CÔTE D’IVOIRE : La rémunération des femmes au cœur de la filière karité

La Côte d’Ivoire entend faire de la transformation locale du karité un levier d’amélioration des revenus des femmes qui assurent la collecte et la commercialisation des amandes.
Le 12 octobre 2026, à Kongodékro, près de Bouaké, le ministre de l’agriculture, du développement rural et des productions vivrières, Bruno Nabagné Koné, a appelé les industriels à mieux valoriser le travail de ces actrices, qui occupent une place essentielle dans l’approvisionnement de la filière.
Le message a été lancé lors de l’inauguration de l’usine de transformation de karité et de soja de BETA VEG OIL. Pour le ministre, le développement de l’agro-industrie doit bénéficier davantage aux femmes qui collectent les noix et commercialisent les amandes, en amont de la transformation. Il a notamment plaidé pour des partenariats durables entre les entreprises industrielles et les coopératives féminines, fondés sur la transparence des transactions, la régularité des achats et l’application de prix équitables.
Dans cette perspective, BETA VEG OIL prévoit d’acheter directement auprès des collectrices environ 20 % de ses besoins en matières premières. Cette disposition pourrait contribuer à rapprocher les productrices des unités industrielles et à leur offrir des débouchés plus structurés. Elle ne garantit toutefois pas, à elle seule, une amélioration de leurs revenus : les volumes réellement achetés, les prix pratiqués et les modalités de paiement seront déterminants pour mesurer les retombées de cet engagement.
L’enjeu est important pour une filière qui cherche à accroître la transformation des matières premières sur le territoire ivoirien. Pour la campagne 2026-2027, le prix minimum bord champ des amandes de karité bien séchées et triées a été fixé à 250 FCFA le kilogramme. Selon le bilan officiel de la campagne précédente, 51 697 tonnes d’amandes ont intégré le circuit formel de commercialisation en 2025-2026, tandis que 14 078 tonnes de beurre de karité ont été exportées vers treize pays d’Asie, d’Europe et d’Amérique. La Côte d’Ivoire compte par ailleurs une vingtaine d’unités de transformation, pour une capacité industrielle installée estimée à environ 130 000 tonnes d’amandes par an.
Ces chiffres soulignent le potentiel industriel de la filière, mais aussi la nécessité de mieux répartir la valeur créée entre les différents acteurs. La progression des capacités de transformation ne se traduit pas automatiquement par une hausse des revenus des collectrices. L’accès aux acheteurs, la qualité des amandes, les coûts de collecte et le pouvoir de négociation des coopératives influencent directement leur rémunération.
La question de la durabilité de la ressource constitue un autre défi. Le 7 octobre, le ministre des Eaux et Forêts, Jacques Assahoré Konan, a reçu une délégation de la Fédération nationale du karité de Côte d’Ivoire (FENKACI) pour évoquer les perspectives de développement de la filière. Les échanges ont notamment porté sur la recherche, la production de plants et la préservation du karité, une essence forestière importante dans le nord du pays.
La première édition du Salon national du karité, organisée les 13 et 14 octobre à Abidjan, offre également un cadre de discussion sur la commercialisation, la valorisation des produits, l’accès au financement des coopératives féminines et la gestion durable de la ressource.
Pour les femmes rurales, le défi sera désormais de convertir les ambitions industrielles en revenus plus stables et mieux rémunérés. La capacité des entreprises à respecter leurs engagements d’achat, à contractualiser avec les coopératives et à assurer une rémunération équitable déterminera en partie si la transformation locale devient un véritable moteur d’autonomisation économique.
Moudachirou ALIOU




