INDUSTRIE LAITIÈRE : L’Afrique accélère sa transformation pour réduire les importations

L’Afrique cherche à transformer son potentiel laitier en une véritable industrie agroalimentaire, capable de répondre à une demande croissante et de réduire la dépendance aux importations. De l’Afrique de l’Est à l’Afrique du Nord, plusieurs pays renforcent leurs élevages, investissent dans la transformation et développent leurs exportations. Le Kenya, l’Ouganda, l’Éthiopie, l’Égypte et l’Afrique du Sud figurent parmi les principaux acteurs de cette évolution, tandis que le Nigeria multiplie les initiatives pour rattraper son retard.
Selon les données de la FAO compilées par Our World in Data, la production africaine de lait atteignait environ 55,1 millions de tonnes en 2024. Les volumes restent toutefois inégalement répartis entre les pays, et les performances en matière de transformation industrielle varient considérablement.
En Afrique de l’Est, le Kenya et l’Ouganda illustrent les possibilités de développement de la filière. Au Kenya, la production laitière a atteint environ 5,33 milliards de kilogrammes en 2024, contre 5,24 milliards en 2023, selon le Bureau national des statistiques du pays. Les quantités collectées par les transformateurs ont également progressé, passant de 810,7 millions de kilogrammes en 2023 à 908,4 millions en 2024. Le pays dispose ainsi d’un réseau de transformateurs et de mini-laiteries qui contribue à la commercialisation du lait conditionné.
L’Ouganda affiche également une progression notable. D’après les statistiques de son ministère de l’Agriculture, la production est passée de 2,7 milliards de litres en 2020 à 5,4 milliards en 2024. Les recettes d’exportation de lait et de produits laitiers ont parallèlement augmenté, de 102,6 millions de dollars en 2022 à 285,4 millions en 2024. La poudre de lait, le lait traité à ultra-haute température (UHT) et d’autres produits transformés participent à cette expansion commerciale.
En Éthiopie, les autorités misent sur l’amélioration génétique du cheptel et les investissements industriels. En février 2025, Ethiopian Investment Holdings et l’Agricultural Works Corporation ont conclu un accord avec la société britannique Asset Green pour un projet intégré d’élevage laitier et d’agriculture commerciale évalué à près de 600 millions de dollars. La première phase prévoit notamment une exploitation laitière, une unité de transformation et des cultures fourragères sur 15 000 hectares. Ce projet traduit l’ambition de développer une chaîne de production intégrée, de l’alimentation animale à la commercialisation des produits laitiers.
En Afrique du Nord, l’Égypte figure parmi les principaux producteurs du continent et dispose de capacités importantes de transformation. Le Maroc développe également son industrie laitière, notamment dans la production de lait transformé et de fromage. En Afrique australe, l’Afrique du Sud se distingue par une filière laitière structurée, avec des activités de production, de transformation et de distribution à grande échelle. Ces pays montrent que le développement du secteur ne dépend pas uniquement du nombre d’animaux, mais aussi des équipements industriels, de la qualité sanitaire et de l’organisation des circuits de commercialisation.
En Afrique de l’Ouest, le Nigeria cherche à s’inscrire dans cette dynamique. Malgré un cheptel bovin estimé à plus de 20 millions de têtes, sa production laitière reste insuffisante pour couvrir la demande nationale. En juin 2025, le gouvernement a annoncé son ambition de doubler la production annuelle, de 700 000 à 1,4 million de tonnes en cinq ans, notamment grâce à l’amélioration génétique et à l’investissement privé. En octobre 2026, les discussions engagées avec l’Ouganda ont porté sur le potentiel de coopération en matière de génétique animale, d’alimentation du bétail, de santé animale et de transformation laitière.
Malgré ces avancées, plusieurs obstacles freinent encore l’industrialisation de la filière sur le continent : la faible productivité de certains troupeaux, le coût des aliments pour animaux, les difficultés de collecte, l’insuffisance des équipements de refroidissement et les contraintes de financement. En Éthiopie, par exemple, une part limitée de la production passe par les coopératives et les unités privées de transformation, ce qui laisse une marge importante pour les investissements.
L’enjeu pour l’Afrique est donc de mieux relier les éleveurs aux unités de transformation, de sécuriser la qualité du lait et de développer des produits adaptés aux marchés locaux et régionaux. Les expériences du Kenya et de l’Ouganda, les investissements annoncés en Éthiopie et les ambitions du Nigeria illustrent plusieurs possibles. Leur réussite dépendra toutefois de la capacité des gouvernements et du secteur privé à convertir les projets en infrastructures opérationnelles, en gains de productivité et en débouchés durables pour les producteurs.
Moudachirou ALIOU




