HAUSSE DES PRIX DES PRODUITS AGRICOLES AU NORD BENIN : Les causes profondes de la situation exposées

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. Ce que peuvent faire les acteurs de la chaîne agricole

Les prix des produits agricoles notamment les produits céréaliers ont connu une flambée depuis surtout la 2ème quinzaine du mois de novembre 2021. C’est la situation inhabituelle qui a cours sur le terrain alors que l’on est de plain pieds dans la récolte généralement dans la région septentrionale. Plusieurs facteurs expliquent l’augmentation des prix de ces produits. Mais face à cette situation, les acteurs de la chaîne agricole sont-ils sur le qui-vive ? Que peut faire l’État pour faire baisser les prix desdits produits ? Spécialistes et divers acteurs se prononcent.

L. Sébastien DOFFA

300 Fcfa le kg de soja ; 250 F cfa celui de maïs ; ce sont là les prix qui restent toujours variables de quelques produits céréaliers sur le marché au Nord Bénin depuis novembre 2021. « Ces prix qui ne représentent que la partie cachée de l’iceberg traduisent une situation quasiment particulière dans le dernier trimestre de l’année 2021 surtout dans la partie septentrionale du pays avec une tendance nettement haussière et préoccupante », s’est alarmé Boni ISSIFOU, un opérateur économique qui est dans l’achat et la vente de maïs et du soja rencontré dans l’arrondissement de Fô-Bouré, commune de Sinendé. Si cet acteur de la chaîne agricole a exprimé ses inquiétudes, la hausse des prix des produits céréaliers au Nord Bénin dès surtout la mi-novembre n’est pas le fruit du hasard. Plusieurs facteurs sont à l’origine de cette situation. C’est ce que soutiennent plusieurs acteurs de la chaîne agricole. « Je peux déjà vous dire qu’en situation normale si on avait les moyens qu’il nous faut, normalement il faut réaliser une étude complète et détaillée pour pouvoir comprendre un peu la situation et les facteurs qui expliquent l’augmentation que nous avons constatée au cours du mois de novembre ». Ces propos sont ceux du Docteur Epiphane SODJINOU. Ce spécialiste de l’Agroéconomie à l’Université de Parakou pense que l’augmentation du prix des produits agricoles peut être expliquée par un certain nombre de facteurs immédiats et relativement complexes. Il y a d’abord une exportation des produits agricoles qui se réalise notamment vers le Nigéria, le Niger et le Burkina-Faso. Parce que, explique ce scientifique, ces pays qui normalement produisent de grandes quantités de vivriers sont maintenant confrontés à des problèmes de crises sécuritaires et autres si bien que les agriculteurs n’arrivent plus à développer les parcelles sur lesquelles ils avaient l’habitude de travailler. La production a donc connu une baisse dans ces pays alors que la population augmentant, la demande augmente. « Du coup, ils sont obligés de se rabattre sur notre pays pour avoir la quantité de produits nécessaires », a avancé le Dr Epiphane SODJINOU. « Un autre facteur qui pourrait expliquer ce qu’on a constaté, c’est que les commerçants locaux ont commencé par faire une certaine forme de spéculation. Ceux qui ont eu à faire des stocks l’année 2020 ont réussi à vendre de grandes quantités de produits à des prix très élevés et rentables. Ceux-là aussi ont commencé par constituer de grands stocks cette année pour pouvoir engranger une certaine forme de bénéfice dans la nouvelle année », a-t-il poursuivi. Mais ces facteurs sont loin d’être les seuls. Une autre situation qui pourrait expliquer ce qu’on a constaté en novembre, c’est que la production qui sort généralement dans la région septentrionale au cours du 2ème semestre de l’année, cette production n’était pas encore à son niveau maximum. Toujours de l’avis des spécialistes, il y a aussi la production de la vallée de l’Ouémé qui n’a pas encore atteint le niveau qui permet de faire baisser les prix. Autre chose qui a fait l’objet de l’analyse des spécialistes rencontrés, c’est que malgré les efforts de l’État pour contrôler les sorties des produits vers les autres pays, ça n’arrive pas toujours à arrêter les sorties en question. Sur ce facteur, un producteur pas des moindres dans la commune de Nikki qui a requis l’anonymat partage parfaitement cet avis des scientifiques. Pour lui, les populations qui sont dans les zones frontalières arrivent facilement à faire sortir les produits agricoles surtout céréaliers. Et du coup, contribuent en quelque sorte à une diminution de l’offre locale et donc à une augmentation du prix et la demande étant toujours élevée. Mais les spécialistes rapprochés connaissent bien la cause de ce phénomène à la peau dure. C’est parce qu’il y a toujours des voies détournées pour faire sortir les produits sans que les corps de contrôle étatiques qui sont aux frontières soient en mesure de détecter ; ou bien il y a des chemins sur lesquels il n’y a pas les forces de l’ordre pour pouvoir contrôler les sorties. L’autre paramètre qu’il faudra prendre en compte ou à ne pas négliger, selon l’avis des hommes de science, c’est qu’on s’approche de plus en plus des fêtes de fin d’année qui font que du coup les prix des produits tels que le riz et consorts qui étaient comme alternatives à la consommation de maïs ces produits aussi connaissent de l’augmentation en terme de prix et engendrent indirectement une ruée de la population vers les céréales de production locale qui connaissent en quelque sorte une augmentation. Face à cette situation dont les causes semblent être aussi variés que complexes, les populations ne savent pas à quel saint se vouer. C’est du moins le sentiment qui anime beaucoup de femmes venues pour acheter du maïs pour la consommation de leur ménage, rencontrées au marché dépôt dans le 3ème arrondissement de la commune de Parakou dans la 2ème quinzaine de décembre 2021. « J’ai la peur au ventre que si la hausse des prix reste en l’état que nous qui nous débrouillons dans de petites activités pour vivre soyons incapables de supporter les différents coûts à la longue », s’est désolée dame Alimatou BOUCARI. Un sentiment qui sort du cadre de la commune de Parakou et même varie selon l’acteur rencontré. « Si nous producteurs n’y prenons pas garde, nous risquons de courir derrière l’argent du fait de l’augmentation des prix de nos produits comme le maïs, le soja et retourner au champ pour la nouvelle saison dans la famine », a confié Worou SANNI, un jeune cultivateur de céréales dans l’arrondissement de Kika, commune de Tchaourou rencontré en train de vendre du maïs. Face à la situation de hausse des prix des produits agricoles observée sur les différents marchés au nord Bénin, beaucoup de voix s’élèvent au quotidien et pensent que quelque chose doit être fait pour inverser un tant soit peu la donne. Des inquiétudes qui semblent légitimes dans le rang de plus d’un des acteurs de la chaîne agricole rapprochés. C’est l’avis du Dr Epiphane SODJINOU. Cet Agroéconomiste à l’Université de Parakou pense que si on se base sur ce qui se passe actuellement, ce que l’Etat peut faire pour faire baisser les prix, le moyen le plus facile, c’est de faire une sorte de subvention. « Mais cette option n’est pas toujours facile parce que les moyens au niveau de l’Etat ne suffisent pas toujours à faire des subventions et permettre aux gens d’acheter à des coûts raisonnables », a-t-t-il fait remarquer. Selon toujours les propos de cet universitaire, l’autre moyen, c’est de pouvoir aussi trouver des possibilités pour arrêter les sorties des produits et encourager aussi les spéculateurs locaux à commencer par mettre leurs produits sur le marché. Ces avis du Dr Epiphane SODJINOU sont bel et bien partagés par les bonnes dames rencontrées sur les marchés. « Nous demandons au gouvernement de faire quelque chose pour nous aider à faire baisser les prix des produits agricoles », a lancé une bonne dame qui a requis l’anonymat au marché Arzékè de Parakou. Mais Robin ACCROMBESSI, président de l’association la voix des consommateurs pense qu’il faut l’action en commun des consommateurs pour protéger leurs droits. « C’est l’action commune qu’il nous faut. Il ne s’agit pas d’envoyer quelques-uns sur le terrain et leur dire vous allez vous mettre devant la billonnette ; on ne refuse pas devant une certaine presse. Mais nous avons besoin de la solidarité des consommateurs, laquelle manque », tranche-t-il avant d’ajouter que dans les pays où ça marche, c’est comme ça que ça fonctionne. Il est même allé loin dans ses propos. Pour lui, ça ne coûte rien de commencer par communiquer tous les jours pour que nos gouvernants l’entendent. « Nous les avons élus pour qu’ils nous apportent le meilleur. C’est notre droit de réclamer tous les jours pour que les gouvernants se battent pour que nous ayons le meilleur. Si nous ne faisons rien, ça veut dire que nous n’avons aucun problème », a-t-il rappelé. Les divers points de vue des populations recueillis sur le terrain montrent que la hausse incontrôlée des prix des produits agricoles sur le marché au nord Bénin traduit un cas peu ordinaire. A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles, dit le vieil adage.

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