DU CHAMP À LA RÉSILIENCE : Voici comment les réformes redessinent le visage de l’agriculture béninoise

- Produire plus, risquer moins, la nouvelle équation du monde rural béninois
Climat capricieux, pression sur les sols, coûts de production élevés…
La campagne agricole 2024-2025 s’est ouverte au Bénin dans un contexte particulièrement exigeant. Pourtant, au fil des mois, une dynamique nouvelle s’est installée progressivement dans les exploitations agricoles. Subventions massives, innovations techniques, assurance agricole, appui à l’élevage et à la pêche : l’État béninois a engagé une série de réformes structurantes. Sur le terrain, les producteurs parlent d’un tournant assumé.
Immersion dans une campagne qui marque un pas décisif vers une agriculture plus résiliente.
Entre attentes persistantes et défis climatiques, l’inquiétude dominait dans plusieurs communes agricoles en début de saison.
Les pluies irrégulières, les épisodes de
sécheresse intermittente et la dégradation progressive de la fertilité des sols faisaient craindre une baisse des rendements. Dans les champs de maïs, de riz et surtout de coton, les producteurs savaient qu’ils jouaient une saison décisive. « Nous avons commencé la campagne avec beaucoup d’incertitudes. Les saisons ne sont plus comme avant. On ne peut plus se fier uniquement au calendrier agricole traditionnel », explique Issa Bako, producteur à Banikoara.
Face à cette réalité climatique, les autorités béninoises ont choisi de renforcer l’approche de résilience, en mettant l’accent sur l’adaptation des pratiques agricoles au contexte nouveau et la réduction de la vulnérabilité économique des exploitants.
Les réformes agricoles sont axées sur la résilience avec un objectif clair : produire plus, mais produire mieux, tout en protégeant les revenus agricoles. Ces réformes menées au cours de la campagne 2024-2025 s’articulent ainsi autour de trois priorités. Il s’agissait pour les acteurs de réduire les coûts de production, améliorer durablement les rendements, sécuriser les revenus face aux aléas.
Intrants subventionnés : un soulagement pour les exploitants
Mesure phare de la campagne, la subvention des engrais a constitué un levier majeur. 123 100 tonnes d’engrais, urée et superphosphate, ont été mises à disposition à prix réduit, représentant un effort financier national de 24,4 milliards de FCFA.
Chez les producteurs, cette décision est décrite comme déterminante.
« Avant, acheter les engrais était un vrai problème. Beaucoup réduisaient les doses ou cultivaient moins de surface. Cette année, nous avons pu fertiliser correctement nos champs », témoigne Ramatou Gado, productrice de maïs à Kandi. L’impact est ainsi plus que double : augmentation des surfaces cultivées, amélioration de la fertilité des sols et hausse des rendements à l’hectare. Plusieurs producteurs soulignent aussi une meilleure organisation de la distribution, même si des retards ponctuels ont été signalés.
Des champs plus techniques, une agriculture plus moderne
La campagne 2024-2025 a vu une montée en puissance des pratiques agricoles résilientes.
Pour mieux gérer la ressource hydrique, les producteurs ont utilisé les techniques recommandées que sont le labour en sillons pour limiter l’érosion et l’irrigation localisée.
L’innovation variétale a également marqué la saison. Des variétés de coton plus tolérantes à la sécheresse et aux maladies ont été introduites. Dans certaines zones, la mécanisation progresse, associant traction animale et équipements modernes.
Pour Abdoulaye Tchabi, conseiller agricole, « Le changement se voit dans les pratiques. Les producteurs sont plus réceptifs aux formations. On observe moins de pertes et une meilleure maîtrise technique». Les sessions de formation et d’encadrement technique ont joué un rôle clé dans cette évolution.
L’assurance agricole, une révolution silencieuse
Le déploiement de l’assurance agricole est une autre innovation majeure qui a contribué significativement à l’amélioration des résultats agricoles. D’abord destinée à 11 000 producteurs de riz, elle s’est étendue progressivement à d’autres filières. Pour les producteurs, cette couverture représente une sécurité nouvelle. « Quand la pluie détruit la récolte, on perd tout. Avec l’assurance, on ne tombe plus complètement à zéro », souligne Saliou Idrissou, riziculteur rencontré à Nikki.
Ce mécanisme contribue à stabiliser les revenus et encourage les producteurs à investir davantage dans leurs exploitations.
Élevage et pêche, des sous-secteurs aussi concernés
Les réformes ne se limitent pas aux cultures végétales. Dans l’élevage, l’État a soutenu l’insémination artificielle et facilité l’accès à l’alimentation animale. Du côté de la pêche, la fourniture de larves de poisson dynamise la pisciculture. « Avec les alevins reçus, nous avons pu augmenter notre production de poisson. Cela améliore nos revenus et l’alimentation locale », indique Adama Orou, pisciculteur à Parakou.
Le coton, une performance qui confirme le leadership béninois
La filière coton reste la vitrine des performances agricoles. La production 2024-2025 est estimée à 669 000 tonnes, en hausse de 11,5 %. Le rendement moyen atteint 1 190 kg/ha.
Cette progression conforte la place stratégique du coton dans l’économie nationale. Elle résulte de la combinaison intrants, innovations variétales et lutte contre les ravageurs.
Au-delà des chiffres, les effets sont visibles dans les ménages ruraux. Hausse des revenus, capacité à investir, motivation accrue : plusieurs producteurs parlent d’un changement de perspective. « Aujourd’hui, nous sentons que notre travail est soutenu. Les primes aux rendements nous encouragent à faire mieux », confie Inoussa Sidi, producteur à Parakou.
Des défis encore présents
Malgré ces avancées, des insuffisances persistent. Ils sont entre autres l’accès au crédit, la mécanisation limitée pour certains et la pression environnementale liée aux intrants chimiques. Les acteurs attendent encore plus du gouvernement. Ils appellent à la poursuite des efforts vers une agriculture plus durable.
Néanmoins, tout le monde s’accorde sur le fait que l’agriculture béninoise entre dans une phase de transformation profonde. Les bases d’un système plus résilient sont posées, même si la consolidation reste essentielle.
Dans les champs, une conviction s’installe : l’avenir agricole du Bénin se construit désormais entre réformes publiques, innovation technique et engagement des producteurs.
Moudachirou ALIOU




