il s’agit d’une association à but non lucratif mise en place pour contribuer à l’organisation et au renforcement du mouvement paysan béninois. Elle est également affiliée au Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA), qui regroupe les plateformes nationales de la sous-région.
La particularité de la PNOPPA-Bénin réside dans son rôle de représentation. Elle n’a pas vocation à remplacer les différentes organisations paysannes qui existent au Bénin. Elle constitue plutôt un espace où ces organisations peuvent se retrouver, échanger sur leurs préoccupations et construire des positions communes sur les questions qui concernent le secteur agricole.
Au fil des années, plusieurs organisations ont ainsi été associées à la plateforme. Parmi celles citées dans les documents du ROPPA figurent notamment la Fédération des Unions de Producteurs du Bénin (FUPRO-Bénin), le Groupement des Exploitants Agricoles du Bénin (GEA-Bénin), l’Organisation Nationale des Paysans du Bénin (ONPB), l’Association Nationale des Éleveurs de Porcs (ANEP) et l’Union Nationale des Pêcheurs Marins et Assimilés du Bénin (UNAPEMAB). La composition de la plateforme a évolué au fil des années avec la structuration du mouvement paysan.
Cette diversité permet à la PNOPPA-Bénin de prendre en compte les préoccupations de plusieurs catégories d’acteurs du monde rural. Les difficultés liées au financement, à l’accès aux marchés, au foncier, aux intrants, aux changements climatiques ou encore à la participation aux politiques agricoles peuvent concerner plusieurs organisations, même si elles se manifestent différemment selon les filières et les territoires.
La plateforme joue ainsi un rôle d’interface entre les organisations paysannes, les pouvoirs publics et les partenaires techniques et financiers. Sa mission comprend notamment la représentation et la défense des intérêts de la profession agricole, la promotion des exploitations familiales, le développement des filières agro-sylvo-pastorales ainsi que le plaidoyer et la veille sur les politiques agricoles.
La PNOPPA-Bénin intervient donc dans les réflexions liées aux politiques et programmes agricoles. Au cours de son parcours, elle a été associée à différentes initiatives portant notamment sur le financement agricole, le foncier rural, le renforcement des capacités des organisations paysannes et le développement des exploitations familiales. Elle porte également des préoccupations communes aux organisations membres dans les espaces de dialogue avec les pouvoirs publics et les partenaires.
Après près de vingt ans d’existence, la plateforme a ouvert une nouvelle page de sa gouvernance en 2026. Le 29 juin, les représentants des organisations membres, réunis en Assemblée générale élective à Cotonou, ont élu Athanase Aguiya à la présidence de la PNOPPA-Bénin. Il a officiellement pris ses fonctions le 9 juillet, à l’occasion d’une cérémonie de passation de charges.
La nouvelle gouvernance compte notamment Sahadatou Atta Kakayatchi, présidente de la Fédération nationale des producteurs d’anacarde du Bénin (FENAPAB), élue première vice-présidente.
Le nouveau Conseil d’administration compte quinze membres.
Au terme de son mandat, Arouna Lawani avait mis en avant les efforts réalisés en matière de gouvernance, de transparence financière et de partenariats. De son côté, Athanase Aguiya a annoncé une restructuration de la PNOPPA-Bénin et un assainissement de sa gouvernance. Il entend également renforcer les services économiques destinés aux organisations paysannes et favoriser une mutualisation des ressources humaines entre la plateforme et ses démembrements.
Cette réorganisation s’accompagne d’un projet de formation avec la création d’une université paysanne. L’initiative vise à renforcer les compétences des élus et des cadres des organisations paysannes sur des questions telles que la gouvernance, la négociation, les politiques publiques, la gestion des organisations et les enjeux économiques du secteur agricole.
En tant que faîtière nationale, la PNOPPA-Bénin doit également composer avec les difficultés rencontrées par les acteurs du monde rural. Les changements climatiques, avec l’alternance entre périodes de sécheresse et épisodes d’inondation, perturbent les calendriers agricoles et affectent les productions. La dégradation des terres constitue également un enjeu pour les exploitations et pour la transition vers des pratiques agricoles plus durables.
À ces difficultés s’ajoutent celles liées à l’accès aux intrants et au financement. La cherté ou la disponibilité limitée de certains engrais, semences et équipements peut peser sur les capacités de production des exploitants. L’accès au crédit agricole demeure également une préoccupation pour les petits producteurs, notamment en raison des garanties demandées par les établissements financiers. Pour la plateforme, ces questions constituent des sujets de plaidoyer auprès des pouvoirs publics et des partenaires.
L’accès aux marchés et la valorisation des productions constituent également des enjeux importants. Une partie des produits agricoles est encore commercialisée sans transformation, ce qui limite la valeur ajoutée qui revient aux producteurs. La transformation locale et l’accès à des débouchés rémunérateurs figurent ainsi parmi les préoccupations qui intéressent les organisations paysannes.
Le foncier constitue un autre point de tension. Les difficultés liées à la sécurisation des terres peuvent freiner les investissements agricoles et provoquer des conflits entre différents usagers. Dans certaines zones, les tensions liées à l’accès aux ressources pastorales compliquent également les relations entre agriculteurs et éleveurs. Dans le nord du pays, la situation sécuritaire affecte par ailleurs les activités de certains producteurs.
La question de l’inclusion reste aussi présente dans les préoccupations du mouvement paysan. Les femmes rurales, pourtant fortement impliquées dans les activités agricoles et de transformation, rencontrent encore des difficultés dans l’accès à la terre, au financement et aux espaces de décision. L’entrée de plusieurs femmes dans les instances dirigeantes de la PNOPPA-Bénin en 2026, dont Sahadatou Atta Kakayatchi à la première vice-présidence, marque une évolution de la représentation au sein de la plateforme.
Pour les prochaines années, les principaux chantiers de la nouvelle équipe portent sur le dialogue avec les pouvoirs publics, le développement des services économiques, l’accès aux marchés et au financement, la formation des responsables et l’accompagnement des exploitations familiales. La plateforme entend également poursuivre son travail de plaidoyer en faveur d’une meilleure prise en compte des préoccupations des organisations paysannes dans les politiques publiques, notamment sur la valorisation des productions locales.
Près de vingt ans après sa création, la PNOPPA-Bénin conserve ainsi sa fonction de cadre national de représentation des organisations paysannes. Avec le changement de gouvernance intervenu en 2026, elle entend mieux organiser les organisations qui la composent, renforcer leurs capacités et faire davantage entendre leurs préoccupations dans les espaces où se décident les politiques agricoles.
Nadjahatou BAGUIRI



