Un jardinier de la ville à qui la terre donne tout.

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Pour ce cinquième numéro de votre journal, nous vous emmenons à la découverte d’un maraïcher de profession. Il s’agit d’Abdou-Karim Aboubacar : jardinier au quartier Bawèra dans le premier arrondissement de Parakou.

Par Brice MENAÏ (Stag)

Fils de paysans comme il le clame haut et fort et lui-même père de plusieurs enfants, le sexagénaire a une passion unique pour la terre : cultiver pour se nourrir et pour nourrir sa famille car pour lui, rien ne vaut la terre au monde. Il confesse : « J’ai commencé le jardinage depuis mon enfance avec mon papa ». Voilà qui résume d’entrée le long parcours de Abdou-Karim Aboubacar, du haut de ses 60 ans d’âge. Depuis 40 ans qu’il exerce le métier de maraîchage, Abdou-Karim dégage une grande passion pour les champs. Cette passion émane de son père Abdou-Karim, un riche laboureur aux côtés de qui Aboubacar atteste avoir appris à pratiquer l’agriculture pour subvenir aux bésoins de sa famille. Mais au-delà de cet aspect immémorial, notre jardinier a une autre justification qui certifie son attachement à la terre nourricière. « La terre, c’est une bonne chose pour nous tous. Même Dieu qui a créé la terre sait que c’est là qu’il a mis notre mangé » martèle-t-il. Dans son jardin au bas-fond du quartier Bawèra, où il nous a reçus dans l’après-midi de ce mardi 06 novembre 2019, la beauté des différentes cultures qui y sont pratiquées attirent l’admiration. Sur une superficie d’un hectare, l’oignon, les plants de tomate, du piment, de la laitue, de la carotte, des légumes et bien d’autres produits maraîchers occupent l’espace. Ici, malgré son outillage rudimentaire, Abdou-Karim Aboubacar s’y défend inlassablement. C’est son gagne-pain et loin de se contenter du travail abattu dans ce bas-fond, le jardinier nous confie qu’il est également producteur de bananes et dispose environ de deux hectares dans les encablures du fleuve Okpara à l’entrée Est de Parakou. En dehors des bananes, il produit également du gombo et du maïs. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’entre Abdou-Karim et le jardinage, c’est une histoire d’amour : « C’est un bon métier. Même si on m’embauche comme fonctionnaire, je ne veux pas. Ce que je gagne dans le jardinage me suffit ».  Une passion qui ne cache pas les difficultés du métier A Parakou, le métier de jardinier reste encore essentiellement artisanal. Les productions se font dans les bas-fonds. Bien que les jardiniers s’approprient peu à peu des matériels plus modernes comme les moto-pompes dans l’arrosage, les outils utilisés sont encore loin de booster la production afin de parvenir à satisfaire toute la demande. D’où cet appel de Abdoul-Karim au gouvernement. « Il faut que le gouvernement nous fournisse des matériels et nous donne des formations. Cela va nous permettre d’augmenter notre productivité et éviter l’importation des produits maraîchers des pays comme le Burkina Faso ». Plus loin, il demande à l’Etat de véritablement penser à la valorisation de ce secteur comme il l’a fait avec le secteur du coton. « L’Etat doit nous aider en fixant les prix comme pour le coton et acheter les produits chez les jardiniers » Parallèlement à cet appel à l’exécutif, Abdou-Karim Aboubacar pense que la Coopérative des maraîchers de Parakou à laquelle il appartient, doit œuvrer davantage pour l’harmonisation des prix de leurs produits sur le marché et déplore le manque de collaboration dans l’association. En ce qui concerne justement le marché, le jardinier dévoile que l’activité est plus rentable en saison sèche qu’en saison pluvieuse. Abdou-Karim Aboubacar lance un appel à la jeunesse. Après plus de cinquante ans dans le jardinage, Abdou-Karim Aboubacar est plus que jamais motivé et veut d’ailleurs repousser ses limites. Son prochain défi reste l’extension des superficies qu’il emblave. Il se dit prêt à mieux faire pour concurrencer ses collègues jardiniers. Mais à côté, l’homme se dit plus préoccupé du sort de la jeunesse. « Nous avons une jeunesse qui ne veut rien faire, une jeunesse qui se plaint du manque d’emplois alors que les terres sont encore riches et constituent un trésor ». Il appelle la jeune génération à investir dans la terre car déclare-t-il : « il n’y a rien au bureau » faisant ainsi référence aux illusions d’une grande partie des jeunes diplômés à vouloir forcément travailler dans la fonction publique.

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