PROGRAMME DES PLANTATIONS ET DES GRANDES CULTURES : Vers une révolution, une opportunité pour les agriculteurs

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. Les acteurs agricoles saluent le leadership de Talon

Sous la gouvernance du président Talon, le Bénin sort progressivement des sentiers battus dans l’agriculture. Depuis un an déjà, les acteurs du monde agricole admiratifs du leadership du Chef de l’Etat attendent de voir se réaliser un miracle. Le programme national de développement des plantations et des grandes cultures est une opportunité pour eux et nourrit des espoirs, non sans susciter également des craintes.

L. Sébastien DOFFA

Pierre après pierre, le Gouvernement balise la voie devant mener à une de ses ambitions phares : faire du Bénin une puissance agricole régionale. Lentement mais sûrement, la vision prend corps avec le programme national de développement des plantations et des grandes cultures qui s’étend sur le quinquennat 2021-2026 et dont l’étude de faisabilité a été annoncée fin juillet 2021. On comprend donc qu’un nouveau palier vient ainsi d’être franchi, dans les objectifs que se sont fixés le Gouvernement et son chef, dans le Programme d’action en cours. Tant, ce programme des plantations et des grandes cultures suscite de l’intérêt, tenant compte des investissements massifs consentis dans le secteur agricole. Ainsi, il a retenu les attentions à la revue 2020 du secteur agricole, où ses grandes lignes ont été présentées.
Des objectifs ambitieux
Selon Dossa Aguémon, directeur de cabinet du ministre de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche, l’Etat a voulu sortir de son carcan, pour optimiser la mise en valeur des terres cultivables et attirer des investissements agro-industriels. « On note un volontarisme qui pousse l’Etat à sortir de son rôle ordinaire pour créer l’environnement, prendre même des risques pour donner un point d’appui aux acteurs qui sont désireux d’embrasser les grandes plantations », explique-t-il. A en croire les propos du Dc, les modalités sont toujours en étude. L’Etat aménage. Des contrats de concession sont prévus avec des payements des revenus annuels, en fonction du cycle de la culture. « On note l’appétit manifeste des investisseurs. Et ça, on peut le voir à travers la tendance à la demande de crédit », précise Dossa Aguémon.
Juste l’information de l’annonce du programme national de développement des plantations et des grandes cultures tombée dans leurs oreilles, les acteurs du secteur agricole accordent déjà leur violon à voir dans ce programme une révolution. « C’est ce qu’il nous faut pour faire avancer notre pays. Le secteur agricole est à la base de tout. On attendait cela depuis des décennies. Et là, la Chambre nationale d’agriculture applaudit », se félicite Isabelle Mègbèto, secrétaire adjointe élue de la Chambre nationale d’agriculture. Son avis est soutenu par nombre de producteurs rapprochés dans les exploitations agricoles. « Oui ; je dirai que c’est ça qu’il faut pour faire avancer les choses », affirme Mama Gahou Moussamilou, ingénieur agronome chargé de production au centre agricole de Djougou qui va plus loin en expliquant que les pays qui ont vite compris sont en avance sur nous. « Quand vous prenez le Nigéria, la Côte d’Ivoire, le Ghana, pour ne citer que ces pays-là, ils ont progressé en matière des plantations : anacardier, caféier, cacaoyer, hévéa et les grandes cultures comme le maïs, le soja », reconnait ce spécialiste. Les acteurs du monde agricole voient même sa transfiguration avec ce programme. « Beaucoup de choses vont changer. On va dépasser l’auto-suffisance alimentaire, transformer nos produits et les exporter », poursuit Isabelle Mègbèto. Comme elle, plusieurs producteurs rencontrés sur le terrain trouvent déjà que le programme des plantations et des grandes cultures est venu à point nommé. « C’est une initiative qui va booster le secteur et le rendre plus compétitif. C’est un programme ambitieux qui tourne autour de toutes les chaînes en matière d’approvisionnement des intrants de matières premières », nous a confié Sharaf-Dine Salami, jeune ingénieur agronome et promoteur de la ferme Agronomic Solution qui reconnait que c’est un effort louable de la part du gouvernement. Plusieurs spéculations sont concernées dans ce programme gouvernemental.

Une diversité de cultures
L’agroforesterie est au cœur du programme national de développement des plantations et des grandes cultures. Ainsi, l’anacardier pourra être densifié sur 500 000 ha. L’hévéa prendra place sur près de 100 000 ha, le cacao sur 50 000 ha avec un point d’honneur sur le bio et le cocotier sur probablement 20 000 ha. D’autres cultures à fortes valeurs ajoutées, telles que la banane plantin, la mangue, le pommier africain, le baobab, l’avocat, le karité, le café seront enrôlées dans ce programme à la demande des investisseurs. Ce qui donne déjà de bonnes raisons au Ministre Gaston Dossouhoui de croire en un avenir plus radieux de l’agriculture. « De ce fait, nous allons améliorer sensiblement la productivité de nos exploitations agricoles, nous allons améliorer la qualité de nos plantations de cajou, nous irons vers la transformation domestique et nous allons créer de la valeur ajoutée », martèle-il. Avec ce programme, le Gouvernement du président Talon mise plus que jamais sur l’atteinte d’une de ses ambitions phares. « La production à grande échelle de céréales, racines et tubercules pour non seulement couvrir nos besoins mais dégager des excédents suffisants, importants pour couvrir les besoins de la sous-région. Nous sommes dans une échelle régionale très florissante où de belles perspectives s’ouvrent devant nous », poursuit Gaston Dossouhoui. « Quand on aura fait tout ça, il sera difficile pour un opérateur au Bénin de dire qu’il veut transformer et qu’il n’a pas de matières premières, qu’il veut investir et qu’il n’a pas trouvé de terres. On va finir avec ça. Une coopérative qui veut se lancer et qui ne dispose pas des moyens de départ a la possibilité de rentrer en contrat et de démarrer », détaille Dossa Aguémon. Les marchés européen, asiatique, américain, voire africain dans une certaine mesure sont dans le viseur pour l’écoulement des produits agricoles béninois. Face à cette vision du gouvernement au profit de l’agriculture, la Plateforme nationale des organisations paysannes et des producteurs agricoles au Bénin (Pnopra) s’en réjouit. « Le président Talon a toujours été en avance sur les autres. Nous, en tant qu’acteurs agricoles, nous pensons qu’il a vu juste », confie Lawani Arouna, président de la Pnopra. On le voit bien, c’est un des chaînons manquants au développement de l’agriculture tant souhaité, qui vient ainsi d’être ajouté. Il vient donner du tonus à la politique de transformation et d’accroissement de l’offre agricole, touchant déjà plusieurs cultures : le palmier à huile, l’anacardier, le karité, le soja, le maïs, le riz, le coton. La liste n’est pas

exhaustive. Loin de là. Mais un bref zoom s’impose sur l’opportunité que représente le programme des plantations et des grandes cultures, tant elle est historique.

Le programme des plantations et des grandes cultures :
une opportunité à saisir
Le Bénin veut donc intégrer la short liste, au niveau africain, des pays qui ont expérimenté avec succès le programme des plantations et des grandes cultures. Tant, ce programme permettra surtout de consolider les performances en vue de favoriser d’une part l’autosuffisance alimentaire et la production de rente et d’autre part, une plus grande transformation de la production agricole, conformément aux ambitions du Gouvernement et de son chef, pour un développement vers la destination puissance agricole régionale Bénin. Dans sa réalisation, plusieurs acteurs pourront tirer diversement leurs épingles du jeu. C’est ce que tente de dire Lawani Arouna, président de la Pnopra. « Actuellement, dans notre pays, nous avons beaucoup de terres qui ne sont pas utilisées. Nous allons essayer de les assembler pour les producteurs qui peuvent les mettre en valeur. Les exploitants vont utiliser la main-d’œuvre. L’Etat aussi à travers les taxes, de même que les communes vont tirer leurs profits », pense -t-il. Sharaf-Dine Salami ne dira pas le contraire. « C’est un programme tourné vers l’agroforesterie et cela va permettre aux producteurs de fournir des matières premières aux industriels et cela va forcément changer beaucoup de choses dans ce secteur », avance ce promoteur de ferme. Pour le Ministre Dossouhoui, c’est aussi un nouveau paradigme dans la mentalité du paysan que nous voyons toujours petit, avec une exploitation minière avec rien que ses muscles. L’autorité ministérielle trouve même qu’avec ce programme, la jeunesse a intérêt à changer de fusil d’épaule. « Et vous avez intérêt, vous jeunes gens, à vous en convaincre vous-mêmes et à aider à convaincre les autres pour que les exploitations mises en place soient prises en charge », prodigue le patron de l’agriculture. « Voici des opportunités qui arrivent et il faut pouvoir rentrer là et vite gagner », conclut le 1er responsable du Maep. Par ailleurs, le Ministre voit déjà une solution à l’épineuse question du chômage. « Nous allons créer beaucoup de travaux ; engager une main-d’œuvre qualifiée pour faire les entretiens. Ce sont des emplois que nous allons créer comme ça », annonce -t-il. A la suite du ministre de l’agriculture, Mama Gahou Moussamilou ne doute pas, lui aussi, que ça peut régler le problème du chômage. « Ça là, c’est clair », déclare ce producteur car pour lui, les retombées au niveau de l’agriculture sont énormes. Pas besoin d’être dans le secret des dieux pour dire que de perspectives heureuses pointent à l’horizon pour l’agriculture béninoise. Cependant, celles-ci couvent également des craintes quand on sait que dans l’ex Dahomey les conflits liés au foncier demeurent récurrents.

La bataille des terres
Du fait, le besoin de ressources terres est estimé pour l’heure à 670 000 ha. Un besoin qui amène certains à penser que les producteurs au bas de l’échelle pourraient s’inquiéter. « Aussi, l’accès à la terre est la plus grosse préoccupation surtout chez les petits producteurs », fait remarquer Sharaf-Dine Salami. Mais le président de la Plateforme national des organisations paysannes et de producteurs agricoles au Bénin sans écarter cette thèse, est optimiste. « Il peut avoir des conflits si la communication n’est pas bien faite. Il faut déjà commencer par sensibiliser la population. Ce n’est pas une confiscation des terres. Une politique est en cours pour qu’elles soient mises en valeur pour le compte et le bonheur de nous tous. Si vous allez en Côte d’Ivoire, c’est la même politique qui a été développée pour aboutir à de grandes plantations », s’évertue de rassurer Lawani Arouna. Au niveau de la Chambre nationale d’Agriculture, le même optimisme est affiché. « La question sera étudiée autrement. Que ce soit les petits ou grands producteurs, tout le monde aura pour son compte », lâche Isabelle Mègbèto. Se prononçant sur la question de l’accès des terres, le chargé de production du centre agricole de Djougou pense que l’Etat est l’arbitre des terres et peut régler cette préoccupation. Sûr de sa stratégie de communication en vue de la mise en place des terres au profit du programme des plantations et des grandes cultures, le gouvernement affiche sérénité. C’est du moins, ce qu’il convient de retenir des explications du ministre Dossouhoui qui appelle déjà les acteurs du monde agricole à un changement de mentalité. « Ce qu’il y a de nouveau, c’est quelques changements de comportement que nous appelons de tous nos vœux de nos agents d’abord puis des collectivités par rapport à la question de l’exploitation des ressources que la nature nous a données. Qu’aucune terre ne soit terrorisée alors qu’on en a besoin », observe-t-il. « Pour ceux qui ont ce genre d’initiatives, c’est de voir quelles sont les mesures qui seront prises et mises en place pour que l’accès à la terre soit facile pour ces derniers », propose le promoteur de la ferme Agronomic Solution. Cette proposition est prise en compte dans l’étude de faisabilité du programme.
Les mesures envisagées par l’Exécutif sur la question du foncier.
Pour la réalisation du programme, le Gouvernement table sur les propriétés de l’Etat, les aires dégradées des forêts classées, les terres mises à disposition par les collectivités locales. Les domaines privés qui ne sont pas exploités seront sollicités suivant des modalités en étude. Le potentiel mobilisable au niveau des forêts classées est de 500 000 ha. « Les études sont en cours. La principale réserve, ce sont les espaces dégradés des forêts classés. L’étude de faisabilité va proposer des options pour que les moyens de subsistances des gens soient sauvegardés », précise Dossa Aguémon. Toutefois, les craintes liées au foncier ne sont que l’arbre qui cache la forêt.

La question du financement
Loin de l’aspect foncier, profile à l’horizon le défi des investissements de base nécessaires à la concrétisation du programme. « L’agriculture ne marche pas avec un pauvre », note l’ingénieur agronome Mama Gahou Moussamilou. Ce dernier suggère la création de banques agricoles pour un accès facile aux crédits. Tout bonnement, il faut des aménagements hydroagricoles, des infrastructures d’irrigation, l’accès à l’eau ainsi qu’à l’électricité, etc. Fort heureusement, ces divers paramètres sont sur la table de l’étude. Mieux encore, le financement du programme des plantations et des grandes cultures est pris en compte dans le Programme d’action du gouvernement, 2021-2026. 500 milliards, c’est la cagnotte allouée pour sa réalisation. En attendant cette réalisation, beaucoup de questions traversent les esprits et les producteurs attendent énormément de ce programme. Ce programme pourrait séquestrer jusqu’à 15 millions de tonnes de carbone. Certainement, c’est là la vraie révolution verte attendue. Quand on sait qu’aujourd’hui que l’un des défis de l’agriculture béninoise, c’est la nécessaire adaptation au changement climatique.

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