LE FOND INTERNATIONAL DE DÉVELOPPEMENT AGRICOLE ( FIDA) : Bientôt 50 ans de lutte contre la pauvreté rurale et l’insécurité alimentaire dans le monde

Face à la pauvreté rurale, à l’insécurité alimentaire et aux effets croissants du changement climatique, le développement des zones rurales constitue un enjeu majeur pour de nombreux pays. C’est dans ce contexte que le Fonds international de développement agricole (Fida) a été créé en 1977. Institution financière internationale et agence spécialisée des Nations Unies, le Fonds concentre son action sur les populations rurales, avec pour ambition de réduire la pauvreté, renforcer la sécurité alimentaire, améliorer les revenus et rendre les économies rurales plus résilientes.
Basé à Rome, en Italie, le Fida finance des projets et programmes dans les pays en développement. Son intervention cible notamment les petits producteurs agricoles, les femmes, les jeunes et les communautés rurales vulnérables. Pour le Fonds, le développement rural ne repose pas uniquement sur l’augmentation de la production. Il passe également par l’accès au financement, aux marchés, aux infrastructures, aux équipements et aux connaissances nécessaires pour développer les activités économiques.
La création du Fida est liée à la grave crise alimentaire qui touche plusieurs régions du monde au début des années 1970, notamment le Sahel. Les pénuries alimentaires, la famine et la malnutrition conduisent la communauté internationale à rechercher des réponses durables. Le constat est alors que la faim est aussi liée à la pauvreté des populations rurales, qui limite leur capacité à investir, produire et accéder aux marchés.
La Conférence mondiale de l’alimentation organisée par les Nations Unies à Rome en 1974 constitue une étape importante dans ce processus. Trois ans plus tard, en 1977, le Fida voit officiellement le jour en tant qu’institution financière internationale. Sa mission est de mobiliser des ressources pour financer des projets et programmes destinés à améliorer les systèmes de production alimentaire et à soutenir le développement agricole.
Près de cinq décennies plus tard, cette vocation demeure. Mais les défis des populations rurales se sont multipliés. Aux difficultés liées à la pauvreté et aux faibles revenus s’ajoutent les effets du changement climatique, les crises alimentaires, les difficultés d’accès aux financements et aux marchés ainsi que les inégalités.
Le Fida cherche donc à agir sur plusieurs de ces facteurs. Ses interventions visent à améliorer les capacités productives des populations rurales, faciliter leur accès aux services financiers et aux marchés et renforcer la résilience des activités économiques. L’accompagnement peut porter sur les intrants, les équipements, les infrastructures rurales, la formation, le financement, les technologies et la commercialisation.
Une attention particulière est accordée aux petits exploitants agricoles. Malgré leur rôle essentiel dans les systèmes alimentaires, beaucoup disposent de ressources limitées pour moderniser leurs exploitations ou faire face aux aléas climatiques. Le Fonds cherche ainsi à leur permettre d’accroître leur productivité et surtout de mieux valoriser leur production.
Les femmes et les jeunes occupent également une place importante dans cette stratégie. Leur participation aux activités économiques rurales est encouragée afin de favoriser la création de revenus, d’emplois et de nouvelles perspectives dans les campagnes.
Pour atteindre ces objectifs, le Fida travaille avec les gouvernements, les organisations de producteurs, les institutions financières, le secteur privé, les collectivités territoriales, la société civile et d’autres partenaires techniques et financiers. Il mobilise notamment des prêts à des conditions favorables et des dons pour financer les investissements dans les pays en développement.
À l’échelle mondiale, les résultats témoignent de l’importance prise par l’institution. Les projets en cours du Fida touchent directement 92 millions de personnes rurales et sont actuellement mis en œuvre dans plus de 90 pays. Le Fonds indique également avoir permis, au cours des trois dernières années, à 49 millions de personnes d’accroître leurs revenus, à 39 millions d’améliorer leur accès aux marchés et à 40 millions d’augmenter leur production.
L’organisation a progressivement élargi son action à la création d’emplois et au développement des entreprises rurales. Les campagnes ne sont donc plus considérées uniquement comme des espaces de production agricole. Elles doivent également devenir des territoires capables de créer des activités économiques et d’offrir des opportunités aux jeunes.
Cette orientation était notamment portée par Fida 13, la treizième reconstitution des ressources du Fonds, couvrant la période 2025-2027. Elle prévoyait un programme de travail de 10 milliards de dollars et visait à améliorer les conditions de vie de plus de 100 millions de personnes rurales. L’ambition était également de contribuer au doublement de l’impact du Fonds à l’horizon 2030.
Au Bénin, cette coopération remonte à 1978. En près de cinq décennies, le Fida a financé 14 programmes et projets de développement rural, pour un investissement total de 552 millions de dollars, dont 257 millions directement mobilisés par le Fonds. Ces interventions ont notamment porté sur le maraîchage, à travers le Programme régional d’intégration des marchés agricoles (Prima), le Projet d’appui au développement agricole et à l’accès au marché (Padaam) et le Projet d’appui au développement du maraîchage (Padmar). Elles ont également concerné le développement agricole, l’accès aux marchés, les services financiers ruraux et l’intégration des marchés agricoles.
Le portefeuille béninois comprend également un projet consacré à la formation professionnelle, à l’emploi et à l’entrepreneuriat rural, dont le coût total est évalué à 149,1 millions de dollars. Le Fida intervient aussi dans les filières du riz, du soja, de l’ananas, du manioc, du maïs et du maraîchage, avec l’objectif d’améliorer les revenus des petits producteurs et leur résilience face au changement climatique.
L’accès au financement constitue un autre axe de cette coopération. En avril 2025, le Fida a accordé un prêt de 3 millions d’euros à PEBCo-BETHESDA pour faciliter l’accès à la microfinance des agriculteurs et des petites entreprises rurales. Le projet devrait contribuer à la création de plus de 10 000 emplois et toucher directement plus de 20 000 personnes. Les femmes devraient représenter près des trois quarts des emprunteurs et les jeunes environ un tiers.
À travers ces investissements, le Fonds entend faire du financement un levier de transformation des territoires ruraux. Il s’agit de permettre aux producteurs et entrepreneurs d’investir, de développer leurs activités, de créer des emplois et de mieux résister aux chocs économiques et climatiques.
Après près de 50 ans d’existence, le Fida doit cependant composer avec de nouveaux défis. La croissance démographique, le changement climatique, les crises alimentaires et la nécessité de créer davantage d’emplois en milieu rural obligent l’institution à adapter ses interventions et à mobiliser de nouvelles ressources.
De la crise alimentaire des années 1970 aux enjeux actuels liés à la résilience climatique et à la transformation des systèmes alimentaires, le Fonds a ainsi fait évoluer son action sans abandonner sa vocation première : donner aux populations rurales les moyens de produire, d’entreprendre, d’améliorer leurs revenus et de participer au développement de leur pays.
Près de cinq décennies après sa création, l’enjeu reste donc de transformer les investissements en résultats concrets pour les populations rurales : davantage de production, d’emplois, de revenus et de résilience. Au Bénin comme ailleurs, le défi du Fida est désormais de faire de ces territoires des espaces où l’agriculture et les activités rurales peuvent devenir de véritables moteurs de développement.
Nadjahatou BAGUIRI




